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Cacher son jeu...

Valet de carreau, prête-moi ton fusil...

26 mars 2016
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Un valet noir, assis sur un goni rempli de café. Les chaines qui entravaient ses pieds sont brisées. Le valet tient un fusil à la main gauche. Valet, Valet, prête-moi ton fusil... Maloya ou jeu de cartes ?

Le valet de carreau extrait d’un jeu de cartes révolutionnaire : « Egalité de couleurs : courage », par Jean-Démosthène Dugourc, (1749-1825). Date d’édition : 1793-1794. Sujet : Esclaves - Emancipations. Source : Bibliothèque nationale de France.

« Tu me fends le cœur ! » [1]. Raimu, c’était le grand jeu, surtout lorsqu’il s’agissait de tricher aux cartes. À La Réunion, question cartes, certains joueurs furent contraints de cacher leurs jeux... Des jeux de cartes qui ne plaisaient pas du tout au maire de Saint-Denis de l’époque et qui circulaient clandestinement. Sous le paletot.

Ces faits se déroulent dans la période révolutionnaire. Un certain Gilles de Moinville [2], qui s’est tristement illustré « pour s’être opposé à la Révolution », occupe le poste de maire de Saint-Denis, d’août 1796 à août 1803.

Son nom restera gravé dans l’histoire pour ses positions anti-révolutionnaires et notamment pour avoir fait arrêter un marchand dionysien, nommé Gicquiaud. Le maire reprochait au marchand d’avoir introduit dans l’île et commercialisé des jeux de cartes « portant des figures noires avec emblèmes inflammatoires »...

Une carte particulièrement n’est pas au goût de Moinville : celle du valet de carreau. Elle met en scène un Noir avec à ses pieds des chaînes brisées et à la main gauche un fusil... Sur ordre du maire, toutes les cartes sont brûlées. Autodafé pour cause d’« Égalité de couleurs », légende qui accompagne la fameuse carte.

Ce premier jeu de cartes révolutionnaire avait été conçu par le comte de Saint-Simon et fabriqué en 1793. Ainsi « les génies remplacèrent les rois, les libertés les dames et les égalités les valets ».

« À Paris, existait à l’opposé du lobby des colons, un courant favorable à la révolte armée des Noirs, parmi les sans-culottes, explique Luce-Marie Albigès sur le site « histoire-image ». Aucun lien concret n’a existé avec les esclaves révoltés lors de la proclamation de l’émancipation. Un jeu de cartes du début de l’année 1793 témoigne cependant de cet intérêt. Cette carte, l’égalité de couleur qui remplace le valet de carreau représente un noir révolté, un fusil à la main, assis sur un ballot de café, dans un champ de canne à sucre. Son attribut est le courage ; il symbolise la lutte des esclaves révoltés depuis 1790. Le sans-culotte, dans une pose analogue, représente l’égalité de rang qui a pris la place du valet de cœur ».

Un valet noir, assis sur un goni rempli de café. Les chaines qui entravaient ses pieds sont brisées. Le valet tient un fusil à la main gauche. Valet, Valet, prête-moi ton fusil... Une voix souffle dans la nuit ; un choeur de femmes lui répond. Les paroles les plus célèbres et les plus mystérieuses du répertoire réunionnais — et mauricien — résonnent doucement. Silence... Et le roulèr et le kaïambre donnent le signal. Imposent le rythme. Maloya !

Un maloya dont on trouve aussi une version mauricienne rapportée — non sans sarcasmes — par Charles Baissac dans son « Étude sur le patois créole mauricien », publiée en 1880.

Comme dans un jeu de cartes, le maloya de Viry a son valet, son roi et sa reine...

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros

Paroles : "viry 1976". Mcur. La traduction varie selon les versions. Ainsi "Do vin ki bry la lé dan mon vèr" se traduit aussi par : "Le vin qui brule est dans mon verre"...

Quelques sources...
  • « Les maires de Saint-Denis », Mario Serviable, Ars Terres Créoles, 1992.
  • « Viry 1976 ». Mcur, 2005.
  • « Étude sur le patois créole mauricien », Charles Baissac, 1880.
  • BNF.

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1« Marius », film culte de Marcel Pagnol, 1931, avec Raimu, Pierre Fresnay, Orane Demazis, Fernand Charpin, Alida Rouffe, etc.

[2Gilles de Moinville, ancien maire destitué de Sainte-Marie, puis finalement rétabli dans ses droits civiques. Le 11 juillet 1794, l’Assemblée Coloniale destitue Gilles de Moinville, maire de Sainte-Marie, et le déclare inéligible à toutes fonctions civiles, politiques et militaires, et le met en résidence surveillée à Saint-Denis. L’assemblée lui reproche :

  • de ne pas s’être opposé au refus de la garde de Sainte-Marie, d’approuver la nouvelle organisation de la garde,
  • d’avoir refusé d’assister à la plantation de l’arbre de l’Egalité à Sainte-Suzanne,
  • de s’être toujours montré opposé à la Révolution
  • de s’être opposé au changement de nom de l’île Bourbon en île de La Réunion,
  • d’avoir soutenu les Amis de l’Ordre.
    (Source : Mi-aime-a-ou).

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