Categories

7 au hasard 17 juillet 2013 : Robert Redford perdu dans l’océan Indien - 4 juin 2016 : Azéma, la tête sur un plateau - 22 avril 2012 : La Réunion : des révoltes logiques ? - 7 août 2012 : L’œil, l’étoile et la mémoire - 3 février 2013 : Métissage : le mythe dans la peau - 30 avril 2013 : Perle et les Fagnomba LIBRES ! - 14 novembre 2014 : Sakay : sur les traces d’une ville fantôme - 11 mai 2015 : « Nouvelles du front » des luttes chagossiennes - 5 juin 2014 : Crise requin : « pollution ou pas pollution des eaux côtières, Monsieur le Préfet ? » - 17 mai 2014 : Les particules élémentaires -

Accueil > Lames de fond > Péï oublié > Viol colonial perpétué en peinture

Dominants et dominés

Viol colonial perpétué en peinture

20 novembre 2013
Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Trois hommes blancs et une femme noire. C’est une scène de viol qui est représentée sur ce tableau du peintre flamand Christiaen van Couwenbergh (1604-1667). Intitulée « Le rapt de la négresse » ou « Le viol de la négresse », cette peinture, actuellement conservée au musée de Strasbourg, témoigne des atrocités engendrées par le système esclavagiste. Et des violences faites aux femmes. De tout temps.

JPEG - 244.8 ko
"Scène de moeurs ; le rapt de la négresse". 1632. Peinture à l’huile sur toile de Christiaen van Couwenbergh. Conservé au musée des Beaux-arts de Strasbourg. Dernière exposition : à Francfort (Allemagne) en l’an 2000.

C’est sur le blog « Une autre histoire » que nous avons découvert ce tableau de Christiaen van Couwenbergh, daté de 1632. Le caractère cru de cette « peinture à l’huile baroque » et la sensation accablante qui s’en dégagent font de l’oeuvre un document exceptionnel.

Le cinquième personnage du tableau n’est autre que vous-même. Vous, qui regardez le tableau. Car vous êtes « pris à témoin » par le personnage debout à gauche, qui semble vous inviter à vous repaître du spectacle. Un rictus méprisant crispe son visage, alors que s’élèvent les cris de la victime, réduite à l’état de marionnette désarticulée dans les mains de ses bourreaux. Il pointe du doigt la femme en détresse dont le triste sort est désormais scellé. Elle sera violée... L’expression de « femme-objet » prend là tout son sens.

Assis sur le lit, un deuxième personnage nu, faciès rigolard, maintient la victime résignée et brandit par la force le bras de l’esclave, tel un trophée. Vous êtes témoin d’une scène de viol dont le caractère colonial et brutal est clairement établi, scène sans doute inspirée du théâtre de rue raciste très populaire à l’époque à Amsterdam ; les Pays-Bas étaient alors un acteur majeur du système esclavagiste.

Une autre interprétation présente le « troisième homme qui, lui, est resté habillé », comme l’élément de dénonciation de la scène : « il semble exprimer la réprobation que partage manifestement le peintre qui a voulu dénoncer crûment ce qui devait se pratiquer couramment en Afrique, dans les colonies et en Europe », peut-on lire sur le site « Une autre histoire ».

Toute l’énergie du tableau converge vers l’oeil de la femme-esclave dans lequel le peintre a concentré une expression de terreur. L’oeil est le point focal de l’oeuvre. Il est tourné vers l’extérieur du tableau, fuyant le centre de la scène comme pour s’en extraire. S’échapper de ce corps qui ne lui appartient plus, réduit à l’état d’objet et représenté de manière caricaturale et dans une position grotesque.

« Le style de Christiaen van Couwenbergh représente l’aspect calme du caravagisme [1] du Nord, précise Le Larousse, ce qui met d’autant plus en relief un tableau à thème rare, « Le Rapt de la négresse », sujet fréquemment traité à l’époque mais que le 19ème siècle fit disparaître. Il peignit après 1635 des tableaux mythologiques, religieux et quelques sujets de chasse, mais d’un format plus petit. »

Dans l’histoire des arts picturaux, les tableaux montrant symboliquement ou de manière crue des scènes de viol sont relativement nombreux, comme en témoignent les oeuvres ci-dessous que nous avons sélectionnées. La pub récemment a joué sans scrupules autour de ce thème — Calvin Klein, Dolce & Gabbana, voir les reproductions ci-dessous — provoquant parfois de légitimes réprobations. Mais le tableau de Christiaen van Couwenbergh est une représentation rare car il ajoute à la barbarie du viol celle du système esclavagiste.

Dans son ouvrage intitulé « Variations sur le thème de l’amour à Bourbon à l’époque de l’esclavage » [2], Prosper Eve précise : « Beaucoup de maîtres abusent de leurs négresses. Le maître est souverain sur son habitation. Personne ne peut lui demander des comptes. Il est tout puissant. Les esclaves de sexe féminin sont obligées de se soumettre, de s’oublier totalement, de nier leurs désirs. »

Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

PNG - 1 Mo
Le viol des Sabines. Pietro da Cortona, 1627-29.

PNG - 678.3 ko
Le viol des filles de Leucipe d’après Rubens, de marc Nicolas-Vullierme.

PNG - 627 ko
Le viol de Lucrèce. Georg Pencz.

PNG - 324.1 ko
Intérieur (le viol). Edgar Degas.

PNG - 822.5 ko
Le viol de Lucrèce. 1664. Lucca Giordano.

PNG - 975.6 ko
Le viol des Sabines. Pablo Picasso.

PNG - 1.5 Mo
Lucrèce et Tarquin. Fin 18ème siècle. Anonyme.

PNG - 1.2 Mo
Tarquin et Lucrèce. 1568-71. Titien.

PNG - 1.1 Mo
Le viol des Sabines. 1700. Sebastiano Ricci.

PNG - 664.3 ko

PNG - 591.8 ko

PNG - 435.1 ko

Notes

[1Caravagisme : courant pictural de la première moitié du 17ème siècle.

[2Collection 20 désanm, co-édité par le Conseil général de La Réunion et la Comité du 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, Océan Editions, 1999.

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter