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Note de lecture

Thierry Robert se livre

21 décembre 2014
Geoffroy Géraud Legros
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A la veille du 20 décembre, le député-maire de Saint-Leu a présenté son ouvrage « Engagé : #Passionnément pour La Réunion ».

19 décembre : séance de dédicace à la librairie Gérard. Photo 7 Lames la Mer

Après Paul Vergès, Alain et Jean-Marc Bénard, Margie Sudre, Ary Yee Chong Chi Kan, Éric Magamootoo, Éric Fruteau..., Thierry Robert rejoint le club très fermé des politiques-auteurs de notre île. S’il prend, à l’instar de ses prédécesseurs, appui sur cet exercice pour livrer un exposé programmatique, le député-maire de Saint-Leu y apporte une touche intimiste qui manquait jusque-là à la narration du « je » politique réunionnais.

C’est dans le cours d’une enfance et d’une adolescence passées, dans la vieille tradition créole, au domicile de ses grands-parents, que Thierry Robert situe la genèse des « valeurs » — véritable leitmotiv de l’ouvrage — qui ont fait de lui un homme « engagé ».

Une éducation au « croisement de l’éducation familiale et de l’école républicaine » porteuse de valeurs telles que « le respect de la parole donnée, la droiture, le respect d’autrui », dont l’auteur constate aujourd’hui le déclin : « qui aurait pu s’imaginer, en ces temps pas si lointains, qu’un jour, les élèves en viendraient à lever la main sur les enseignants ? »

Issu d’une famille ouvrière, enfant de chœur longtemps tenté par la prêtrise, élève modèle acharné à « décrocher les meilleurs résultats scolaires » pour « susciter la fierté » de ses parents, le jeune homme, titulaire d’un bac « S » quitte pour la première fois son île en 1994, pour s’inscrire dans une école d’ingénieur en travaux public.

Présentation de son livre à la presse. Photo 7 Lames la Mer

Revenu à La Réunion, il reprend l’entreprise fondée quelques années auparavant par son père avec les moyens du bord — « une vieille 4 L bancale et fatiguée, avec laquelle il transportait son matériel ici et là sur les chantiers, au gré des quelques marchés qu’il pouvait obtenir ».

Une entreprise que Thierry Robert fera décoller, en appliquant « les techniques plus modernes » apprises lors de sa formation. La chance est aussi de la partie : ayant trouvé un terrain susceptible d’être valorisé lors d’une recherche au cadastre, le jeune entrepreneur contacte son propriétaire… qui ignorait que ce terrain était à lui, et le lui cède pour 15.000 euros, soit 1 euro du m2. Renseignements pris, la parcelle est pentue, difficile à exploiter, et ne valait sans doute pas grand chose dans le Saint-Leu des années 90, lorsque la Route des Tamarins ne permettait pas encore la valorisation du foncier.

Convaincu d’être « accompagné par une bonne étoile », l’auteur, qui fait vœu de « justice sociale » affirme, en des termes qui évoquent Saint-Grégoire, sa volonté de « redistribuer les bienfaits accordés par la Providence ».

Un « engagement » qui l’amènera, au début des années 2000, à fonder l’association « Partage », initiative qui a « porté ses fruits » et s’est « inscrite durablement dans le paysage saint-leusien et même réunionnais », affirme l’auteur : « nous avons pu aider de nombreuses personnes en grande difficulté. Pour certains, il s’agissait de boucler une fin de mois, pour d’autres, il fallait aider à payer des factures. (…) À d’autres encore, il manquait un coup de pouce pour acheter un frigidaire ou une machine à laver ». Des aides « qui demeuraient discrètes et parfois même anonymes », afin de « préserver (…) la dignité de chacun ».

Novice en politique, issu d’une famille communiste « bandé » du côté de son père et d’une famille maternelle ancrée à droite, Thierry Robert aboutit à la synthèse centriste. Photo 7 Lames la Mer

C’est par réaction que l’implication associative mènera Thierry Robert à la politique : « les actions de « Partage » ne tardèrent pas à être perçues comme une menace par des personnes avec lesquelles, pourtant, je n’avais aucune relation particulière. (…) Cette redistribution sociale, qui ne demandait rien en retour, mettait en danger une économie électoraliste bien rodée qui, elle, dispense ses bienfaits en échange de « vote pou moin  ». (….) La méthode n’est pas neuve et l’on trouve des illustrations saisissantes de ces pratiques dans le roman d’axel Gauvin « Quartier Trois-Lettres » (qui se déroule à saint-Leu, NDLR).

« Nous n’en sommes plus au sac de riz, au quart de rhum ou à la feuille tôle. Ce sont le « ti contrat », le bon de CCAS qui fidélisent l’électorat. En aidant sans contrepartie, je devenais sans le savoir l’empêcheur de tourner en rond des politiques ».

C’est à propos d’une distribution de jouets dans les écoles que débute le bras de fer entre le fondateur de « Partage » et la municipalité. « Mes adversaires étaient des politiciens, usant de leurs fonctions pour nous mettre des bâtons dans les roues. La meilleure solution consistait donc à aller sur leur propre terrain, et à m’y imposer ».

Novice en politique, issu d’une famille communiste « bandé » du côté de son père et d’une famille maternelle ancrée à droite, Thierry Robert aboutit à la synthèse centriste.

Pèlerinage à la Salette Saint-Leu, début du 20ème siècle. Source ANOM

Une démarche qui le conduit en 2005 à une rencontre rocambolesque et cathartique avec François Bayrou : terrassé par une gastro-entérite lors d’un séjour dans une « station de ski familiale » des Pyrénées, le jeune aspirant élu part à deux heures du matin et en pleine tempête de neige à la rencontre de celui qui est alors le patron de l’UDF. Un calvaire décrit avec humour qui aboutit à une sorte de coup de foudre politique, entre les deux hommes qui partagent « une pratique assidue de la religion catholique ».

Nommé directement délégué des jeunes UDF, le saint-leusien devient, en 2007, délégué départemental du vieux parti centriste et dirige la même année la campagne de François Bayrou aux élections présidentielles.

En 2008, il arrache contre toute attente la mairie à l’UMP Jean-Luc Poudroux, responsable de l’UMP réunionnais et ancien Président du Conseil général.

« Saint-Leu méritait un vent nouveau », affirme aujourd’hui l’auteur, qui voit dans sa victoire le contrepoids historique de la défaite du Père René Payet, prêtre engagé dans la voie de la Théologie de la Libération, organisée par une fraude notoire. « Tout finit par se payer », médite Thierry Robert…

Christian Fontaine et René Payet, prêtres engagés et militants à "Témoignage Chrétien de La Réunion". Image extraite du film "Maloya pour la liberté", de Jacqueline Meppiel, 1979.

Accédant aux commandes du « Quartier Trois-Lettres », il engage une politique de rattrapage, dans une ville qui manque d’infrastructures, tout en continuant de privilégier l’action sociale, notamment par l’installation d’une épicerie sociale. C’est face à l’explosion de la misère qui suit la crise financière que le jeune élu décide de briguer un mandat de député.

« Il m’arrivait de recevoir jusqu’à 22 heures. Après le tournant de 2010, il n’était pas rare que je sorte de la Mairie à une heure du matin et que je prolonge ces rendez-vous le samedi ». (…) j’avais l’air fatigué (…) mon figure té maf. (…) En devenant maire, (…) j’avais l’espoir de changer beaucoup de choses et de répondre à l’ampleur des sollicitations. (…) Les limites de mes prérogatives m’apparaissaient (…) ».

Thierry Robert sera donc candidat aux législatives « dans l’espoir, après l’alternance présidentielle, d’œuvrer pour La Réunion dans le cadre du changement annoncé ».

Une élection remportée au second tour avec 67% des suffrages, dans laquelle le maire de Saint-Leu, qui s’est vu « seul contre tous » voit « la victoire de l’homme de proximité contre les appareils ».

À l’inverse de parlementaires réunionnais souvent prompts à magnifier leur fonction, Thierry Robert ne dissimule pas dans son ouvrage la déception relative qui suit l’euphorie de l’accession au Parlement.

À l’Assemblée Nationale, Thierry Robert trouve une tribune permettant « d’élever la voix des Réunionnais ». Photo 7 Lames la Mer

Confronté à la réalité des institutions de la Vème République, le nouvel entrant constate « que le député a peu d’influence sur les questions essentielles, l’Exécutif disposant des prérogatives nécessaires pour faire véritablement évoluer la réglementation, changer les lois et en faire voter de nouvelles. (…) Au fond, un député n’a pas le pouvoir d’influer les politiques mises en œuvre. Le Gouvernement attend des députés de la majorité qu’ils fassent de la figuration. (…) S’il dit systématiquement oui, le député se comporte en « godillot », formule chère au Général de Gaulle, et se mue en VRP de la politique gouvernementale sur son territoire. (…) À plusieurs reprises, les cabinets ministériels ont tenté d’obtenir de moi que je retire des questions au Gouvernement sur l’aide juridictionnelle, la continuité territoriale, la Nouvelle route littorale. Je n’ai jamais cédé ».

À l’Assemblée, Thierry Robert voit en revanche une tribune permettant « d’élever la voix des Réunionnais ».

C’est par le « mépris des institutions à l’égard des parlementaires », « plus fort encore envers les parlementaires issues des Outremer » que le député-maire explique son expulsion de la Préfecture par les CRS, à l’issue d’un épisode au cours duquel il s’était agenouillé devant le Préfet — « un foutant comme dit créole » (…) un « ironique rappel au représentant de l’État que justement, il n’est que le représentant de l’État, et pas un potentat d’une autre époque » où « il fallait s’agenouiller devant la personnalité toute-puissante du Gouverneur ».

À la suite de cette passe d’armes, Thierry Robert et son équipe décident de constituer « La Politique Autrement » (LPA), mouvement destiné à « proposer un dépassement réellement durable des clivages partisans traditionnels », dans un contexte marqué par le « glissement à droite » du « PS au pouvoir » partagé entre sa « gauche » et « le courant plus réformiste incarné par Manuel Valls » et une division de la droite entre « ceux qui (…) font le nid de l’extrême-droite » et « une droite ancrée dans un héritage gaulliste social, défendant un libéralisme plus nuancé ».

« Pourquoi jeter des milliards en mer quand nana tan pou fé pou band Créole si la terre ? », interroge Thierry Robert. Photo 7 Lames la Mer

En terme de politique nationale, le dirigeant du nouveau mouvement réaffirme un anti-sarkozisme tranché : « il ne saurait être question de soutenir » (…) un homme « qui ne nous aime pas, nous, les Réunionnais », « n’aime pas non plus les Outremer », et pour qui « les Réunionnais pleurent la bouche pleine », révèle Thierry Robert, citant une réflexion formulée par M. Sarkozy « en cercle très fermé ».

Cette hostilité de principe contraste avec le soutien sans réserve affiché à l’ancien président de la République par Didier Robert, Président UMP de la Région Réunion.

C’est à une critique en règle de l’action de ce dernier que se livre Thierry Robert dans la troisième partie de l’ouvrage — un énoncé de griefs qui permet au prétendant le mieux placé dans la course pour l’élection régionale de proposer un éventail de propositions alternatives.

Sans surprise, c’est par la « fausse route » du chantier de la NRL que le député-maire de Saint-Leu ouvre le débat : « pourquoi jeter des milliards en mer quand nana tan pou fé pou band Créole si la terre » ? demande le saint-leusien qui rappelle avoir refusé qu’on « éventre la terre à Bois-Blanc, sur la commune de Saint-Leu », où la Région envisage de prélever les 19 millions de tonnes de roches massives destinées à l’ouvrage.

Nouvelle route du Littoral (NRL) : Thierry Robert a refusé qu’on « éventre la terre à Bois-Blanc, sur la commune de Saint-Leu », où la Région envisage de prélever les 19 millions de tonnes de roches massives destinées à l’ouvrage.

« Bois-Blanc, c’est un endroit populaire, calme. » (…) « C’est La Réunion authentique, (…) un site classé par la Région elle-même au SAR comme site paysager particulièrement exceptionnel, à préserver ». « Quel élu digne de ce nom accepterait des rotations de camions par centaines dans des zones à la fois protégées et habitées ? » s’interroge Thierry Robert, qui rappelle la décision identique prise par la maire de La Possession à l’égard de la Ravine des Lataniers.

Nuisible à l’environnement, le projet n’intègre guère selon l’auteur de contreparties acceptables en terme d’emploi et de formation. « Un exécutif régional digne de ce nom devrait être capable de conditionner un grand projet à ses conséquences réelles sur la (…) condition sociale des Réunionnais. À mon sens, une telle étude doit être menée. (…) Si, à l’issue de cette enquête, il devait apparaître que les retombées de la NRL se limitent à 500 millions d’euros pour les entreprises locales (…) alors, il faudra redimensionner le projet ».

Inquiet du poids croissant des dépenses automobiles sur les budgets des familles, l’élu s’engage à « travailler à remettre le train sur les rails de l’histoire réunionnaise ».

« Sur les rails du bon sens », Thierry Robert revient aussi sur son projet-phare de téléphérique « nouvel axe structurant qui créera de l’activité durable ».

À la différence d’autres ouvrages comparables, « Engagé » sort assez vite du sentier battu des grands projets pour proposer des solutions dans les secteurs-phares de l’activité régionale… et même au-delà.

« Sur les rails du bon sens », Thierry Robert revient aussi sur son projet-phare de téléphérique « nouvel axe structurant qui créera de l’activité durable ».

De longs développements sont ainsi consacrés à la question du logement, domaine de prédilection de Thierry Robert, entrepreneur du BTP qui fut aussi vice-président chargé du logement social au sein du Conseil régional. Renvoyant dos à dos les « résignés » qui « s’en lavent les mains » au nom de la compétence étatique en matière de logement et la promesse de la « case à terre pour tout le monde » « jetée en l’air » par Didier Robert avant son élection à la présidence du Conseil régional, l’auteur plaide pour une utilisation pleine et entière de la compétence « aménagement du territoire » dévolue à ce dernier.

Il s’agit de « travailler en concertation avec les communes, en vue de définir des secteurs géographiques sur lesquels la Région pourrait intervenir par le biais du cofinancement » pour « préparer les terrains, effectuer les travaux nécessaires, aménager le foncier depuis la création de voirie, l’installation de tous les réseaux utiles y compris (…) l’Internet ».

Une option permettant de « construire les logements sociaux dont le manque est criant » et de « désenclaver les Hauts ».

Ces logements, Thierry Robert les souhaite différents de « ces barres de HLM dont nous ne voulons plus », qui pourraient être remplacés par « des villas en bande, des maisons de ville ou des duplex en R+1 sur les terrains pentus qui sont nombreux à La Réunion ».

Concernant le « monopole pétrolier », Thierry Robert prend le contrepied des « soi-disant experts grassement payés pour prendre les Réunionnais pour des couillons »... Photo 7 Lames la Mer

Dans le domaine de l’emploi, l’élu réaffirme la nécessité de « transférer à Pôle Emploi » la gestion des contrats aidés et épingle, en référence à l’actualité, le Gouvernement, qui « pousse à l’embauche, quitte à livrer les maires à la vindicte populaire, tout en surveillant « comme de lait su d’feu » les budgets des collectivités, la Cour des Comptes, rappelle-t-il, ayant vite fait de « mettre out manman au soleil ».

La question énergétique retient aussi l’attention du député-maire de Saint-Leu. L’auteur, qui évoque dans l’ouvrage « le caractère néfaste du monopole pétrolier », dont, prenant le contrepied des « soi-disant experts grassement payés pour prendre les Réunionnais pour des couillons, » il réaffirme le « rôle sur le coût de la vie », avance des éléments pour « une véritable politique de filière », donnant « la priorité aux entreprises et aux travailleurs locaux ».

De quoi faire de La Réunion, « une vitrine des savoir-faire français dans le domaine (…) des énergies renouvelables (ENR) ». Une proposition qui suit des développements inédits consacrés au siphonage, par les multinationales, des revenus de la niche photovoltaïque, sous couvert du « développement endémique » sarkoziste — épisode encore méconnu du grand public.

Autre détournement du potentiel réunionnais : la coopération régionale, « un véritable fromage », selon l’auteur, qui critique vertement le « placement de Claudine Ledoux, ambassadrice déléguée à la Coopération régionale, directement parachutée là par son ami Laurent Fabius. (…) Cette dame était maire de Charleville-Mézières, célèbre pour son Institut national de la marionnette. Ceci explique peut-être cela », ironise Thierry Robert, qui enfonce le clou « à La Réunion, nous connaît que canne mapou Ledoux ».

L’absence de « critères de rationalité et d’efficacité » explique, selon Thierry Robert, « le fiasco des Îles Vanille ».

L’ouvrage n’épargne pas le Président de Région : sous son impulsion, la coopération s’est transformée en un « Bat’carré régional », affirme l’auteur, qui revient sur le cuisant échec de Didier Robert à Adélaïde et stigmatise une politique devenue « un gouffre à champagne, petits fours et deniers publics ».

Des « enfantillages  », face aux défis que la « mondialisation » pose à notre île, notamment dans le cas des accords de partenariat économique (APE), au terme desquels « un nombre considérable de produits (issus du marché africain, NDLR) pourra entrer à la Réunion ». S’il croit « en la capacité de la population de se faire une idée, » (…) « nous ne sommes pas associés au processus, alors que nous sommes aux premières loges », souligne l’auteur. Pour remédier à ce « gâchis généralisé », Thierry Robert envisage deux axes : tout d’abord, la « sécurisation des affaires », faute de quoi la coopération est condamnée à finir « en cocktails à la résidence de l’Ambassadeur », et l’introduction de « critères de rationalité et d’efficacité », dont l‘absence explique, selon l’auteur « le fiasco des Îles Vanille ».

Thierry Robert fustige la gouvernance du Parc national et de la Réserve marine. Deux entités auxquelles il s’affirme « favorable », au nom de la « lutte contre le pillage et la dégradation de nos écosystèmes », mais qui, en l’état, sont gérées « comme s’il n’y avait personne à La Réunion, comme si l’île était vide ». Logo du Parc national...

Vis-à-vis du tourisme, le député-maire se fait l’avocat d’une « défiscalisation accrue » et de la « franchisation » de l’ensemble de la profession. Là encore, l’auteur note le « manque de cohérence » qui a vu la « promotion » prendre le pas sur « la structuration de la filière » et plaide à nouveau pour un Parc à thème local, soulignant que le « Puy du Fou » en Métropole « compte pas moins de 24 écoles et 60 métiers, formant chaque année un nombre considérable de jeunes ».

« Allons nous approprier La Réunion ! » lance Thierry Robert, qui fustige la gouvernance du Parc national et de la Réserve marine. Deux entités auxquelles il s’affirme « favorable », au nom de la « lutte contre le pillage et la dégradation de nos écosystèmes », mais qui, en l’état, sont gérées « comme s’il n’y avait personne à La Réunion, comme si l’île était vide ».

Pique-nique « chemin volcan » appelé à disparaître, menace des trusts pharmaceutiques sur l’activité des « tisaneurs »… c’est sous le signe des « traditions » et du « mode de vie créole » que l’auteur envisage les réformes structurelles dans d’autres domaines.

Ainsi, une fois n’est pas coutume, Thierry Robert se félicite de la promesse « non tenue » par Nicolas Sarkozy, d’inaugurer un « vaste plan de création de maisons de retraites ».

« Tant mieux ! » s’exclame l’auteur, qui interroge : « voulons-nous de ces établissements où, dans l’Hexagone, on parque les vieux ? Nos gramouns vont-il devoir défiler comme le CMAC, derrière une bannière « Park pas nous » ?

Au sujet du Parc national : "Pique-nique « chemin volcan » appelé à disparaître, menace des trusts pharmaceutiques sur l’activité des « tisaneurs »"…

Rappelant les traditions « d’amour et de respect » réunionnaises », Thierry Robert juge « plus judicieux de développer un programme adapté de soutien aux familles, en vue d’aménager leurs logements (…) et de garder à proximité les personnes âgées ».

Une politique adaptée aux usages créoles, qui irait dans le sens d’une « convivialité accrue sans rupture du lien familial et intergénérationnel ».

C’est aussi un souci d’adaptation aux réalités sociales, culturelles et géographiques qui sous-tend un propos fourni de l’auteur en matière d’éducation.

Critiquant « la prise en otage » des enseignants, élèves et parents réalisée par les maires encartés « Objectif Réunion » auteurs à la rentrée d’une tentative de retrait de l’école, le député-maire de Saint-Leu voit au contraire dans « l’enjeu éducatif » l’occasion de « dépasser les clivages » et propose « une politique volontariste » de la Région. Une démarche visant à « investir » le « temps périscolaire », et à « orienter les aides existantes vers ce champ d’intervention » afin « d’offrir aux enfants une gamme d’activités » en s’appuyant « chaque fois que c’est possible sur le dynamisme du tissu associatif ».

L’auteur plaide ainsi pour la mise en place, « bassin par bassin, commune par commune, (d’) une offre riche et variée d’activités culturelles, patrimoniales, civiques, sportives, numériques, linguistiques accessibles à tous les enfants et construites à partir de notre identité ».

Thierry Robert : "La Réunion ne peut se résigner à de la garderie passive pour sa jeunesse, au détriment d’un temps qui n’est pas consacré à former les générations futures". Photo : Gabriel Blanc

« S’initier à l’apprentissage des langues étrangères, apprendre les rudiments de l’usage des TIC, comprendre les (…) vertus du bien-manger et de l’agro-écologie » (…) les idées ne manquent pas, et les communes tâtonnent (…) faute de moyens, faute d’accompagnement ».

« La Réunion », poursuit l’auteur, « ne peut se résigner à de la garderie passive pour sa jeunesse, au détriment d’un temps qui n’est pas consacré à former les générations futures. » (…) « Il nous appartient (…) de faire de nos jeunes non pas de simples consommateurs avides d’accessoires boostés par le POP à coup de bons régionaux, mais des citoyens (…), des enfants ingénieux ayant de nombreuses cordes à leurs arcs ».

S’il s’adresse aux générations futures, Thierry Robert n’envisage pourtant pas pour autant de les voir grandir du haut de la Pyramide inversée. Plus que sa propre continuité au pouvoir, l’auteur dit surtout avoir à cœur le « renouvellement de l’offre politique », déjà engagé avec de « jeunes candidats de qualité », dont « Audrey de Fondaumière, Jean-Gaël Anda et David Sita », et l’émergence de politiques plus moraux, tels que les membres démissionnaires de l’équipe municipale de Trois-Bassins, que le député-maire de Saint-Leu félicite d’avoir « renoncé à leurs indemnités pour ne plus cautionner une majorité qui, déjà, ne respecte plus ses engagements envers la population. »

Rompant, une fois encore les codes de l’exercice, le jeune élu « ne se destine pas à passer une vie dans l’uniforme de leader » et affirme d’ores et déjà qu’il arrêtera sa vie politique « dans quelques années », afin de « suivre d’autres chemins »,
« notamment spirituels » et de se rapprocher des siens, « espérant pouvoir effacer la distance que mes engagements ont pu établir entre nous ».

Un retour sur soi-même et vers les autres qui, avertit-il, « n’aura de sens que lorsque j’aurai accompli la tâche qui m’est assignée : faire avancer La Réunion ! ».

Compte-rendu : Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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