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Seattle, USA

Une révolutionnaire au Conseil municipal

20 novembre 2013
Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros
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Réduction des taxes sur les petits commerces et les PME, taxation accrue des grandes fortunes, salaire minimum à 15$, nationalisation-socialisation d’Amazon.com, de Microsoft et de Boeing, syndicalisation des entreprises et des services publics… C’est sur cette plate-forme électorale que la socialiste, Kshama Sawant, est entrée au Conseil municipal de Seattle. À peine élue, elle a engagé un bras-de-fer avec Boeing, dont elle prône la « prise de contrôle par les travailleurs ».


« Le marxisme est bien vivant, et il vit aux Etats-Unis », alertait hier un influent site conservateur américain. Signe de cette vigueur renouvelée du spectre qui, s’il ne hante plus guère l’Europe, continue d’effrayer la droite américaine ? L’élection au Conseil municipal de Seattle (630.000 habitants) de Kshama Shawant. Membre d’Alternative Socialiste, branche américaine du Comitee for a Worker’s International (CWI), un parti politique britannique, l’ex ingénieure informatique devenue économiste a remporté la semaine dernière une victoire à l’arraché contre Richard Conlin, démocrate en poste depuis 16 ans. « Trop à gauche pour Seattle » selon un influent quotidien local, elle a pourtant rassemblé plus de suffrages que n’en avait recueilli le maire en place lors de son élection...

Programme radical

Élue à la 2ème position au sein du Conseil municipal, Kshama Sawant devient ainsi la première élue socialiste des Etats-Unis depuis l’élection, en 1916, de la communiste Anna Louise Strong au Bureau de l’éducation. Engagée dans « Occupy Wall Street », la candidate a puisé à travers ce mouvement les mots d’ordre qu’elle a déclinés au cours de sa campagne : réduction des taxes sur les petits commerces et le small business dans son ensemble, salaire minimum de 15$ (11,5€ environ), nationalisation et socialisation des grandes entreprises telles que Microsoft, Amazon.com, Boeing, taxation des millionnaires visant à financer des transports en commun « propres », la régularisation des travailleurs vivant illégalement aux Etats-Unis et l’abolition du racial profiling (action des pouvoirs publics envers certaines catégories de citoyens sur des critères raciaux, NDLR).

Un salaire horaire minimum porté à 15$, revendication centrale de la candidate socialiste. Photographie : Newsok (c)

Un spectre hante l’Amérique

Contrairement à une idée reçue, les Etats-Unis sont loin d’être naturellement allergiques au socialisme. Le syndicaliste et socialiste révolutionnaire Eugene Debs avait ainsi remporté près de 6% des suffrages à l’élection présidentielle de 1912, et rassemblé près d’un million d’électeurs en 1920, alors même qu’il était emprisonné depuis deux ans, sous le coup d’une (fausse) accusation de « trahison ». Par ailleurs, plusieurs historiens attribuent la mise en œuvre des mesures de New Deal à la volonté de prévenir la montée de la gauche radicale-socialisme révolutionnaire, communisme et anarchisme dans le contexte de la Grande dépression. Une politique sociale qui eut pour pendant bien moins connu une offensive systématique contre les syndicats — souvent avec l’appui de la Mafia — et les organisations de gauche. Les grandes centrales révolutionnaires ont disparu ; le Parti communiste américain fut laminé par le Maccarthisme et par son propre stalinisme ; l’extrême-gauche des années 1960 et 1970 s’est dissoute dans la drogue et la contre-révolution reaganienne.

Le Géant de Seattle

La psychose, elle, vit toujours dans de nombreuses têtes américaines. C’est ainsi invariablement le « communisme » que déclarent combattre les mouvements de type Tea-Party et d’innombrables groupuscules armés américains : suprémacistes, ultra-religieux, Minutemen, Oath Keepers… « La population de Seattle n’a pas peur du socialisme  », concède pourtant le prédécesseur de Kshama Sawant. Dans cette ville à tradition radicale, c’est particulièrement la revendication d’un salaire minimum qui a semble-t-il porté les électeurs vers la candidate socialiste. Son élection prend une signification particulière dans un contexte social marqué par le conflit entre les travailleurs et la firme Boeing — « le géant de Seattle ». Ces derniers protestent contre un accord — secret — passé entre leur direction syndicale et les patrons de l’entreprise, subordonnant l’assemblage du nouveau Boeing-777x dans les ateliers de Puget Sound à une baisse des pensions et la mise en sommeil des revendications. Une « saloperie », selon les représentants de la base, qui ont immédiatement rejeté l’accord.

Chaine d’assemblage de Boeing à Seattle. Photo : Piergiuliani Chesi (archives).

« Les ouvriers font le job »

« Boeing pratique le terrorisme économique » a déclaré Kshama Sawant entourée de centaines de syndicalistes lors de son premier meeting de victoire. « Si Boeing persiste, que les travailleurs prennent possession de leur usine, et débranchent la machine à faire des profits ». « La seule réponse que nous ayons, c’est de faire le travail par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Les travailleurs sont ici, les machines sont ici, et ce sont les ouvriers qui font le job. Pas les patrons. Une fois que les usines sont prises, on peut réorienter la production vers des buts d’intérêt général, au lieu de construire des drones. Les travailleurs doivent réaliser qu’ils ont plus de pouvoir qu’ils ne le croient. » De quoi inquiéter conservateurs et démocrates...et rappeler qu’aux Etats-Unis, il n’y a pas que le Tea-Party.

Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

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