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Union de la droite : la mouche bleue et l’architecte

12 juillet 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Cours, Didier, cours, le vieux (monde) est devant toi…

Le Président de Région a-t-il mandé un huissier au domicile de Thierry Robert, redevenu d’après les récents sondages son concurrent le plus direct ? C’est ce qu’affirme le député-maire de Saint-Leu, et il n’y a aucune raison de ne pas le croire.

D’abord parce que — cela va mieux en le disant — la bonne foi se présume.

Ensuite parce qu’il serait assez risqué à quiconque de pipeauter un coup pareil.

Enfin, parce que ce genre de coup tordu est signé.

On se rappelle du recours totalement bidon intenté par un proche de la Pyramide inversée pour une histoire de bus bleu-mais-pas-orange ; recours dont l’argumentaire bricolé aurait eu de quoi faire rire, si ces singeries politicardes n’encombraient pas les prétoires et n’engageaient pas l’argent du contribuable.

Les juges, pas particulièrement pro-« Thierry », ont d’ailleurs envoyé bouler à deux reprises le requérant, preuve s’il en fallait qu’il n’y avait là qu’un artifice destiné à dénigrer un adversaire dans l’opinion.

De même on a appris récemment que la manifestation « spontanée » du 16 octobre dernier en faveur de la continuité territoriale avait rassemblé des personnels des collectivités de droite, sommés de se rendre devant la Préfecture en soutien à Didier Robert.

Pressions, intimidations : à ce rythme-là, on se demande s’il faudra montrer la carte du Parti unique devant les isoloirs lors du scrutin régional. Après tout, nous expliquait-on il n’y a pas si longtemps, « Objectif Réunion » a vocation à devenir le Parti de tous les Réunionnais. « Objectif Réunion », c’est, rappelons-le, le doublon local et droitier, hier de l’UMP et aujourd’hui des « Républicains » ; un parti zombie, qui surgit du placard à l’approche des élections, dont le leader conchiait Nicolas Sarkozy lorsqu’il était futur-ex Chef de l’État et lui cire les pompes depuis qu’il est ex-futur Président.

Une pantomime hypocrite et déréglée qui soulève des haut-le-coeur au sommet de la sarkozie où, selon nos informations, on ne tient guère « Didier » en haute estime… alors que l’on peut y entendre dire « ah, ce M. Virapoullé, c’est quelqu’un ».

Didier Robert a déjà blackboulé ce « quelqu’un » et cherchera à l’enfler encore ; il sait néanmoins que ses projets n’avanceront guère, s’il est réélu, sans mobiliser la crédibilité de l’ancien sénateur : l’homme de dossier et le véritable « M. Europe » de la droite, c’est lui.

Le maire de Saint-André s’est d’ailleurs fait depuis plusieurs mois le promoteur d’un plan global de développement.

Un plan dont je ne partage pas l’essentiel — hormis l’intéressante proposition de
« déverrouillage » fiscal, inspirée des mesures prônées par Yves Jégo.

Mais qu’on l’approuve ou non, force est de constater que le dispositif imaginé par M. Virapoullé possède une cohérence, une âme, un souffle.

On est loin des coûteux et laborieux pédalages dans le bouillon-galet du trio Didier Robert-Fabienne Couapel- Dominique Fournel qui, entre trimbalements aux Seychelles, jetons de présence et rumeurs de comptes bancaires au Venezuela, en est encore à chercher des roches et à lancer et relancer, à coup de centaines de milliers d’euros publics, des études qui devraient, « s’i plé t’a dié », aboutir peut-être un jour au fameux « réseau guidé ». Réseau guidé (RRTG) lui-même censé prolonger les 2.000 bus « au GPL, en site propre dans chaque écart et chaque village » promis en 2009, dont on n’a pas vu et dont on ne verra bien entendu jamais la couleur.

Principaux challengers, Thierry Robert et Huguette Bello ont d’ores et déjà dévoilé les contours de leurs programmes.

Jean-Paul Virapoullé, qui n’est pas candidat et a rallié aujourd’hui même la candidature de Didier Robert, se retrouve donc doté d’un programme régional.

Peut-on faire porter une ambition par un autre et qui plus est, un autre qui veut votre peau ?

La logique politique, censée transcender les ressentis et les ressentiments voudrait donc que le projet Virapoullé devienne le projet d’une éventuelle mandature Didier Robert. Le Saint-Andréen s’est d’ailleurs présenté ce soir sur « Antenne Réunion » comme « l’architecte » de la plate-forme réunie autour du sénateur-Président de Région…

Pourtant, la vision de Jean-Paul Virapoullé est fort peu compatible avec l’agenda de Didier Robert : basculer — cela s’appelle la « fongibilité » — tous les moyens vers la Nouvelle route du littoral (NRL).

Un chantier dont, pour rappel, le coût nominal est identique à la tranche de dette grecque qui met l’Europe au bord du « grexit ».

Les lycées (plus un seul n’a été construit depuis 2010 alors qu’un établissement et demi sortait de terre chaque année depuis la régionalisation), la « Route des Goyaviers » et bon nombre d’équipements importants ont déjà été sacrifiés à la NRL, qui, surcoût aidant, pourrait être facturée 4 voire 5 milliards d’euros au contribuable.

« Ce chantier est aux finances publiques ce que la mouche bleue est à l’apiculture », m’expliquait récemment un entrepreneur, en référence au fléau qui a désertifié les ruches réunionnaises.

Difficile, donc, de croire que les téléphériques et autres monotrains, projets récemment sortis du chapeau de la Pyramide à l’approche des élections, verront le jour.

Ceux de Jean-Paul Virapoullé pourraient bien être eux aussi gobés par la NRL, et plus surement encore, par l’égo du président de Région, dont on connaît la volonté obsessionnelle et surtout très exclusive de marquer l’Histoire.

Bien sûr, Jean-Paul Virapoullé est bien trop madré pour ignorer tout cela.

Je ne crois guère ceux qui affirment que l’homme fort de l’Est serait prêt à mettre sa vision au rencard pour un hypothétique poste de sénateur. Un poste auquel Didier Robert n’a, au passage, aucune envie de le faire accéder ; il n’en n’a d’ailleurs peut-être même pas le pouvoir — chacun, à commencer par Jean-Paul Virapoullé, connaît la volatilité du suffrage de nos grands électeurs.

Je ne crois pas plus M. Virapoullé lorsqu’il déclare, patelin, que « sa carrière politique est derrière lui ». Souvenons-nous qu’une liste, cela peut très bien exploser avant les élections : n’est-ce pas ainsi que Didier Robert, débarquant Jean-Paul Virapoullé, est arrivé au pouvoir en 2010 ? L’hypothèse est, il est vrai, peu probable : la droite semble — non, à mon sens, sans un certain aveuglement — convaincue qu’elle va remporter le scrutin régional...

Chacun affûte donc son grand couteau, mais il s’agit pour l’heure d’un affutage dans un cadre unitaire.

Néanmoins, l’Union de la droite pourrait bien tomber sur un andain de taille — un andain judiciaire.

Pour l’heure, par un remarquable effet Coriolis, la situation de l’équipe Didier Robert est à peu près renversée par rapport à celle de son chef, Nicolas Sarkozy. Ce dernier fait très visiblement l’objet d’un forcing — voire d’un forçage — judiciaire visant à l’empêcher d’être présent aux élections, d’arriver derrière Marine Le Pen au premier round et de revenir à l’Élysée au second.

J’ai beau être plus « Tsipras » que « Sarko », je n’en constate pas moins que le pouvoir n’hésite pas à tordre le bras de Thémis pour barrer la route à l’ancien Président : stratégie inutile voire suicidaire, qui non seulement laisse dans son sillage des non-lieu qui trahissent le susdit forçage, mais encore produit les cadres et les pratiques répressifs que le Front national, ou un Sarkozy remonté à bloc, trouveront clef-en-main s’ils accèdent au pouvoir.

À La Réunion, la Justice prend pour l’heure tout son temps pour examiner les documents saisis par la brigade financière de la Gendarmerie jusque dans le bureau du président de Région.

Du côté de la maréchaussée — et oui, là aussi on parle— on se demande bien pourquoi les autorités « i dort dessus » comme dit Créole.

Mais sans doute n’y a-t-il là qu’une question de timing  : on voit mal comment les sortants se tireraient d’une révélation d’éventuelles « affaires », évoquées par la presse, liées au marché de la NRL.

Selon des sources concordantes, le Président de la Région ne serait en l’état pas lui-même visé par l’enquête.

Sur le plan électoral, le résultat n’en serait pas moins désastreux pour le sortant. Éclaboussé, celui-ci perdrait le scrutin régional — je pense d’ailleurs qu’il le perdra quoiqu’il arrive, par dégonflement de la bulle de communication dont il est entouré et par le rejet qu’il inspire aux classes populaires, majoritaires dans le pays. Surtout, Didier Robert, qui ne dispose d’aucune assise territoriale, perdrait un leadership à droite déjà hésitant : comment, même si on a soi-même les mains propres, peut-on garder quelque crédibilité lorsque l’on s’entoure de gens aux pseudonymes aussi évocateurs que « M. 10% » ?

Avant ou même après le scrutin, un scandale de la NRL aurait pour conséquence un désaveu de l’ancien maire du Tampon, qui ne s’est d’ailleurs lui-même guère embarrassé d’autrui au cours de son ascension. Dans cette configuration, l’homme de Saint-André aurait alors le champ libre pour retrouver sa place à la tête de la droite réunionnaise.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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