Categories

7 au hasard 26 octobre 2015 : Régionales : un « contrat » Patel/Robert sur Saint-Paul ? - 28 août 2013 : Joyeux anniversaire Révérend... - 18 février 2016 : De battre mon cœur ne s’est pas arrêté - 6 avril 2016 : Judo : qui veut briser Thierry Grimaud ? - 12 novembre 2016 : Paul Vergès : fragments d’un long combat en photos - 8 septembre 2016 : Requins : « des drumlines pour sécuriser » - 17 décembre 2015 : Expédite Laope-Cerneaux : « ce que je dois à Clotilde et à Maxime » - 30 janvier 2013 : 30 janvier 1725 : « Tuer les noirs fugitifs dans les bois » - 23 février 2015 : « Une pensée pour la 1ère religion qui s’est pratiquée sur cette île » - 25 février 2013 : Le roi couillonnisse -

Accueil > Domin lé dan nout dé min > Courrier des internautes > Tamo Daleko (là-bas au loin)

Une Tribune Libre de Djordje Kuzmanovic

Tamo Daleko (là-bas au loin)

29 juin 2014
Djordje Kuzmanovic
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

C’est un patriote yougoslave et non un sectaire fanatisé qui a tué l’archiduc autrichien François-Ferdinand de Habsbourg, rappelle notre ami Dordje Kuzmanovic dans cette tribune libre. L’Autriche-Hongrie était alors une puissance occupante dans les Balkans. Si l’assassinat de Sarajevo est connu pour avoir enclenché le mécanisme d’alliances qui a conduit au Premier conflit mondial, il a, fait bien moins connu, donné le signal d’une guerre d’extermination menée par la double monarchie contre la Serbie, qui y perdit un tiers de sa population. Une lutte à mort dont émergea la première Yougoslavie...

PNG - 136.5 ko
Gavrilo Princip

On va nous parler du « coup de feu qui tua 10 millions d’hommes », du fait que c’est « la cause du déclenchement de la guerre », blablabla… Les nostalgiques des têtes couronnées pleureront sur le « drame humain » vécu par la famille de François-Ferdinand, blabla… mais on ne dira rien du rôle de la Serbie durant la 1ère guerre mondiale. Histoire contemporaine oblige, les Serbes étant des « méchants » à l’égal des Russes ou presque, ils devraient même vaguement passer pour les grands fautifs du conflit.

Peu de Français sauront que compte tenu des victoires des armées Serbes sur l’Autriche-Hongrie dès 1915, la France fera célébrer une « Journée Serbe » dans les écoles.

Peu apprendront que la bataille du Mont Cer fut la première victoire des Alliés, bien que les Serbes, manquant de munitions, aient affronté une armée moderne et puissante.

PNG - 460.5 ko
L’arrestation de Gavrilo Princip

Il n’y aura pas un mot sur les 1.300.000 Serbes tués pendant cette guerre. Rappel, la France a perdu 1.700.000 citoyens et on sait les dégâts et les traumatismes réels sur le long terme d’une telle saignée. Alors imaginez le traumatisme de cette guerre en Serbie… pour l’envisager, il faut savoir que la population française en 1914 et de 41.300.000 habitants, celle, de la Serbie de… 3.500.000 !!! En fait la Serbie a perdu UN TIERS de sa population masculine sur les champs de bataille.

Rappellera-t-on que la libération de la Serbie se fit — déjà et en prélude à la 2ème guerre mondiale — par ses propres armées soutenues par l’armée française d’Orient du maréchal Louis Franchet d’Espèrey ? Un aparté ici : Clemenceau donnera ensuite l’ordre à Franchet d’Espèrey d’aller contenir les troupes bolchéviques en Ukraine, spécifiquement en Crimée et à Odessa. Une répétition de l’histoire ? Ou un clin d’œil ? (ça c’est pour certains journalistes et les nuls qui ne comprennent rien à l’Histoire longue et à ses effets).

PNG - 475.1 ko
Sarajevo, le pont où a eu lieu l’attentat.

Le geste de Gavrilo Princip est à replacer dans un contexte historique un peu plus compliqué que l’historiographie médiatique.

En 1878, l’Autriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzégovine. Dès lors, les populations Slaves, en particulier les Serbes, entrent en résistance contre l’occupation (toute ressemblance avec l’Alsace-Lorraine... etc.). Ne parlons pas de la violente propagande anti-Serbe — déjà — véhiculée dans les médias d’alors en Autriche-Hongrie.

Gavrilo Princip était membre, non pas de la « Main Noire », mais de l’organisation « Mlada Bosna » (Jeune Bosnie). C’était une organisation de combat YOUGOSLAVE, composée de militants Serbes et Musulmans Bosniaques.

Le 28 juin, trois étudiants de « Jeune Bosnie », Gavrilo Princip, Trifko Grabež et Nedeljko Čabrinović, organisent des embuscades sur le parcours de François-Ferdinand à Sarajevo. Ils ont été aidés par l’organisation « La Main Noire » (organisation nationaliste serbe secrète partiellement contrôlée par les services de renseignement de Serbie).

L’opération est planifiée symboliquement le 28 juin, jour du Vidovdan.

Je m’enorgueillis du fait que ma grande-tante ait été membre de « Mlada Bosna » – elle fut également l’amante de Gavrilo Princip et fut une des dernières à le voir vivant en prison.

L’attentat du 28 juin 1914 était le prétexte attendu de longue date pour envahir la Serbie, projet cher à l’Autriche-Hongrie. La 1ère guerre mondiale pouvait commencer.

Mais les armées d’Autriche-Hongrie, ultra modernes par rapport à celles de la Serbie, numériquement supérieures, tombèrent sur la légendaire résistance Serbe décrite par John Reed dans « La guerre dans les Balkans » et qui fera encore merveille, bravement, contre l’occupant nazi durant la 2ème guerre mondiale.

Les deux première offensives austro-hongroises se solderont par des défaites cuisantes, d’abord à la bataille du Mont Cer, puis lors de la bataille de Kolubara qui permit la libération de toute la Serbie et la capture de plus de 40.000 soldats et officiers austro-hongrois.

Ensuite, incapables de faire plier l’armée serbes seuls, les Austro-hongrois engagèrent contre la Serbie les Bulgares à l’est et l’empire Ottoman au sud. Pris sur trois fronts, le petit pays recula, mais en bon ordre. La longue retraite qui s’ensuivit fut appelée « le Golgotha albanais » : retraite à travers l’Albanie, des milliers et des milliers de soldats et de réfugiés mourront de froid et de privations. Les survivants seront récupérés sur l’Adriatique et se replieront sur l’île grecque de Corfou où ils seront soutenus de manière remarquable par les soldats français.

A cette époque, Aristide Briand déclarera : « La France n’abandonnera pas la Serbie et elle s’associera à tous les efforts de la valeureuse nation serbe pour reconquérir l’intégrité de son territoire, son entière indépendance et la satisfaction de ses aspirations nationales ».

PNG - 542.6 ko
Allégorie de la Bosnie au sein de la "première Yougoslavie". 1921.

Comme écrit plus haut, la libération de la Serbie et des territoires de la future Yougoslavie se fera avec les troupes repliées à Corfou et le soutien de l’armée française d’Orient de Franchet d’Espèrey.

C’est de cette époque que l’on doit une chanson célèbre, « Tamo Daleko » qui relate ces péripéties et chante l’espoir de la victoire et du retour à la terre quoi qu’il en coûte.

On comprendra que les stratèges du Pentagone aient préféré ne pas se risquer à une attaque au sol en engageant leurs fantassins contre l’armée Yougoslave lors de la guerre du Kosovo en 1999. Ayant étudié, eux, l’histoire, ils ont préféré mener une lâche compagne de bombardements aériens. Elle s’est avérée sans succès contre l’armée, alors ils ont opté pour les cibles civiles qui au bout de deux mois ont fait plier le gouvernement yougoslave d’alors.

Djordje Kuzmanovic

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter