Categories

7 au hasard 20 juillet 2014 : L’État hébreu est en train de sombrer dans le fascisme - 11 mai 2013 : « La culture : une locomotive pour l’économie ! » - 1er avril 2014 : Cimendef, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! - 7 avril 2013 : Perle, emprisonnée depuis 27 jours - 18 juillet 2014 : Crash : « deux chasseurs ukrainiens » derrière l’avion abattu ? - 22 avril 2014 : Chant partisan : les rimes tranchantes de « Paradise Sorouri » - 6 septembre 2015 : Droite réunionnaise : sueurs froides et larmes en perspective… - 28 octobre 2014 : Oncle Jo déserte la Varangue... - 27 juin 2015 : Vollard mort ? - 16 avril 2014 : Des pesticides dans les brèdes -

Accueil > Le monde > Venezuela : Les paramilitaires prépareraient des « actions terroristes (...)

Amérique du Sud

Venezuela : Les paramilitaires prépareraient des « actions terroristes »

27 novembre 2013
Geoffroy Géraud Legros
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Entre contre-guérilla d’extrême-droite et trafic de cocaïne, de puissants groupes armés opèrent en Colombie et dans certaines parties du Venezuela. Liés au pouvoir colombien et aux intérêts américains, les paramilitaires se prépareraient à frapper les dirigeants vénézuéliens.


« Los Urabenos » et « Los Rastrojos » : ces noms de groupes armés sont synonymes de terreur en Colombie et au Venezuela. Issus d’Uraba, une ville colombienne proche du Panama, les « Urabenos » constituent le groupe paramilitaire le plus puissant issu de la dissolution formelle des « Forces d’autodéfense unies de Colombie » — une fédération de milices d’extrême-droite organisée par l’Etat et les narcotrafiquants pour lutter contre les guérillas de gauche : FARC [1] et ELN [2]. Les « Rastrojos » sont quant à eux les héritiers directs du cartel dit « de Medellin ». Initialement basé dans la province de Valle del Cauca et sa capitale, Santiago del Cali, le groupe opère désormais sur une large part du territoire colombien. Son influence s’étend aussi dans l’ouest du Venezuela, où une véritable guerre oppose ses membres aux troupes régulières de la République bolivarienne.

Anticommunisme et cocaïne

Les deux bandes prépareraient des attentats contre des officiels vénézuéliens, rapportait dimanche dernier le journaliste, José Vicente Rangel, sur la chaîne « Televen ». Le gouverneur de la province de Tachira, José Grégorio Vielma Mora, le ministre de la Justice Miguel Rodriguès Torrès compteraient au nombre des cibles, explique le journaliste vedette de 84 ans, militant des droits de l’Homme et ancien Vice-Président d’Hugo Chavez. Ces crimes s’inscriraient dans une stratégie d’expansion menée par plusieurs cartels de la drogue, impliquant des groupes colombiens mais aussi les « Los Zetas », une organisation criminelle créée par d’anciens membres des forces spéciales mexicaines, connue pour sa violence. Active en Amérique centrale, elle développerait actuellement des ramifications en Équateur, au Pérou et en Colombie.

Au-delà de la criminalité...

En janvier 2011, la police vénézuélienne avait arrêté Gloria Rojas, connue pour ses rapports avec le cartel mexicain. Son époux, le trafiquant colombien Luis Tello, avait été appréhendé à Caracas au mois de juillet précédent. L’extradition des deux suspects vers les Etats-Unis avait initié un semblant de détente avec les autorités américaines, qui dénoncent régulièrement « l’inaction » de la République bolivarienne contre le narcotrafic, Caracas accusant en retour la DEA [3] d’« espionnage » et de « comportement comparable à ceux des cartels de la drogue ». Dans la politique étrangère des USA, la narco-criminalité va bien au-delà des problématiques judiciaires et policières.

...le rôle politique des « narcos »

Dès les années 80, plusieurs investigations, dont celles des journalistes Robert Knight et Dennis Bernstein, auteurs des reportages « Contragate Undercurrenst », avaient mis en évidence un « mariage de raison » entre réseaux colombiens et la CIA débuté pendant l’ère Reagan, notamment dans le but de financer les Contras — ces mouvements paramilitaires opérant contre les gouvernements et guérillas socialistes d’Amérique centrale, depuis le Honduras et le Guatemala. En 1993, le « New-York Times » avait révélé l’envoi aux USA par l’espionnage américain d’une tonne de cocaïne pure, avec le concours de la Garde nationale vénézuélienne. Outre ces faits divers, qui ne pointent sans doute que la part émergée de l’iceberg, quelques années auparavant, l’invasion du Panama et l’arrestation du Général Noriega, trafiquant de drogue et agent de la CIA, avaient mis en lumière les ambiguïtés de la « Guerre à la drogue » initiée par Washington. D’autre part, l’existence de liens entre la CIA et les groupes paramilitaires colombiens est attestée depuis le début des années 90. L’Agence a ainsi notamment participé à la formation et au financement des escadrons de la mort. « Ils avaient beaucoup d’argent. C’est comme si le Père Noël était arrivé », rapportait un informateur au journaliste Frank Smyth, qui a étudié les relations entre le narcotrafic et les services américains.

Montée des tensions politiques

La radio colombienne « RCN » a dévoilé l’année dernière une série d’emails mettant en évidence les relations entre paramilitaires, CIA et des membres de l’entourage du président colombien, Alvaro Uribe. La pression continue exercée par les paramilitaires colombiens est une donnée intégrante de la vie politique vénézuélienne. Le voisin colombien, où la présence militaire américaine est omniprésente, servirait à l’évidence de tête de pont à une éventuelle invasion et-ou à une intervention en appui à un coup d’Etat contre le pouvoir socialiste bolivarien. Paramilitaires-narcotrafiquants sont de surcroît très présents dans l’ouest du Venezuela, où ils opèrent au sein d’un « narco-corridor » destiné au transport de la drogue — le pays lui-même n’en produisant que d’infimes quantités. « Ils se livrent aussi à des vols massifs d’hydrocarbures », a rappelé M. Rangel au cours de son émission. Enfin, des témoignages récurrents évoquent des liens entre les groupes armés colombiens de droite et l’opposition vénézuélienne, soutenue à bout de bras par Washington. Henrique Capriles-Radonski, gouverneur de la province de Miranda et candidat unique de l’opposition à la présidentielle aurait ainsi rencontré les chefs de bandes armées au cours de déplacements pré-électoraux. À l’heure où la tension monte entre les deux camps, tout porte à croire que la menace renouvelée du narcotrafic s’inscrit dans une stratégie plus large de montée des antagonismes politiques.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

Notes

[1Forces armées révolutionnaires de Colombie, Marxiste-léninistes

[2Armée de Libération Nationale, inspirée par la théologie de la Libération

[3Drug enforcement administration

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter