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Proche-Orient

USA-Irak : vers des « frappes aériennes »… et une alliance avec l’Iran ?

14 juin 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Les Etats-Unis n’enverront pas de troupes en vue de contrer l’offensive de la milice « Daech » (État islamique en Irak et au Levant ou EIIL), qui s’approche de la capitale irakienne, a indiqué vendredi Barack Obama, depuis les pelouses de la Maison blanche. La réaction américaine devrait prendre la forme de frappes aériennes... avec, peut-être, à la clef, un rapprochement inattendu entre Washington et Téhéran.

Selon les autorités américaines, le porte-avions Georges Bush et sa flotte sont prêts à intervenir à tout moment contre l’État islamique en Irak et au Levant. Photo : © US Navy/ Billy Ho

Après la prise des cités de Mossoul (seconde ville du pays) et de Tikrit, les 10 et 11 juin derniers, et les assauts répétés contre les villes d’Abou Grahib et de Samarra, l’offensive-éclair de l’« État Islamique en Syrie et en Irak » (EIIL) ou « Daech » serait aujourd’hui à moins de 200 kilomètres de la capitale irakienne.

Une percée qui achève de contredire le discours de l’administration Obama, selon lequel les troupes américaines, rapatriées en 2011 après près de 9 années de guerre et d’occupation, ont laissé derrières elles un « Irak stable, souverain et autosuffisant, doté d’un Gouvernement représentatif ».

Le Président des Etats-Unis a annoncé une « série de mesures diplomatiques et militaires » pour « les jours à venir ».

Le Président des États-Unis s’est exprimé vendredi dernier sur les pelouses de la Maison-Blanche.
Photo : © David Lienemann / The White House

“Daech” « pourrait éventuellement menacer les intérêts américains », a déclaré M. Obama, qui a une nouvelle fois exclu toute nouvelle implication de troupes au sol, rejetant la responsabilité de l’effondrement de l’armée équipée et entraînée par les USA sur les autorités irakiennes —« des gens qui, dès que nous ne sommes pas là, agissent dans une direction qui n’est pas favorable à la stabilité et à la prospérité du pays. (…) Malheureusement, les dirigeants irakiens se sont trop souvent révélés incapables de d’aller au-delà des défiances et des divisions sectaires recuites, et c’est cela qui est à l’origine des faiblesses au sein du Gouvernement irakien et de ses forces de sécurité. Dès lors, l’action, quelle qu’elle soit, que nous engagerons pour porter assistance aux forces de sécurité irakiennes devra s’accompagner d’un effort sincère et sérieux des dirigeants irakiens pour mettre de côté les différences sectaires et de promouvoir la stabilité (…). Nous ne pouvons pas le faire pour eux. »

Une adresse dont le minimalisme et les accents à la Ponce-Pilate s’expliquent en partie par la place centrale que tient le retrait des troupes américaines d’Irak, dans le bilan revendiqué par Barak Obama : « il y a quatre ans, j’avais promis de mettre fin à la Guerre en Irak. Je l’ai fait », avait-il déclaré en 2012 au Congrès du Parti démocrate.

Un engagement tenu emblématique sur lequel le Président ne peut se permettre de donner l’air de revenir, à l’heure où sa côte de popularité se retrouve au même niveau que celle de son prédécesseur Georges W Bush Jr, auteur en 2003 de l’engagement contre l’Irak…

Ces considérations politiques mises à part, les Etats-Unis envisagent bien évidemment des actions militaires contre la milice fondamentaliste : «  le porte-avions Bush et sa flotte d’accompagnement sont dans la région et prêts à toutes les options », a déclaré hier le vice-amiral John Kirby, qui n’a toutefois pas confirmé les rumeurs selon lesquelles les bâtiments se trouveraient d’ores et déjà dans le Golfe Persique.

Parmi les « options » examinées, la Maison-Blanche pourrait préférer des frappes aériennes classiques à l’usage de drones, rapportait hier le « Guardian ».

Soldats américains blessés au cours de l’engagement US en Irak. Le retrait des troupes du pays est l’un des points forts du bilan revendiqué par Barack Obama. Photo : © Geo Swan

Scénario inattendu (à tout le moins pour le sens commun), une telle intervention équivaudrait à une alliance, au moins de facto, entre les Etats-Unis et l’Iran, dont les troupes combattent aux côtés des militaires irakiens, révélait le « Wall Street Journal » il y a deux jours.

Mieux aguerris que les soldats irakiens formés par les USA, dont Barack Obama a, non sans aigreur, souligné la faible combativité, conséquence selon lui des « problèmes moraux » de l’administration irakiennes, les bataillons « Al Qods » des Gardiens de la Révolution, dévoués aux opérations extérieures, auraient repris la plus grande partie de la ville de Tikrit.

Les soldats d’élite iraniens sont plus particulièrement mobilisés pour la défense de la Mosquée d’Or de Samarra, important sanctuaire du Chiisme dont la destruction partielle par un attentat avait, en 2006, donné le signal de la guerre civile qui déchire le pays.

Le Génral Kassim Souleïmani, commandant des forces Al Qods, engagée en irak contre la milice Daech. Photo : © République Islamique d’Iran

Outre Bagdad, « Daech » vise les Najaf et Karbala, qui abritent des lieux saints majeurs Chiites, affirmait le 12 juin dernier Abou Muhammad al-Adnani, porte-parole de l’EIIL.

Issu de « la franchise » Al-Qaïda, « Daech » est, avec son ancien allié le « Front Al-Nusra », la principale organisation au sein du courant djihadiste qui, comme l’a noté l’analyste Guido Steinberg, « domine très largement la rébellion syrienne ».

Combattue par l’armée régulière syrienne et par d’autres groupes fondamentalistes rivaux, la milice est réputée pour son efficacité sur les champs de bataille, acquise notamment au cours de durs combats contre le Hezbollah libanais. « Face au Hezbollah, soit vous mourez, soit vous vous aguerrissez— et ces mecs se sont sacrément aguerris », résumait un officier américain.

À cette expertise guerrière s’ajoute, depuis la prise de Mossoul, un trésor de guerre de près de 500 millions de dollars, qui fait de « Daech » « l’organisation terroriste la plus riche du Monde », fulminait avant-hier face au Sénat le républicain John Mc Cain, lors d’une violente charge oratoire contre Barack Obama.

Quelle que puisse être la virulence des reproches adressés à l’Administration démocrate, « coupable » aux yeux du camp conservateur d’avoir retiré les troupes US d’Irak, on peine, même dans l’hypothèse d’un retour aux affaires des Républicains à l’issue du scrutin présidentiel, à imaginer un retour des GI’s sur les rives de l’Euphrate.

Dans ce contexte où la faillite du « state building » impulsé par Washington apparaît consommée, et où les fondamentalistes syriens semblent sur le point d’être écrasés par les armées républicaines, il n’est pas impossible que l’Iran s’impose en tant que garant de l’ordre géopolitique dans la zone, avec l’accord — nécessairement implicite — des Etats-Unis d’Amérique… et peut-être même celui d’Israël, qui pourrait pour un temps préférer un statu quo maintenu par un ennemi utile à la décomposition anarchique du Proche-Orient pris dans les courants contraires des fondamentalismes sunnites, qui s’avèrent bien moins maniable que l’imaginent les chancelleries de l’Anglosphère depuis Lawrence d’Arabie…

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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