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Maurice : SOS Roches Noires

Sors la pelle, Amina : on va aménager le territoire !

17 octobre 2015
Gada Schaub Condrau
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Les wetlands de Roches Noires expliquées à mon amie Amina… « Jamais vu... À quoi ça ressemble ? »

On a l’habitude de longer la route côtière. D’un côté les campements qui cachent la plage et de l’autre des arbres avec une vache ou deux qui broutent parmi.

On ne se doute pas de ce qui se trouve à l’arrière. Et pourtant, à deux pas de là se trouvent plusieurs mares, tout un wetland de taille variable. Une zone humide interconnectée par le sol dans la prolongation de la partie déjà classée du côté de Bras d’Eau.

Cette région a été identifiée comme étant sensible dans le passé. Il y a des rapports qui en parlent, mais je ne vais pas t’embrouiller l’esprit à ce stade avec ça.

En schématisant, ces wetlands sont un peu une zone tampon. En cas de fortes pluies ou de cyclone, la zone humide va se remplir et s’étendre. En période de sècheresse, l’eau se résorbe peu à peu et l’eau de mer pénètre par endroits dans le sous-sol vu la nature du terrain.

Les mares se voient parfois en surface, parfois on les voit moins. Mais la zone est comme une éponge qui se remplit d’eau douce et d’eau salé selon la météo. Elle absorbe le trop plein et aide à réguler les choses. Et…

Et c’est là où ça devient passionnant : les wetlands de Roches Noires forment un écosystème plein de vie.

L’ONG « EcoMarine Roches Noires » organise des visites guidées à travers les marais pour celles et ceux que ça intéresse. Bref, c’est une sortie scolaire rêvée pour expliquer les sciences de la vie et de la terre aux petits. Mais là, je m’éloigne du sujet… même si on est en plein dedans !

Le projet actuel va-t-il débalancer cet écosystème ?

L’endroit est complexe. On y trouve des lava tubes (des sortes de tunnels) et des cavernes, de l’eau douce qui source, etc. La mer est connectée en sous-sol à cet ensemble. C’est une zone tampon où tout peut varier. Un espace qui tourne et génère de la vie. C’est le propre de l’écosystème.

Si on construit ici… quand ça débordera en cas de fortes pluies tout sera envahi. On l’a vu ailleurs, à Flic en Flac et à Grand Baie. À chaque fois, des comités machin-truc-bidule ont été constitués après coup pour conclure qu’on avait fait des erreurs. C’était le passé, on n’allait plus recommencer. Mouais…

On ne va pas construire sur les wetlands a-t-on assuré récemment. C’est gagné ? Pas vraiment.

Le projet actuel induit un risque. En regardant le plan publié cette semaine dans la presse, on voit que des voies d’eau seront crées autour des wetlands actuels (ou du moins la parti visible en surface c’est-à-dire la pointe de l’iceberg). Sauf que... dessous ça ne ressemble pas à ce qu’on voit en surface.

Faire entrer l’eau de mer dans cette zone va changer les équilibres et risque fortement de perturber les choses. Je ne parle pas que de l’eau mais aussi de la vie qu’elle génère (les animaux, les plantes).

Creusons et regardons ce qui peut arriver.

Sors la pelle Amina et suis-moi. On va aménager le territoire. Si on creuse pour obtenir un joli effet marina autour des villas en créant une ouverture sur la mer (via l’actuel barachois) l’eau de mer va pénétrer :

  • intrusion d’eau salée via le mouvement des vagues en surface
  • voire une intrusion d’eau salée dans la nappe phréatique si l’on creuse un peu le canal.

Il y a donc un impact possible sur la faune, la flore, le fonctionnement de cette zone tampon, la nappe phréatique.

L’eau de mer étant plus dense que l’eau douce, la nappe phréatique risque de reculer ou de baisser de niveau… Ce qui aura un impact sur toute la région.

Ne parlons même pas du lagon. Vu la nature du sol l’engrais (chimique ou naturel) utilisé d’un côté risque de se retrouver de l’autre, dispersé dans la mer. Les algues seront ravies de cet apport inopiné de nourriture qui va les booster.

Les experts seront plus à même de trancher et d’étudier ces questions, d’expliquer l’impact à moyen et long terme et d’établir les risques encourus. Je ne fais que dessiner les grandes lignes de ce qui pourrait arriver.

Voilà Amina. Que faire ?

Soit je ferme ma grande bouche et je ne dis rien. Le projet n’ira peut-être pas jusqu’au bout. Wait and see blablabla. Et après tout je m’en fous, j’habite de l’autre côté de l’ile. Je n’ai qu’à éviter Roches Noires et le jour où Hermès fabriquera des œillères je m’en achèterai une paire.

Soit je m’inquiète et je dis ce que je pense, même si ça commence à énerver un peu tout le monde. Ce n’est pas très smart… mais leur projet ne l’est pas forcément non plus.

Gada Schaub Condrau

Roches Noires Ile Maurice from Bernard Cayeux on Vimeo.

Cette vidéo tournée à Roches Noires, île Maurice, a pour objectif de sensibiliser à propos d’un projet immobilier sur une zone humide, hyper-sensible, abritant des espèces endémiques menacées d’extinction (flore).

Soutenez le combat de protection lancé par le collectif "Non à l’IRS à Roches Noires"

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