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Politique

Sita jeté aux lions…et après ?

8 novembre 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Réputé journal officieux de la Région Réunion, le site zinfos974 « révèle » certaines opérations immobilières réalisées par le vice-président de l’institution, pourtant membre du premier cercle de Didier Robert. Un « outing » dont il est difficile d’imaginer qu’il a été réalisé à l’insu de la Pyramide inversée… et ne vise peut-être pas uniquement Jean-François Sita.

Jean-François Sita

Qu’il est loin, le temps des agapes sur lesquelles flottait un parfum de victorieuse camaraderie.

Il y a quatre ans à peine — une éternité en temps politique — Didier Robert, ceint quelques mois plus tôt des lauriers régionaux, et Jean-François Sita, vice-président de la Région, décollaient, au son des tambours, des fifres (et des sous-fifres), pour… Adélaïde, Australie du Sud.

Une cité qui occupe une place bien particulière dans la géographie mentale de l’île-continent, surnommée « City of Corpses » (Ville des Cadavres) à l’époque pionnière, où la violence rythmait la vie de la colonie. Un qualificatif auquel les locaux préfèrent, évidemment, celui de « City of Churches » (Ville aux Églises).

C’est avec quelque injustice que les Australiens continuent à considérer Adélaïde, la plus petite capitale d’État fédéré « comme une relique coloniale », « juste devant la Tasmanie » notait l’année dernière l’écrivain Mark Chipperfield dans les pages culturelles du « Guardian ».

L’auteur, qui se félicite d’avoir quitté Sidney, plaide pour cette petite ville, « certainement la plus élégante de toutes les cités australiennes », qui, si elle fut pionnière dans le crime au XIXe siècle, a ouvert la voie, depuis les années 1960, à la reconnaissance des droits des Aborigènes et du multiculturalisme.

On ferait donc un mauvais procès à Didier Robert en lui reprochant — beaucoup l’on fait — d’avoir orienté la coopération régionale vers un « trou bébète ».

Le choix se défendait : petite ville pour une petite île, atmosphère alliant le suranné de la patine coloniale et un modernisme certain…

Un choix à l’image d’un jeune Président de Région issu d’un terroir fier de son authenticité, réputé pour apprécier tant les banjos de « Pattes-Jaunes » que les grosses « teufs » où l’on s’en met plein le pif — champagne, samoussas et petits fours à volonté .

But du voyage dont le coût avoisinait les 240.000 euros : conclure un accord de commerce et ouvrir à Adelaïde une « Maison de La Réunion », censée être placée à terme sous la houlette de Rémi de Cambiaire, comptable saint-marien et pilier de la communauté « expat » de Sidney.

Adélaïde. Photo Doug Barber

L’initiative coïncidait, de surcroît, avec l’organisation du « French Festival » par l’Alliance française d’Adélaïde.

La fête, rapporte-t-on, fut chaude. Le réveil dut être dur pour MM Robert et Sita.

Sur un podium, en présence de l’Ambassadeur de France, les deux élus entendirent, médusés, le Premier ministre (travailliste) de l’État, Mike Rann, assurer « qu’il n’y aurait aucun engagement d’argent public » dans la coopération avec La Réunion, qu’il « ne se rendrait pas à La Réunion », qu’aucune « relation bilatérale ne serait établie » et qu’on en resterait au stade de « la déclaration d’intention », puisqu’on ne pouvait tout de même pas laisser le pauvre invité repartir les mains vides.

Loin de demeurer dans le huis-clos consulaire, cette mésaventure fut rapportée dans notre île par le site « Imaz Press Reunion », se retrouva en « une » du supplément dominical de l’« Advertiser », journal le plus lu de l’État, et fit l’objet d’un article exhaustif sur « news.com.au », le second site de nouvelles en ligne d’Australie.

Un enquiquinement ne venant jamais seul, la mairie d’Adélaïde démentit avoir mis un bureau à disposition de la « Maison de La Réunion » projetée, contredisant les informations rapportées par un média réunionnais, dont la version en ligne annonçait de surcroît la signature d’un accord commercial entre les deux parties.

Une méprise que ledit journal devait à son envoyée à Adelaïde, dont les « papiers » minoraient on line l’échec de la délégation réunionnaise.

Méprise qui n’a d’ailleurs pas échappé à la presse australienne,. Jugeant leur confrère réunionnaise — dont, renseignements pris, ils ignoraient la présence dans leur ville — « unaware » (sic) des circonstances du ratage, les journalistes du « Sunday Mail » rappelèrent que « le Premier ministre avait abruptement abandonné tout projet d’accord commercial avec la lointaine Île de La Réunion ».

Il faut dire que la visite de Didier Robert et consorts ne pouvait plus mal tomber Mike Rann, accusé par la presse populaire de conflits d’intérêts dans la conduite de sa politique de coopération avec l’Italie. Si les médias australiens firent un temps leurs choux gras de cette « French Connection » (sic), l’affaire fut nettement moins commentée dans notre île.

Quelques questions furent bien posées à M. Sita,, opposa un démenti aux rumeurs selon lesquelles sont voyage au pays des kangourous était avant tout motivé par des investissements personnels.

D’autres ont glosé sur les arrière-pensées idéologiques qui auraient, paraît-il, conduit les dirigeants UMP nouvellement élus à réorienter vers des « paradis blancs » une politique de coopération fléchée Afrique-Inde-Chine par leurs prédécesseurs aux convictions tiers-mondistes affirmées.

Les deux hypothèses firent long feu. M. Sita demeura Vice-président chargé de la Culture, poste auquel il devint de plus en plus discret.

La journaliste qui avait ferraillé en ligne pour l’honneur de la Région y fut embauchée quelques années plus tard, et le Premier ministre Mike Rann fut nommé Ambassadeur... en Italie.

Oubliée de tous, l’affaire australienne semblait avoir reçu un discret et durable épilogue.

Elle a connu avant-hier un nouveau rebondissement, avec la « révélation », par le site « zinfos974 », du patrimoine de Jean-François Sita en Australie, composé d’appartements et de parts dans une petite société.

Adélaïde, la nuit, vue du mont Lofty.

Des acquisitions qui ne sont en rien illégales, que « zinfos974 » qualifie pourtant de « cachotteries fiscales », affirmant par exemple que, « renseignements pris auprès du fisc français », Jean-François Sita a « omis » de déclarer ses acquisitions au fisc français, se jouant au passage d’une convention censée éviter l’évasion fiscale.

« Omission » niée par l’intéressé, qui déclare à « zinfos974 » et à « Imaz Press Réunion » ne pas avoir de problème particulier avec l’administration fiscale et affirme, de surcroît, payer ses impôts en Australie.

Cette assertion correspond à une certaine logique fiscale et, parole contre parole, les commentateurs que nous sommes se doivent de respecter les principes minima de l’éthique et présumer la bonne foi de M. Sita.

Cette précaution énoncée, l’attaque contre le vice-président de la région interpelle à plus d’un titre. D’abord, et surtout, parce qu’elle est menée par un média en ligne plus que proche de la direction de la Région.

« Zinfos974 » compte pour principaux actionnaires plusieurs notables de la Côte Ouest, notoirement classés à droite.

Sont également parties à l’entreprise, l’avocat Jean-Jacques Morel, ponte de l’UMP dionysienne et aujourd’hui encore avocat des maires mobilisés par Didier Robert dans sa tentative d’organiser demain un « retrait de l’école », ainsi que Philippe Narassiguin.

De plus, « zinfos974 » a bénéficié d’un soutien non négligeable de la Pyramide inversée qui, en 2011, lui a par exemple versé une subvention de 129.000 euros, enclenchant des critiques identiques à celles qu’avaient suscité les coups de pouce de la majorité précédente au quotidien communiste « Témoignages ».

La proximité idéologique entre le gérant du média, M. Pierre dit « Pierrot » Dupuy, lui-même ancien élu RPR de Saint-Denis, et le Président de la Région, est d’ailleurs notoire.

Disposant d’un blog sur le site — dont il ne détient, avec sa sœur, qu’une poignée de parts — M. Dupuy a récemment confirmé son rôle d’idéologue de l’UMP tendance « Objectif Réunion » en avançant le premier l’idée d’une « manif de droite » consacrée à la continuité territoriale devant la Préfecture.

Idée évidemment prise au vol par Didier Robert, qui a donné suite à un déferlement bleu-blanc-rouge devant la Préfecture. Un épisode marqué par la tentative de passage à tabac du député-maire LPA Thierry Robert, que les sondages créditent d’une certaine avance dans la course à la Région.

S’il a été mené par deux journalistes a priori apolitiques de « zinfos974 » et réalisé dans les règles de l’art, le reportage d’investigation qui épingle M. Sita n’a sans doute pu « passer » sans recevoir, à tout le moins, l’aval du Président de la Région Réunion.

Autre fait troublant, la présence de Didier Robert lors du fameux voyage d’Adélaïde — dont nos confrères majorent au passage le coût de 10.000 euros — est passée sous silence. Enfin, des éléments supplémentaires ont visiblement été placés en filigrane dans l’article, permettant à qui s’en donnerait la peine de retrouver la trace d’une personnalité — nous en reparlerons.

Jean-François Sita, littéralement jeté aux lions est-il la première victime d’une purge interne d’une droite qui, selon la formule consacrée, veut se renforcer en s’épurant ?

Cherche-t-on, par son intermédiaire, à frapper d’autres personnalités moins connues ?

Ou l’« outing » du vice-président à la Culture par le média de référence de son camp politique sert-il de pare-feu, dans l’attente de « coups » plus rudes ?

Quoi qu’il en soit, c’est sans doute dans les arcanes de la Pyramide inversée que s’est livrée la première bataille des élections régionales.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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