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Tribune Libre de Bruno Bourgeon

Souffrance au travail : des chiffres terrifiants

24 octobre 2014
Bruno Bourgeon
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Gérard Filoche, membre du bureau national du PS, ancien inspecteur du Travail, qui représente l’aile gauche du parti, a tenu une conférence le 13 octobre au Moufia sur la souffrance au travail, à l’invitation de la FSU. L’amphithéâtre était plein d’une assistance tout acquise à sa cause. Les élus locaux du PS étaient absents (mais pourquoi donc ?). Compte-rendu par Bruno Bourgeon.

Illustration Franquin

Le salariat représente actuellement 93% des actifs, contre 55% en 1955. Soit 7% de travailleurs non salariés. Et 5 des 24 millions travaillent dans la fonction publique. Le salariat par conséquent produit majoritairement les richesses de ce pays, et n’en touche pas la reconnaissance, puisque la médiane des salaires est de 1.650 euros mensuels, et que 90% des salariés gagnent moins de 3.200 euros par mois.

L’écart entre les divers salaires est de 1 à 2, tandis qu’il était de 1 à 6 avant 1970. Pour le reste, 1% de la population possède 25% du patrimoine. De plus, sur 6 millions d’ouvriers, 2 millions travaillent dans l’industrie, et enfin 18 millions de salariés travaillent donc dans le privé. Derniers chiffres : 4.500 handicapés nouveaux chaque année, 650 décès, 700 suicides.

Le point commun entre ouvriers, employés et intermédiaires est qu’ils constituent à eux trois la force de travail de ce pays. Et cette force de travail est vendue à l’employeur, ce n’est pas lui qui donne du travail. Et dans le monde de l’entreprise, il n’y a pas de démocratie : les salariés ne sont pas des collaborateurs, mais des subordonnés. En effet le contrat de travail est un lien juridique de subordination permanente ; en matière de droit du travail, il n’y a pas de volontariat, pas de liberté (en particulier : pas de liberté de travailler le week-end, pas de liberté de travailler en heures supplémentaires).

La contrepartie de cette subordination est représentée par le code du travail, 675 pages, mais 400 d’annexes, ce n’est pas un pavé si lourd que cela, contrairement à ce que prétend François Bayrou qui le comparait publiquement à la télévision avec le code suisse du travail. De plus, si on compare le code du travail au code civil, au code pénal, ou au code de la santé, il fait bien pâle figure. Autrement dit, moins il y a de pages ou d’articles au code du travail, plus la situation rendra le travailleur précaire !

"Les temps modernes", Charlie Chaplin

650.000 arrêts de travail chaque année, 4.500 nouveaux handicapés, 700 suicides et 650 décès, sur 18 millions de salariés du privé : le tableau est terrifiant ! Plusieurs dizaines de milliers de maladies professionnelles, en plus de beaucoup sous-déclarées donc non réparées. Enfin un tiers à la moitié des maladies cardiovasculaires sont liées à l’activité professionnelle, soit 200.000 par an. Il faut donc bien défendre les travailleurs, et c’est le rôle du code du travail. Son non-respect constitue un délit, la première fraude étant la fraude aux heures supplémentaires.

Le code du travail a été créé grâce à l’abnégation syndicale, et les syndicats n’ont cessé au cours des décennies de négocier une diminution du temps de travail, c’est d’ailleurs l’un de leurs titres de gloire. On a gagné 5 heures en 70 ans, passant de 40 heures (Léon Blum), à 35 heures (Martine Aubry), mais durant ces 70 ans, on a accompli en fait quatre choses : augmentation de la productivité, augmentation du niveau de vie, multiplication par deux du nombre d’emplois dans le privé (de 9 à 18 millions), diminution du temps de travail. Cette diminution du temps de travail a comme conséquence la diminution du temps de souffrance au travail, pour l’emploi, donc l’économie, et pour la santé humaine.

Illustration Franquin

L’économie doit donc être subordonnée aux besoins humains, et non l’inverse. Seule la durée maximale du travail est fixée par la Loi, elle est de 48 heures hebdomadaires, dont 44 heures consécutives maximum, 10 heures la durée maximale quotidienne. Et si l’on considère les Lois Aubry, chaque salarié fait donc de fait 48-35 = 13 heures supplémentaires d’office. Et l’on s’aperçoit que travailler 35 heures n’a jamais gêné quelque entreprise que ce soit. Ainsi demander de travailler plus, de casser les 35 heures, est bien une forme déguisée de diminuer le salaire, puisque les heures supplémentaires sont payées plus cher.

Répétons-le, l’attaque contre les 35 heures est une tentative de diminution du coût du travail, une diminution du salaire réel. Garder les 35 heures est du domaine de l’ordre public social, la contrepartie à la subordination (cf. supra). Une autre attaque porte sur les seuils sociaux : chaque entreprise, en fonction du nombre de ses salariés, doit disposer d’un CHSCT [1] à partir de 50 salariés, et d’un CE (Comité d’entreprise) à partir de 11 salariés. Le gouvernement veut modifier ces chiffres à 50 pour le CE et à 100 pour le CHSCT.

"Brazil", de Terry Gilliam

C’est une attaque délibérée contre la protection salariale des PME, pour soi-disant favoriser la production et moins gêner l’employeur. Or en France, les entreprises de plus de 50 salariés représentent 3% de celles-ci, et sur 1 million d’entreprises, il n’y a que 44.000 CHSCT. En quoi cela gêne la production et l’employeur ?

La remise en cause des seuils sociaux est donc une vraie attaque contre les droits du travail, et ce n’est pas en détruisant des pans entiers du code du travail que l’on va favoriser l’emploi. Bien au contraire, on ne va que favoriser la précarité. La flexibilité n’a jamais augmenté la productivité. Et le droit du travail continue de reculer…

Les propositions de Gérard Filoche :

  • SMIC à 1.700 euros,
  • Retraite à 60 ans,
  • Maximum de l’écart salarial entre un salarié et son patron = 1 à 20 (Henry Ford avouait avec honte gagner 40 fois plus que le salaire le plus bas de son entreprise ; actuellement les cadres dirigeants des entreprises du CAC40 gagnent 450 fois plus que la moyenne salariale de leurs entreprises),
  • Travail hebdomadaire à 30 heures.

Wall Street

Question : vous proposez donc la lutte contre l’évasion fiscale ; une taxe plus équilibrée sur les bénéfices non réinvestis des entreprises (et qui vont dans la poche des plus hauts salaires non plafonnés et des dividendes des actionnaires), passant de 25% (taux français le plus bas dans le monde) à 40% (taux maintenu aux États-Unis, avec une redistribution plus équitable au profit des salariés) ; une diminution du temps de travail au regard des gains de productivité, et un meilleur partage de celui-ci ; une taxe sur les transactions financières dignes de ce nom ; vous constatez avec moi une disparition de la démocratie au profit des lobbies financiers. Ceci, Monsieur Filoche, est une partie du programme de « Nouvelle Donne ». Que faites-vous encore au PS ? (J’avais ajouté : nous divergeons sur deux points : le revenu de base et la nécessaire décroissance démographique). (Ce qui permet au passage de faire connaître le programme de « Nouvelle Donne », tout au moins une partie de celui-ci, dans cet amphithéâtre plein à craquer, 300 personnes environ, de gens de gauche désemparés par la politique gouvernementale).

Wall Street

Réponse de Gérard Filoche : voilà 50 ans que je suis au PS, ce n’est pas maintenant que je lui ferai des infidélités ; la ligne Valls est minoritaire à 15% dans le parti, nous travaillons de l’intérieur.

Une semaine plus tard, la mort de De Margerie suivie du tweet de Filoche, la réaction de Valls et de Cambadélis, laissent à penser que les jours de Filoche au sein du PS sont comptés… Aussi la question est plutôt : mais que font Cambadélis, Valls et consorts au PS s’ils n’y sont pas majoritaires ? Et Filoche sera-t-il réellement viré, puisqu’il apparaît servir de caution de gauche au PS ?

Bruno Bourgeon
Nouvelle Donne

Gérard Filoche

Notes

[1Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail

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