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Stéphane Zagdanski : Jouissance du temps

17 janvier 2018
7 Lames la Mer
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« La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire ». Avec Stéphane Zagdanski, les mots ont le pouvoir de transcender les frontières fluctuantes entre littérature et art contemporain ; surgissent alors des mandalas.

"Rose et toi", Stéphane Zagdanski, 2016.

Comme sous l’effet d’une diffraction


Ecrire/peindre/dessiner/créer. Rimbaud rimait sur les correspondances entre voyelles et couleurs ; Zagdanski invente des couleurs aux mots. Il croque la substance des phrases et dévoile le corps palpable de ses récits.

Il entortille les lettres/mots et les sublime avec pinceaux, plumes, craies, crayons, pastels, etc. Jusqu’à les faire disparaître, les diluer/contracter, dans une calligraphie abstraite, une alchimie picturale qui métamorphose le texte en œuvre d’art. Jusqu’à le rendre illisible. Comme sous l’effet d’une diffraction.

« Mes peintures et mes dessins ne sont faits que de mots, explique Stéphane Zagdanski. Des mots recouvrent des mots et des mots et des mots et des mots… de sorte qu’ils se dissolvent les uns dans les autres ».

Stéphane Zagdanski.
Source Zagdanski.

Livre/objet/libre


Auteur d’une vingtaine d’ouvrages [voir encadré à la fin de l’article], Stéphane Zagdanski explose les fluctuantes frontières qui délimitent les territoires du langage artistique ; il contracte le temps et l’espace : une « courte histoire » manuscrite devient tableau par le mystère qui émane des mots entassés/enchâssés/dessinés sur la toile — ou autres supports : boîte, mur, corps... à l’image de l’œuvre intitulée « RARE » (2013/2016) [1].

« RARE » est à la fois livre et « œuvres d’art » : cet ouvrage singulier [livre/objet/libre] se décline à travers une centaine d’œuvres — 100 pages — qui incarnent le récit et magnifient la lecture.

"Amour mort-né", Stéphane Zagdanski, 2017.

Le livre/matrice « disparaît »


Avec « Jouissance du temps » (Enjoyment of Time) — exposition de douze peintures et dessins à la galerie Modernism West de San Francisco (18 janvier/3 mars) —, l’auteur traverse une autre frontière : le livre/matrice « disparaît ». Ici, chaque « histoire courte » se décline en un tableau où les mots se superposent, s’entrechoquent, pour se fondre/confondre en vertigineux mandala.

Désormais, le décryptage ne livre plus que des fragments — qui cependant ont le paradoxal pouvoir de nous ramener vers le livre. La lecture est abolie. Le désir de lire attisé.

"Summer sadness" (Tristesse d’été),
Stéphane Zagdanski, 2017.

Dépasser/outrepasser les codes classiques


« Chaque tableau est une œuvre calligraphique abstraite composée du texte exact d’une histoire courte. (...) Les mots sont manuscrits de telle sorte que le fil du récit ne peut être décrypté ».

Au delà du processus tracé qui part du manuscrit/tapuscrit pour atteindre, en bout de chaîne, le lecteur — cheminement contraint —, la « gravité spirituelle du geste d’écriture » mène Stéphane Zagdanski dans une quête transcendante : dépasser/outrepasser les codes classiques — voire réducteurs — de la création littéraire. Ouvrir/découvrir un autre moyen de transmission, exaltant la charge esthétique enfouie dans la gestuelle de l’écrivain/artiste.

"Prosopopée de l’origine du monde".
Stéphane Zagdanski, 2016.

Vers le berceau de l’écriture


Dans ce 21ème siècle où la dématérialisation de l’écrit dicte nos actes quotidiens, Zagdanski nous ramène vers le berceau de l’écriture et ses codes tribaux. Ainsi estime-on que les plus anciennes — premières — manifestations d’actes écrits et recensés sont datées de plus de 30.000 ans et coïncident avec l’apparition de l’art pictural dévoilé par les découvertes de l’abri Cellier à Tursac ou encore des grottes de Lascaux. Cet art pariétal des grands sanctuaires paléolithiques correspondait véritablement à l’idée de ce que l’on considère aujourd’hui comme l’écriture.

Devant les douze peintures et dessins qui composent l’exposition « Jouissance du temps », l’oeil — asséché par la profusion de lettres/mots aux formes standardisées et impersonnelles — re-découvre la volupté et la fluidité de ce que Stéphane Zagdanski nomme la « gravité spirituelle du geste d’écriture ».

7 Lames la Mer

Pour en savoir plus sur Zagdanski


"RARE", page 74, Stéphane Zagdanski.
Collection particulière.

« The invisibility of writing »


Modernism is pleased to present the first U.S. exhibition of artworks by Stéphane Zagdanski. « Jouissance du temps » (Enjoyment of Time) is a series of twelve recent paintings and drawings composed by Stéphane Zagdanski in 2016 and 2017. Each painting is an abstract calligraphic work comprised of the exact text of a short story from a collection that Zagdanski wrote in 2005, published in Paris by « Éditions Fayard » under the title of the opening short story : « Jouissance du temps ».

The words are handwritten in such a way that the initial short story cannot be read. Zagdanski’s purpose consists of dissolving the frontier between literature and art through what he calls « Word Mandalas », which are inspired by Tibetan sand mandalas that are erased and dissolved as soon as they are composed.

Stéphane Zagdanski :
"Hands and head, my best partners".
Source Zagdanski.

« The Dialectic of Word and Image in Western Civilization »


For twenty-five years, Stéphane Zagdanski has pursued a central theme in his novels and essays that he defines as « the Dialectic of Word and Image in Western Civilization ». In 2013, the French author brought a new dimension to his literary art with an ambitious projectnamed « RARE », an autobiographic novel made of 100 unique pieces of art (exhibited in 2016 at Galerie Éric Dupont in Paris).

In a new visual and a esthetical form, Zagdanski explored the same purpose as he had explored in a literary and theoretical form with his books : engaging a reflection about the hybrid essence of handwriting, material and spiritual, and making visible what he called « the invisibility of writing ».

"Désastre", Stéphane Zagdanski, 2017.

Dialogue between word/image and literature/art


His new series, « Jouissance du temps » (Enjoyment of Time), goes one step further in displaying the paradoxical dialogue between word/image and literature/art through the disappearance of the meaning of text into its own graphic representation. Although the words cannot be understood any longer, they are all there, a whole short story taking place on each painting and drawing, expressing the pure materiality of the text.

Therefore, the appearance of each painting depends on how many words the short story contains as much as on the colors and painting tools used by Zagdanski. The number of words in each short story determines the visual density of its resulting painting and, at the same time, the artist plays with the writing tools he chooses (brushes, nibs, chalks, pencils, pastels, acrylic, etc.). A video of the complete handwriting process, from the first to the last word, is recorded for each painting. The twelve resulting videos of the series (some last more than 15 hours) become a part of the process. They can be edited, time-lapsed, and eventually subtitled in order to make the short story readable again.

"Enjoyment of time" (Jouissance du temps),
Stéphane Zagdabski, 2016.

Zagdanski, artiste contemporain des mots

Stéphane Zagdanski is a contemporary artist and writer, born in Paris in April of 1963. He has written about twenty books published by Gallimard, Fayard, Le Seuil, etc. [Stéphane Zagdanski est un artiste contemporain et écrivain, né à Paris en avril 1963. Il a écrit une vingtaine de livres publiés par Gallimard, Fayard, Le Seuil, etc.]

• Essays/Essais

  • « L’Impureté de Dieu » : Souillures et Scissions dans lapensée juive, Éditions du Félin, 1991 (rééd. revue et augmentée, 2005).
  • « Céline seul », Gallimard, 1993.
  • « Le Sexe de Proust », Gallimard, 1994.
  • « De l’antisémitisme », Julliard, 1995 (rééd. revue et augmentée, Climats Flammarion, 2006).
  • « La Mort dans l’œil » : Critique du cinéma comme vision, domination, falsification, éradiction, fascination, manipulation, dévastation, usurpation, Maren Sell Éditeurs, 2004.
  • « Debord ou la Diffraction du temps », Gallimard, 2008

• Novels/Romans

  • « Les Intérêts du temps », Gallimard, 1996.
  • « Miroir amer », Gallimard, 1999.
  • « Pauvre de Gaulle ! », Pauvert, 2000.
  • « Noire est la beauté », Pauvert 2001 (rééd. Le Livre de Poche, 2003).
  • « Chaos brûlant », Le Seuil, 2012.

• Plays/Pièce

  • « Autour du désir », Le Passeur, 2001.

• Studies/Etudes

  • « La Vérité nue », dialogue, Pauvert, 2002.
  • « Fini de rire », Études, Pauvert, 2003.
  • « Les Joies de mon corps », Florilège, Pauvert, 2003.
  • « Paysage avec Don Quichotte » (avec Ph. Fretz, St. Fretz et St. Zaech), art&fiction, 2005.

• Memoirs/Memoires

  • « Mes Moires », Julliard, 1997.

• Short-stories/Nouvelles

  • « Jouissance du temps », Fayard, 2005.

7 Lames la Mer

Réalités émergentes Réunion, Océan Indien, Monde.
Presse, Edition, Création, Revue-Mouvement.
Facebook, Twitter.

Notes

[1
“« RARE », roman autobiographique, raconte au jour le jour la vie et les pensées d’un homme de lettres parisien habité par la question : qu’appelle-t-on écrire ?
(...) Ce récit, qui commence en anglais et se poursuit en français, narre sa propre métamorphose, tout au long de la conception et de la rédaction rocambolesque de son roman « Chaos brûlant ». Mais « RARE » ne se contente pas de décrire une métamorphose : il est lui-même la métamorphose. « RARE » en effet déploie son récit et son être en 100 œuvres calligraphiées, dont aucune n’est strictement semblable aux autres. Tous les supports, tous les instruments, tous les objets utilisés ont été littéralement sacrifiés à l’Écriture.

Cet inédit hybride de Littérature et d’Art contemporain s’est donné à lire pour la première fois dans son intégralité à la Galerie Éric Dupont, à Paris, en septembre 2016.” Source : rarefrance.wordpress.com.

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