Categories

7 au hasard 21 juin 2016 : Le Barachois comme vous ne l’avez jamais vu - 11 avril 2014 : Nouvelle route du Littoral : la solution LOD ! - 14 août 2013 : La guerre de l’océan Indien aura-t-elle lieu ? - 17 mars 2015 : NRL : les baleines iront-elles se faire voir ailleurs ? - 3 octobre 2013 : Les Réunionnais sont-ils écoutés ? - 1er novembre 2013 : L’enfant debout derrière la mort - 14 mai : Causerie autour du steak créole (et recettes !) - 30 décembre 2016 : Boogaloo : le « Ritmo Moderno » a 50 ans - 13 janvier 2013 : Meurtres de SDF : des morts qui nous accusent - 27 novembre 2016 : Hé, ho, la droite ! -

Accueil > Lames de fond > Péï oublié > Un téléphérique pour Noël 2015 ? Chiche ! Ou alors 2016...

Câble

Un téléphérique pour Noël 2015 ? Chiche ! Ou alors 2016...

29 décembre 2014
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Que ceux qui aiment les querelles s’engagent à ne jamais monter dans un téléphérique réunionnais !

Le téléphérique d’Archadas de Cruz, à Madère. Photo geo.fr

Tram-train, chemin de fer, funiculaire, téléphérique... L’histoire de La Réunion est jalonnée de projets de transport les plus divers. Les Créoles ont vécu 80 ans au rythme du chemin de fer (1882/1963). Le funiculaire du Brûlé ? Étudié, financé, déclaré d’utilité publique, oublié, relancé puis enterré au début du siècle dernier, sur fond de perpétuelles polémiques. Le Tram-train ? Sacrifié sur l’autel de la Région. Quid des téléphériques ? L’île en a connu quelques uns et pourrait bien renouer avec ce moyen de transport peu coûteux, non polluant et adapté au relief... Chiche !

En 1875, l’idée d’un funiculaire reliant le village du Brûlé à Saint-Denis — un trajet de dix minutes environ pour 3.400 mètres de voie en ligne droite — est lancée par Louis Deroux, avoué et fils de propriétaire au Brûlé. Avant la mise en service de la route « carrossable » commencée par Julien Gaultier De Rontaunay (armateur, riche négociant et Directeur de l’Intérieur par intérim) et livrée le 22 avril 1854, il fallait emprunter un mauvais sentier pour atteindre le village, appelé le « balcon fleuri au-dessus de Saint-Denis », réputé pour son climat et pour être « le jardin potager de la capitale (...) patrie des légumes, des fleurs et des pommes de terre », décrit Louis-Marie Le Siner, maire de Saint-Denis de 1871 à 1882.

Le Brûlé et son église. 1860. Source ADR

Le projet du funiculaire du Brûlé revient sur le tapis en 1880 et l’ingénieur Triboulet est même chargé de mener une étude en vue des travaux. « La voie tracée, presque en ligne droite part de Saint-Denis, explique Triboulet, de l’extrémité de la rue de La Source (...) pour arriver au Brûlé ». Le voyage coûtera 1 franc aux usagers. Trois ans plus tard, un comité pour la réalisation d’un funiculaire est créé et présidé par M. Deroux.

Ce comité obtient du conseil général la concession de la voie ferrée du Brûlé (9 décembre 1885). Deux mois plus tard (9 février 1886), le gouverneur Pierre-Etienne Cuinier signe un arrêté autorisant les travaux et les déclare d’utilité publique. Le temps passe... Il faudra attendre 1897 pour que le conseil municipal (Maire : Arthur Bédier) octroie une subvention de 10.000 francs par an pendant 30 ans à M. Deroux pour la réalisation du fameux funiculaire.

Louis-Marie Le Siner, maire de Saint-Denis de 1871 à 1882.

Mais le funiculaire du Brûlé ne verra jamais le jour... En 1903, Deroux est contraint de renoncer à ses responsabilités dans le cadre de la réalisation du funiculaire pour cause d’incompatibilité avec sa fonction d’officier ministériel. Il transfère donc les rênes du projet en 1905 à M. Salaun de K/Marcal, représentant un groupe de propriétaires du Brûlé et d’actionnaires...

Dès lors, le projet ne connaît plus d’avancées. En 1910 (soit 35 ans après le lancement de l’idée), le funiculaire du Brûlé, telle l’Arlésienne, refait surface mais ce n’est que pour mieux replonger dans l’oubli. Définitivement ! Pourtant la réalisation de cet ouvrage aurait fondamentalement changé le développement du Brûlé dont le climat était recherché pour les « changements d’air ».

Autrefois, un téléphérique permettait d’atteindre la "petite île". Photo Google Maps.

Autrefois, un câble et une cabine faisaient office de téléphérique reliant l’île de La Réunion à « sa » petite île (sud). En fait, cet îlot était, jusqu’en 1980, une propriété privée. Le propriétaire, Charles de Lavergne, avait fait installer un téléphérique — aujourd’hui disparu — pour y accéder. Depuis la petite île (qui a donné son nom à la commune) est le refuge de nombreux oiseaux migrateurs.

Dès le début des années 50, la construction d’un téléphérique « pour vaincre l’obstacle majeur que constituait le « rempart » du cirque de Salazie vers les terres de la mare à poules d’eau », est à l’ordre du jour. Aussitôt dit, aussitôt fait : le téléphérique entre en service en mai 1953.

Hell-Bourg : vestiges du téléphérique. Photo source : skipass.com

Vestige de la cabine du téléphérique. Photo source : skipass.com

« Pour une portée totale de 1.184m, le dénivelé est de 791m et le parcours effectif sur le câble de l’ordre de 1.400m », écrit à ce sujet en 1957 dans la revue Revue “Forêt Française”, Jean-Marc Miguet alors directeur de l’ONF. « La station haute est située à proximité des maisons forestières de Bélouve à 1.513 m d’altitude, tandis que la station basse se trouve à 710 m seulement, à proximité immédiate du C.D. 48 qui relie Saint-André à Hell-Bourg ». (...)

« La force motrice est fournie par la gravité. Un régulateur à air formé par une hélice à 4 pales limite la vitesse de déplacement à un mètre/seconde. La charge maximum pouvant être descendue est de 2 T ; on peut alors monter sur l’autre câble un poids total de 850 kg. La réalisation de cet important ouvrage a posé au service des problèmes (...) : nous nous contenterons d’un seul chiffre : on a monté à Bélouve, par l’étroit sentier de chèvre qui dessert ce haut plateau, environ 100 tonnes de marchandises à tête d’homme ».

En 1966, dans une de ses nombreuses chroniques publiées par la presse, Jacques Lougnon raconte sa visite du chantier du barrage et de la centrale électrique de Takamaka. Il évoque à cette occasion les trois téléphériques qui équipent le chantier dont l’un est baptisé « Blondin », « en l’honneur du funambule qui traversa les chutes de Niagara sur un fil ».

Barrage hydroélectrique de Takamaka. Photo : Reggaie

21ème siècle : le téléphérique revient à la mode. Pas moins de trois projets sont évoqués : Saint-Leu-Cilaos, Saint-Denis (Centre ville / La Montagne) et Salazie (Hell-Bourg / Plateau de Bélouve). D’ailleurs, à l’occasion des élections municipales en 2014 à Saint-Denis, le candidat — malheureux — René-Paul Victoria avait inclus dans son programme un téléphérique pour relier la « capitale » à La Montagne ! Une étude a même été lancée mais les aléas politiques en ont décidé autrement.

Quant à Gilbert Annette, l’actuel maire, il a envoyé en 2013 une délégation... en Colombie, à Medellin, qui est certainement équipée d’un modèle de téléphérique (métrocable) unique au monde pour justifier un tel déplacement. « Cette ville colombienne possède de par sa topographie de nombreuses similitudes avec Saint-Denis (quartiers en hauteur entourant le centre-ville) et donne ainsi un aperçu concret de la performance d’un réseau multi modal de transport public combinant lignes de métro et téléphériques », expliquait la municipalité dionysienne au retour de la délégation. Bon, admettons... Wait and see.

Téléphérique urbain de Medellin (Colombie). Source remontees-mecaniques.net

A Salazie, le conseil municipal a adopté en 2012 le principe d’une étude de faisabilité (230.000 €) d’un nouveau téléphérique, étude qui s’est révélée encourageante et optimiste. Prévu pour relier Hell-Bourg au Plateau de Bélouve, ce téléphérique, aux vertus touristiques évidentes et qui aurait même la chance d’être plutôt « bien vu » par le Parc national [1], devrait permettre de transporter des voyageurs mais aussi d’assurer l’approvisionnement (vivres). Wait and see.

En 2011, le bouillonnant Thierry Robert lance lui aussi un projet de téléphérique pour relier la ville de Saint-Leu à Cilaos. Ce projet est à l’origine d’une polémique entretenue comme il se doit par tous les grokèr de l’île, tous spécialistes en aménagement du territoire, écologie, économie, tourisme, faune et flore endémiques, etc.

Mais ce projet est loin d’être un caprice sorti de la tête d’un élu qui aurait la folie des grandeurs, comme voudraient le faire croire certains.« Le câble consomme 3,5 fois moins d’énergie qu’un tram, 50 fois moins qu’une voiture », explique le collectif green974.com. « Concernant l’impact visuel que pointent les détracteurs du projet, il s’avère nul comparé à une route, les travaux qu’elle génère, etc », précise même le JIR [2]. Et le Parc national ?

Le téléphérique de Chamrousse dont la jurisprudence va peut-être bien sauver le projet de téléphérique reliant Saint-Leu à Cilaos. Source photo : Chamrousse.com

« Pas de problème, poursuit le site green974.com, le projet peut s’intégrer au programme global de préservation du patrimoine du parc des hauts, comme c’est déjà le cas à Chamrousse dans le département de l’Isère, où leur installation répond aux exigences de performances et de préservation de l’environnement de la ville, signataire de la « Charte nationale en faveur du développement durable dans les stations de montagne » de l’Association Nationale des Maires des Stations de Montagne (ANMSM). Ce cas qui fait office de jurisprudence fait aussi preuve de bon sens et il serait, à notre sens, maladroit que la structure du Parc National s’oppose à un tel projet, cela révélerait une mauvaise appréciation des enjeux du développement durable à la Réunion, ce qui est impensable pour une structure de son importance et de cette qualité ».

Ouf... Sauvés par la jurisprudence « Chamrousse » ! Alors chiche : on veut un, deux, trois téléphériques. Et comme on croit encore un peu au Père Noël, on passe commande dès aujourd’hui pour Noël 2015... 2016 ? Bon, d’accord, 2017 au plus tard. Ils sont trois sur la ligne de départ.

Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros

Téléphérique - PLAYMOBIL® Suisse

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Sous réserve qu’aucun pylône ne vienne gâcher le paysage du rempart... Au fait, il en pense quoi de la Nouvelle Route du Littoral, le Parc ? Et de l’extraction de roches sur des sites sensibles comme les ravines ?

[2Journal de l’île de La Réunion, en date du 12 août 2011.

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter