Categories

7 au hasard 16 avril 2016 : Le FN tient au secret des affaires - 30 mai 2014 : En Ukraine, la finance veut un « Pinochet » - 27 juin 2014 : Préférence régionale : Thierry Robert prend la main - 1er janvier 2013 : Le roitelet de l’au-delà - 1er juillet 2013 : Obama à Robben Island... - 30 juin 2014 : NRL : Quelle consultation sur la route en mer ? - 27 avril 2013 : Trois années de soleil en trois minutes - 14 juillet 2013 : La droite américaine ne veut plus de rappeurs... - 6 août 2015 : Jeux des Iles : France hors-jeu - 4 juillet 2013 : Koz kréol... -

Accueil > Domin lé dan nout dé min > Courrier des internautes > Un paradis pour une minorité, un enfer pour tous les autres

Tribune Libre de Perceval Gaillard

Un paradis pour une minorité, un enfer pour tous les autres

21 janvier 2015
Perceval Gaillard
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

En amont de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, OXFAM (confédération de 17 ONG mondiales œuvrant contre la pauvreté) publie un rapport explosif sur l’explosion des inégalités de richesse dans le monde et les ravages de l’ultralibéralisme. Très justement intitulé « Insatiable richesse : toujours plus pour ceux qui ont déjà tout », il dresse un constat implacable d’une crise économique qui profite aux plus fortunés et avance une série de propositions qui rejoignent, pour certaines, celles du Front de Gauche durant la dernière campagne présidentielle.

"Pauvreté", by Ramaz Razmadze

Le constat général de ce rapport résonne comme une claque pour les dominants et leurs relais médiatiques nous expliquant que le capitalisme financier d’inspiration néolibérale est un horizon indépassable, marquant la fin de l’histoire, sensé apporter prospérité et développement à l’ensemble de l’humanité.

Que l’on en juge seulement par ces quelques chiffres :

  • 3,5 milliards de personnes se partagent les mêmes richesses que les 80 personnes les plus fortunées.
  • 80 % de la population mondiale doit se contenter de seulement 5,5% des richesses.
  • D’ici 2016, les 1% les plus riches détiendront plus de 50% des richesses dans le monde.

Des riches de plus en plus riches, des pauvres de plus en plus pauvres… Aussi amer soit-il, ce constat n’est pas nouveau dans un monde soumis aux appétits des multinationales dictant leur loi aux états et aux peuples depuis des dizaines d’années. En revanche l’analyse détaillée de cette étude nous permet de mieux comprendre l’évolution récente de la répartition des richesses dans un contexte de crise économique mondiale et démontre, s’il le fallait encore, le cynisme et la cupidité de l’oligarchie dominant le système économique mondial.

La crise : une aubaine pour dépouiller encore plus les pauvres

C’est ce qui ressort nettement du rapport. Ainsi selon celui-ci : « les richesses des 80 personnes les plus riches au monde ont doublé en valeur nominale entre 2009 et 2014 tandis que les richesses des moins bien lotis ont reculé en 2014 par rapport à 2009 ». Ainsi durant une période de crise qui voit les peuples se faire saigner en Europe et partout dans le monde : « la fortune de ces 80 personnes a augmenté plus rapidement que ce que possède le reste du monde ». Ce sont donc les premiers responsables de cette crise qui en sont les principaux bénéficiaires avec la complicité des états soumis aux marchés financiers. La finance est en effet l’un des secteurs économiques les plus prisés par ces ultras-riches.

La finance, l’industrie pharmaceutique et les soins de santé : la poule aux œufs d’or des milliardaires

Loin d’être une surprise, le secteur de la finance et des assurances constitue la principale source de richesse des milliardaires dans le monde. Ainsi « 20 % d’entre eux (321 personnes) auraient des intérêts » dans ce secteur. Le tableau 1 (les dix principales fortunes reposant sur des activités associées au secteur de la finance) est à ce titre très instructif, tant sur la composition que sur l’évolution des richesses. On y retrouve en effet cinq Américains (aux trois premières places), deux Russes, un Saoudien, un Colombien et un Brésilien qui voient tous leurs revenus augmenter (entre 1 et 36 %) à l’exception notable des deux Russes qui enregistrent une baisse significative certainement liée aux sanctions occidentales suite à la crise ukrainienne.

« Entre 2013 et 2014, c’est la fortune cumulée des milliardaires ayant des intérêts ou des activités dans les secteurs pharmaceutique et des soins de santé qui a le plus augmenté », passant de « 170 à 250 milliards de dollars (+47 %), soit la plus grande augmentation des différents secteurs de la liste Forbes ». Là encore la composition et l’évolution des revenus des dix milliardaires les plus riches dont la fortune repose sur des activités associées à ce secteur (Tableau 2) est instructive. A moitié européenne (2 Suisses, 2 Allemands, un Italien), elle compte également trois Américains et deux Indiens. Mais ce qui frappe surtout c’est l’explosion des revenus de huit de ces dix milliardaires (entre 21 et 63 %) durant une année qui a vu l’une des pires crises sanitaires que le monde ait connu avec le virus Ebola.

En plus d’être une tragédie sur le plan humain, ce virus représente une catastrophe pour le développement de pays très fragiles sur le plan économique et social. Ainsi « la Banque mondiale estime que les coûts pour la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone représentaient un manque à gagner de 356 millions de dollars en 2014, et de 815 millions supplémentaires en 2015 si l’épidémie ne peut pas être contenue rapidement ». Dans le même temps « la plus forte hausse des revenus d’un seul milliardaire opérant dans le secteur pharmaceutique entre 2013 et 2014 pourrait suffire à payer trois fois le coût total estimé à 1,17 milliard de dollars pour la période 2014–2015. En l’espace d’un an, Stefano Pessina a vu sa fortune nette augmenter de 4 milliards de dollars (passant de 6,4 à 10,4 milliards de dollars) ».

Symptôme d’un monde qui marche sur la tête et symbole de la mondialisation libérale qui foule au pied la justice la plus élémentaire, cet écart entre les besoins de populations entières et les profits empochés par une seule personne est également à remettre en perspective avec les sommes investies par ces multinationales dans le lobbying pour défendre leurs intérêts particuliers.

Des profits faramineux pour les dividendes… et le lobbying

Ainsi « en 2013, les secteurs pharmaceutique et des soins de santé ont dépensé plus de 487 millions de dollars dans des activités de lobbying aux États-Unis, soit plus que la somme dépensée par tout autre secteur dans le pays, équivalent à 15% des dépenses totales consacrées au lobbying en 2013 (3,2 milliards de dollars). Par ailleurs, dans le cadre des élections de 2012, ce secteur a dépensé 260 millions de dollars pour financer certaines campagnes électorales. 22 des 90 milliardaires issus des secteurs pharmaceutiques et des soins de santé sont des citoyens américains ».

Loin d’être cantonné aux Etats-Unis d’Amérique, ce phénomène se retrouve de l’autre côté de l’Atlantique : « Au sein de l’UE, au moins 50 millions de dollars sont dépensés chaque année par les secteurs pharmaceutiques et des soins de santé dans des activités de lobbying. 20 des 90 milliardaires qui ont fait fortune dans ces domaines y résident. Au cours de l’année dernière, leur fortune cumulée a augmenté de 28 milliards de dollars ».

By Pawel Kuczynski

Directement responsable de la crise des subprimes qui frappe l’économie mondiale depuis 2008, le secteur financier ne se prive pas d’utiliser les mêmes armes auprès des États, ce qui explique certainement l’impunité dans laquelle il se retrouve et la progression constante de ses profits. Par exemple « en 2013, le secteur de la finance a dépensé plus de 400 millions de dollars dans des activités de lobbying aux États-Unis ».

« Par ailleurs, dans le cadre des élections de 2012, les entreprises de ce secteur ont dépensé 571 millions de dollars pour financer certaines campagnes électorales. D’après le Centre for Responsive Politics, c’est le secteur de la finance qui a apporté la plus grande contribution aux partis et aux candidats fédéraux ». La même logique est à l’œuvre en Europe : « Au sein de l’UE, les groupes de pression issus du secteur de la finance dépensent quelque 150 millions de dollars chaque année à destination des institutions de l’UE. Entre mars 2013 et mars 2014, le nombre de milliardaires dans l’UE ayant des activités et des intérêts dans le secteur de la finance est passé de 31 à 39, avec une augmentation de la fortune cumulée de 34 milliards de dollars, atteignant 128 milliards de dollars ».

La fin de l’histoire : un paradis pour les riches…et un enfer pour les peuples

Toute cette richesse accumulée n’est pas sans conséquences sur les populations. Loin de ruisseler et d’irriguer toute la société comme nous l’ont pourtant appris nos professeurs d’économie orthodoxe et les principaux relais néolibéraux dans les médias dominants, elle est en fait le fruit d’un immense transfert de richesses des plus pauvres vers les plus riches sous couvert de crise économique et d’efforts à fournir pour retrouver la croissance.

Comme le souligne le rapport : « Tandis que les entreprises des secteurs de la finance et de l’assurance consacrent leurs ressources au lobbying pour servir leurs propres intérêts et ainsi continuer d’augmenter leurs profits et la fortune des principaux acteurs de ces secteurs, les citoyens ordinaires continuent de payer le prix de la crise financière mondiale. On estime le coût du renflouement du secteur financier pour le contribuable américain à 21 milliards de dollars. Si le secteur financier s’est bien rétabli suite à ce renflouement, le salaire médian aux États-Unis n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant la crise. Le FMI a estimé les coûts annuels des institutions financières d’importance systémique (à savoir celles qui sont trop importantes pour s’effondrer) pour le contribuable à 83 milliards de dollars ».

Comme nous le soulignions il y a déjà longtemps au Parti de Gauche de La Réunion [1], nous payons une crise dont nous ne sommes pas responsables et qui profite à ceux-là mêmes qui l’ont provoquée.

En plus d’influer sur l’environnement réglementaire pour protéger et renforcer leurs intérêts privés, ces multinationales ne se gênent pas pour influencer les États sur les questions fiscales et budgétaires : « autrement dit sur les ressources publiques qui devraient bénéficier au plus grand nombre, et non servir les intérêts de puissants groupes de pression ».

Ainsi le Tableau 3 recensant le nombre d’actions de lobbying selon les thématiques en 2013 aux Etats-Unis est on ne peut plus explicite : 3.219 cas concernent le budget fédéral et les crédits, 1.951 concernent la fiscalité, 1.898 la santé, 1.371 les transports, 1.297 la défense et 1.238 l’énergie et le nucléaire. On comprend bien ainsi le poids écrasant des multinationales lorsqu’elles sont à ce point organisées et qu’elles contrôlent en réalité tous les rouages du fonctionnement démocratique de nos institutions : depuis le financement des campagnes électorales des élus jusqu’au choix du budget et de l’impôt, en passant par le vote des lois les concernant.

C’est la raison pour laquelle nous parlons au Parti de Gauche de La Réunion de coup d’état de la finance à propos de la dette publique [2].

La fin de l’histoire tant vantée par les tenants du capitalisme le plus sauvage, si heureux d’annoncer la mort du communisme et de toutes les utopies égalitaires, ressemble plus à un cauchemar qu’au doux rêve qu’ils nous avaient vendu et nous vendent encore, à propos de prospérité et de paix mondiale. Il s’agit en fait d’un paradis pour une ultra-minorité et d’un enfer pour tous les autres.

Faire reculer les inégalités extrêmes : un projet politique, une mobilisation populaire et un engagement citoyen

OXFAM dégage 9 axes de travail pour améliorer la situation et faire reculer les inégalités extrêmes, développés notamment dans sa campagne A égalité ! :

  • Faire travailler les États pour les citoyens et lutter contre les inégalités extrêmes
  • Promouvoir l’égalité économique et les droits des femmes
  • Verser aux travailleurs un salaire décent et combler le fossé avec les primes vertigineuses des dirigeants
  • Partager équitablement le fardeau fiscal pour uniformiser les règles du jeu
  • Supprimer les échappatoires fiscales internationales et combler les lacunes en matière de gouvernance fiscale
  • Rendre les services publics gratuits et universels d’ici 2020
  • Modifier le système international de R&D et la tarification des médicaments, de manière à ce que l’ensemble de la population ait accès à des médicaments adaptés et abordables
  • Mettre en place un socle de protection sociale universelle
  • Cibler le financement du développement afin de réduire les inégalités et la pauvreté et de renforcer les relations entre les citoyens et leur gouvernement.

Ces propositions sont beaucoup plus détaillées dans le rapport suivant : OXFAM.

Loin d’être utopiques ou irréalistes, ces objectifs, partagés par de nombreuses associations et nombre de partis politiques, sont à notre portée à condition de construire un rapport de forces suffisant pour les imposer à ces multinationales qui influencent directement les États prétendument souverains. Ce combat collectif, à l’échelle mondiale, ne peut réussir qu’à travers un engagement personnel et citoyen au niveau politique et associatif.

Chez nous à La Réunion, malgré le sentiment savamment entretenu par nos élus et hauts fonctionnaires de vivre hors du monde et loin des grands enjeux planétaires, nous sommes au cœur de la mondialisation et particulièrement concernés par les inégalités : « La Réunion : des révoltes logiques ? »

Les multinationales sévissent également dan nout péi comme le montrent les licenciements boursiers ayant eu lieu à la SIB par Colgate-Palmolive. Boycottons-les pour leur montrer que nous ne cautionnons pas de tels agissements. Engageons-nous dans des associations comme par exemple « Med’Ocean », association de médecins luttant contre l’influence des laboratoires pharmaceutiques avec peu de moyens et beaucoup d’énergie.

Mobilisons-nous contre le TAFTA (accord commercial trans-atlantique ou Trans-Atlantic Free Trade Agreement) ou GMT (Grand Marché Transatlantique) : un accord de libre-échange entre les Etats-Unis d’Amérique et l’Europe qui va donner tous pouvoirs aux multinationales, y compris celui de poursuivre les États devant des tribunaux spéciaux si ceux-ci s’opposent à leurs intérêts.

Sous l’impulsion d’ATTAC notamment, un collectif « stoptafta » a été crée à la Réunion dans la lignée de ce qui se fait partout en Europe. Luttons également contre la future loi Macron directement dictée par les banksters et le MEDEF pour encore plus précariser les travailleurs et exploiter les plus pauvres :
« C’est criminel : la loi Macron facilitera les licenciements ! ». Face à une telle situation nous sommes dans l’obligation de penser globalement et d’agir localement.

Perceval Gaillard

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter