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Nature et finances

Vers un Parc national « à péage » ?

17 décembre 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Pour faire face à l’ouverture annoncée de nouveaux Parcs nationaux et à la baisse des dotations de l’État, un rapport officiel préconise le recours accru au mécénat… et propose de faire payer l’accès aux services et aux aménagements des Parcs nationaux.

Photo IPR - Montage 7 Lames la Mer

Derrière les circonlocutions du formalisme et de la technicité, c’est un certain désarroi qui perce sous la plume des auteurs du rapport produit en mai dernier par le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD).

Mis en ligne le 21 novembre dernier, ce document, rendu au mois de mai, vise à éclairer un point aveugle — de taille — de l’évaluation produite en 2013 par une mission désignée dans le cadre de la réforme des Parcs nationaux. Un document qui « n’abordait que partiellement la question des moyens nécessaires aux Établissements publics des parcs nationaux » (EPPN), question qui pourtant « correspondait à une partie de la commande ministérielle », regrettent les trois hauts fonctionnaires du CGEDD.

Premier obstacle : l’expertise souligne la « difficulté de connaître avec précision la situation des moyens des Parcs nationaux, faute de données consolidées permettant notamment de reconstituer l’évolution de ces moyens au cours des dernières années », une « lacune » que les auteurs du rapport appellent à « combler, dans un contexte de de fortes contraintes budgétaires ».

L’état des lieux aboutit à un constat d’hyper-dépendance des établissements publics des Parcs nationaux (EPPN) vis-à-vis de la Subvention pour charge de services publics (SCCP) octroyée par le Ministère du développement durable et de l’environnement (MDDE), à laquelle s’ajoutent quelque subventions publiques et des co-financements européens.

« En 2013, le budget de fonctionnement prévisionnel pour l’ensemble des parcs nationaux s’élevait à un peu plus de 77 millions d’euros », notent les experts, soit « 88,6% des ressources de ce budget prévisionnel ». À La Réunion, la SCCP contribue à 95% aux 6,3 millions d’euros annuellement alloués au fonctionnement du Parc.

Seuls les espaces en rose ne sont pas concernés par le Parc national des Hauts.

Une dotation de l’État dont le rapport souligne la « diminution » continue depuis 2012, alors que « dans le même temps la masse salariale est passée d’environ 50% du budget de fonctionnement en 2006 à 68% en 2012 ».

À ce contexte s’ajoute la « diminution drastique » des subventions d’investissement, passées d’un total de 13 millions d’euros en 2010, à 0,3 millions d’euros en 2013. Une situation qui confronte les Parcs à « la quasi-impossibilité de créer et d’entreprendre de nouvelles opérations » et à « payer le solde des opérations engagées les années précédentes, pour lesquelles ils doivent dégager des moyens sur leur budget de fonctionnement, lui-même en tension ».

« Cette diminution des crédits » notent les rapporteurs, « ne s’accompagne pas actuellement d’une augmentation des autres ressources ».

Engagé sur la voie de la rigueur budgétaire, l’État n’en renonce pas moins à créer de nouveaux parcs, constate le document, qui souligne la difficulté de « relever le défi » si la « dotation globale du MDDE consacrée aux Parcs nationaux continue à être affectée d’un taux de réduction du niveau de celui pratiqué depuis 2012 ». Une inversion de tendance peu probable, suggère la lecture du rapport…

Les auteurs préconisent donc plusieurs types de mesures destinées à pallier le déclin continu et annoncé de la participation de l’État à la politique des Parcs nationaux.

Sont ainsi envisagés des accords de « mécénat » qui pourraient être recherchés avec « des entreprises ayant un rapport avec la mer, la montagne » via un « mode centralisé et professionnalisé, pour s’adapter aux objectifs et à l’organisation des grands financeurs susceptibles de nouer des partenariats dans la durée ».

Le CGEDD recommande aussi de « jouer pleinement la carte de la marque « Parcs nationaux », en cours de création, pour des produits ou activités assis sur l’image des parcs, sans craindre d’en obtenir des contreparties financières significatives ».

Le rapport envisage aussi « la participation, modérée mais effective, des « consommateurs » (sic), c’est-à-dire de ceux qui bénéficient, pour l’instant gratuitement, des aménagements et des services rendus par les parcs nationaux. Cette option serait d’autant plus à considérer que les pouvoirs publics s’orienteraient vers la création d’autres Parcs nationaux ».

À titre d’exemple, les experts proposent que « le stationnement des véhicules soit payant » dans « certains sites faisant l’objet d’une forte fréquentation touristique ».

L’accès au Parc national de La Réunion, espace peuplé, pourrait-il demain être soumis à péage ? Quelle incidence aurait pareille mesure sur les multiples manifestations sportives — à commencer par le Grand Raid — et sur les usages traditionnels, dont le très populaire pique-nique dominical ?

Plus généralement, le ministère ne « devrait pas s’interdire d’étudier de près l’intérêt et la faisabilité de faire contribuer au budget des EPPN (…) la fréquentation des parcs nationaux, en tout cas des cœurs de parc et de leurs abords immédiats. Il s’agirait de faire admettre que les bénéficiaires directs (touristes, sportifs, etc.) des actions de préservation, d’entretien des équipements, de conservation des espaces, réalisées par les EPPN pour la collectivité tout entière et dans une perspective de long terme, participent à cet effort ».

Des droits d’entrée et / ou d’usage dont l’instauration « impliquerait d’une part d’être bien expliquée et mise en perspective de donner lieu à une participation raisonnable des publics : plus que symbolique mais n’atteignant pas une part importante de la totalité des services rendus par les EPPN ».

Au-delà des objectifs financiers, ces prescriptions ont une portée civique aux yeux des rapporteurs, qui « pensent à cet égard que l’éducation à l’environnement peut être utilement renforcée si les EPPN font prendre conscience de la non-gratuité de la préservation de celui-ci ».

Outre leur justification quelque peu bancale — ponctionner les usagers de services et d’aménagements réputés « gratuits » mais en réalité financés par l’impôt revient à faire payer les contribuables deux fois — ces préconisations élaborées sous contrainte budgétaire soulèvent des interrogations particulières dans le contexte réunionnais.

L’accès au Parc national de La Réunion, espace peuplé, pourrait-il demain être soumis à péage ? Quelle incidence aurait pareille mesure sur les multiples manifestations sportives — à commencer par le Grand Raid — et sur les usages traditionnels, dont le très populaire pique-nique dominical ?

Mais surtout, quelle sera la condition des habitants du Parc, qui n’est pas envisagée par les hauts fonctionnaires ? Ces derniers seront-ils considérés comme des touristes sur leurs terres ancestrales ?

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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