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États-Unis

Un ancien dirigeant de Mobil Oil contre les gaz de schiste

27 avril 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Responsable des forages gaziers dans l’hémisphère nord plusieurs décennies durant, un dirigeant à la retraite du premier groupe pétrolier mondial s’élève contre l’exploitation des gaz de schiste dans l’État de New-York.

Photo : Ostroff Law

«  Il est tout simplement impossible de faire de la fracturation hydraulique une technologie sûre, ni avec les moyens technologiques actuels, ni en mettant en œuvre les mesures de régulation proposées aujourd’hui, qui s’avèrent inadéquates ». Cette déclaration, prononcée mardi dernier lors d’une conférence organisée à Albany, capitale de l’État de New-York, ne sont pas ceux d’un militant écologiste.

Son auteur est Louis Allstadt, ancien dirigeant de la puissante Mobil Oil Corporation, devenue Exxon-Mobile lors de sa fusion, en 1999, avec le géant Exxon. Retraité l’année suivante, M. Allstadt, longtemps basé au Japon, a occupé des fonctions de premier plan au sein de Mobil, dont il supervisait les activités d’approvisionnement, de vente et de transport… et l’installation de puits de forages gaziers dans l’hémisphère nord.

Travaux de fracturation hydraulique en cours. Photo : Joshua Doubek

Sécurité des forages ?

L’homme, qui a terminé sa carrière au poste de vice-président d’Exxon-Mobil, était il y a quelques années encore un partisan enthousiaste de l’exploitation des gaz de schistes par fracturation hydraulique, porteuse de « la promesse d’énormes quantités de gaz naturel combustible propre (…) et de retombées économiques conséquentes pour l’État de New-York », écrivait-il en novembre 2009 dans le quotidien new-yorkais « Star Gazette ».

Soutenant l’exploitation de la couche de roche sédimentaire nommée « formation de Marcellus », Louis Allstadt affirmait la possibilité d’extraire les gaz « tout en préservant notre terroir, la qualité de nos eaux et de notre air (…) et en limitant au maximum les risques individuels ».

Appréhendée par une taxe, une part des retombées de la fracturation aurait notamment pu servir à « réparer les routes endommagées par le trafic des camions », et à « financer une instance de régulation », toutes infrastructures dont l’absence, selon le pétrolier en retraite, empêchait la sécurité des forages.

Au grand dam des industriels, ce prestigieux porte-parole d’une exploitation « rationnelle » s’est mué en opposant à toute fracturation des sédiments de Marcellus. Après une étude approfondie des dossiers, le retraité en est venu à minorer les bénéfices de l’opération et à considérer comme acquise l’incapacité des autorités à en assurer un contrôle satisfaisant. « C’est une mauvaise idée pour l’État de New-York », a déclaré dès 2012 M. Allstadt, auteur de plusieurs lettres détaillées aux autorités de l’État fédéré et à son Gouverneur, Andrew Cuomo.

Louis Alstadt. Photo : nofrackingway.com

Obstacles géologiques et politiques

Selon l’ancien pétrolier, les forages auraient notamment des effets dévastateurs sur les eaux… et sur les finances publiques. Les sédiments de Marcellus ne constituent pas un environnement propice à pareille entreprise «  tant pour des raisons géologiques que politiques », déclare-t-il dans la presse locale. Plusieurs puits-tests ont ainsi été abandonnés après des effets infructueux, rappelle-t-il. Au plan institutionnel, « les organismes de contrôle chargés de préserver l’environnement sont complètement imprégnés des conceptions des industriels, et renoncent de ce fait à édicter des normes coûteuses pour ces derniers, telles que l‘élimination des eaux usées toxiques et la réparation des routes et des ponts », endommagés par les machines impliquées dans la fracturation.

Autant de prises de positions qui, si elles évitent soigneusement d’emprunter au vocable « militant » et se limitent à des exposés factuels, n’en embarrassent pas moins les entreprises pétrolières, qui s’emploient désormais à décrédibiliser leur éminent ancien collègue.

Fracturation hydraulique sur la formation de Marcellus. Selon Louis Allstadt, ni la structure géologique ni les normes de protection de l’environnement ne permettent une exploitation efficace et raisonnée des gaz de schiste dans la zone. Photo : American Geological Survey, 2013

Ainsi, un blogueur appointé par les sociétés d’extraction met en doute les compétences de l’ancien dirigeant ; pour un entrepreneur du cru, Louis Allstadt serait avant tout motivé par la proximité de son habitation principale — une ferme restaurée où il s’est établi à la fin de sa carrière.

Le vétéran de tant de forages n’est pourtant pas un adepte du Not In My Backyard : en témoignent, ses prises de position antérieures, favorables à l’extraction des gaz de schistes. D’un tempérament discret, l’homme qui s’en tient à de rigoureuses démonstrations techniques correspond sans doute moins encore à l’image de « whistleblower » ou de figure de proue du militantisme anti-gaz de schiste que composent de lui certains groupes radicaux américains ou canadiens.

S’il montre que l’opposition aux gaz de schistes peut trouver des appuis de poids en dehors de la sphère de l’écologie militante, l’itinéraire de M. Allstadt met surtout en exergue la faillite des autorités de régulation, face à un capitalisme contemporain auquel l’idée même d’une exploitation rationalisée est devenue intolérable… fut-elle émise par un homme qui fut l’un de ses cadres les plus performants.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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