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Une petite adresse à George-Pau Langevin et à Bernard Cazeneuve…

19 juin 2014
Geoffroy Géraud Legros
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En visite dans notre île, la Ministre des Outremer et le Ministre de l’Intérieur sont respectivement précédés par une réputation progressiste et un discours sans concession sur l’État de Droit. L’insécurité juridique qui pèse sur la rémunération des fonctionnaires dans notre île leur fournit une occasion de joindre les actes à la posture...

Photo : IPR

La Réunion est l’un des départements où le PS a limité la casse lors des élections municipales, ne perdant finalement qu’une petite commune rurale (La Plaine des Palmistes) et échouant de peu à en reprendre une autre (Sainte-Rose).

Une stabilité remarquable aux yeux du Gouvernement socialiste, qui se félicite d’autant plus que les cinq députés portés au Palais-Bourbon par la « vague rose » ont le bon goût, quelles que puissent être par ailleurs leurs dissensions internes, de soutenir la politique du Gouvernement.

Ainsi, à la différence d’une quarantaine de députés socialiste abstentionnistes et des quelques chevènementistes « nonistes », ni les députées du PS « Fédération » liées à Gilbert Annette, ni le triumvirat Lebreton-Vlody-Fruteau à la tête du « Progrès » n’ont refusé de voter le programme d’austérité élaboré par Manuel Valls.

Une fidélité sans doute d’autant plus appréciée en haut lieu qu’elle émane d’élus presque tous engagés auprès de Martine Aubry lors des primaires citoyennes.

Or, me glisse un ami qui a ses entrées rue de Solférino, « Martine » ne serait pas pour rien dans la sédition des « 100 députés », qui poursuit la grogne des « 40 ».

Dès lors, La Réunion apparaît sans doute auprès de l’exécutif, comme un terrain un peu moins miné que les autres, à l’heure où les déplacements ministériels et présidentiels ont une fâcheuse et systématique tendance à se transformer en séances de dénigrement — de bashing dirait la novlangue contemporaine.

C’est sans doute la relative quiétude de cet environnement qui nous vaut le défilé de hautes personnalités gouvernementales, initié demain par la double visite de Mme George-Pau Langevin et de M. Bernard Cazeneuve, respectivement ministres des Outremer et de l’Intérieur, et que conclura, dans un mois, la visite de François Hollande en personne.

De telles visites enclenchent chez nous une mécanique de la célébration bien rodé. Les accueils tam-tam-et-colliers-de-fleurs d’inspiration polynésienne, inaugurés par le folklore debréïste — pareilles démonstrations étaient auparavant totalement étrangères aux mœurs du pays— ne sont plus systématiquement de mise.

La réception en Préfecture, qui garde un léger parfum des Bals des Gouverneurs d’antan, demeure en revanche un temps fort, ne serait-ce que pour les élégantes qui font prendre l’air à leurs toilettes et les officiels, qui exhument des placards et de la naphtaline les uniformes de parade immaculés.

Le rituel n’est pas moins routinisé à l’extérieur, où mouvements revendicatifs viennent « interpeller » les ministres ou assimilés en visite.

Banderoles. Drapeaux. Mégaphones.

Demandes d’ « audience », qui échoient immanquablement à un collaborateur mort d’ennui, lequel, bien entendu, n’entend goutte à ce dont on lui parle et finit par se laisser adresser une motion, vite rangée dans un tiroir spécial que l’on s’imagine situé à proximité de la poubelle de bureau, puisque personne n’a jamais entendu parler du devenir des dizaines de doléances du même genre.

Notons en passant, qu’il n’existe pas, comme dsrait l’autre, de « Muraille de Chine » entre les deux mondes… et nous n’aurons pas la cruauté de citer ici les noms des grands « vanzèr » à mégaphones que l’on retrouve, passé le temps de la manife, piaffant comme les autres devant les étalages de petits fours et les coupes de champagne rosé.

Autres pratique : celle des tribunes libres, lettre ouvertes etc, adressées aux ministres voyageurs.

Aussi efficaces que les motions précitées, ces courriers ont néanmoins le mérite d’être lus ne serait-ce que par les lecteurs des journaux qui les publient, mais aussi, probablement, par les Renseignements généraux.

Je ne résiste donc pas à la tentation de me livrer, au moins partiellement, à l’exercice.

À l’adresse de Mme Pau-Langevin, d’abord, qui a au passage toute ma sympathie en qualité de fossoyeuse du sinistre BUMIDOM, et à qui je souhaite d’être aussi brillante que le fut M. Lurel, injustement malmené sous nos cieux par un establishment réactionnaire auquel il n’a fait que dire ses quatre vérités.

À l’adresse, aussi de M. Cazeneuve, successeur de Manuel Valls ; un ministre dont, à l’instar de la plupart des gens, je ne sais pas grand-chose, mais dont j’ai entendu la prestation sur France Inter le 27 Mai dernier.

Une intervention qui coïncidait avec l’épilogue de l’affaire dite « Kerviel », qui a permis au nouvel occupant de la place Beauvau de rappeler que l’ « État de Droit » constituait le principe cardinal de son action.

Énoncé fort prévisible, dira-t-on, de la part du « premier flic de France » ; néanmoins, on ne pouvait qu’être frappé par l’importance donnée par M. Cazeneuve au rôle du pouvoir judiciaire dans l’exposé de sa définition de l’État de droit.

Fallait-il voir là un propos en direction de Christiane Taubira, qui entretenait les relations paradoxales que l’on sait avec son prédécesseur, ou le style personnel de l’avocat devenu ministre qu’est Bernard Cazeneuve ?

Toujours est-il que selon ce dernier, c’est bien la « force de la chose jugée », la « décision des Tribunaux » qui sont au soubassement de l’ordre républicain. Je ne peux m’empêcher de me demander ce que pense M. Cazeneuve de certaines péripéties contemporaines de l’État de droit à La Réunion.

Je ne fais pas ici allusion aux affaires dites « Müller » : d’abord, parce que comme la plupart de mes compatriotes, je n’entends rien à ce sac de nœuds, ensuite, parce que la sérénité de la Justice consiste selon moi, aussi, à laisser les magistrats laver leur linge en famille.

Je pense très précisément au curieux destin d’une jurisprudence importante, pourtant rendue par le juge suprême en matière administrative — le Conseil d’État — qui, le 8 mars 1993, avait déclaré sans ambiguïté aucune l’illégalité de « l’indice de correction », qui représente 15% sur les 53% de sursalaires versés dans les fonctions publiques à La Réunion.

Une somme dont les ministres concernés étaient même tenus de refuser le versement, précisait le juge, mais qui figure toujours sur les fiches de paie, alors même qu’un récent arrêt dit « Pattiama » a confirmé l’analyse du Conseil d’État.

Que l’on me comprenne bien : je ne suis pas opposé à la surrémunération, qui n’est finalement que rémunération normale dans notre environnement économique, dominé par la vie chère.

Toutefois, la non-application de ce jugement me procure en elle-même un certain malaise : ainsi, la haute société réunionnaise toute entière, ses représentants de l’État, ses hauts magistrats, ses grands commis administratifs, brefs, tous ceux qui ne peuvent ignorer la loi parce qu’ils doivent la mettre en œuvre sont donc capables, de conserve, de s’asseoir sur une décision de justice, fut-elle rendue au plus haut niveau.

Pourquoi ? Tout simplement « parce que tous ces gens-là touchent, eux aussi », m’expliquait, hilare, un ami gravitant dans ces hauts milieux, qui trouvait ma question bien naïve.

En extrapolant, on se demande ce que donnerait pareille convergence des volontés exercée à l’encontre d’un particulier, d’une entreprise, d’un média ou d’un parti politique qui auraient « déplu »… et on s’interroge, au passage, sur la légitimité des châtiments, parfois bien peu proportionnés, qui frappent certaines indélicatesses parfois involontaires, lorsqu’ils sont infligés par des agents qui, en toute connaissance de cause, touchent une part de leur rémunération en dehors de tout cadre légal.

On ne doute pas que M. Cazeneuve trouvera, lui aussi, que « tout le monde touche » sonne bien moins républicain qu’« État de droit » et « autorité de la chose jugée ».

On notera qu’il suffirait à ce dernier, qui voyage avec la Ministre des Outremer, de déposer à son retour un projet de loi légalisant l’index de correction.

Un acte qui non seulement mettrait fin à une durable insécurité juridique au profit de l’économie de notre pays, mais ferait apparaître que, contrairement à ce que pensent une bonne part de nos concitoyens, l’invocation du fameux État de Droit ne se réduit pas à une simple figure de style….

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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