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Crise ouverte au PS réunionnais

Sindni commande pas nous

31 août 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Il aura fallu la victoire, presque sans partage, des socialistes aux législatives de 2012, pour qu’éclate réellement la querelle entre nordistes et sudistes. Face à l’avantage pris par ces derniers, la mouvance dionysienne appelle Solférino à l’aide. Pas certain, pourtant, que Paris tranche le nœud gordien…

Photo : IPR.

Longtemps, les socialistes réunionnais ont su marcher ensemble. Non point que les divergences idéologiques et les antagonismes individuels aient été absents de la représentation locale de Solferino. Mais l’omniprésence du Parti communiste réunionnais (PCR) — qui a couvert quasiment l’ensemble du champ de la gauche, depuis sa création en 1959, jusqu’aux Régionales de 2010 — obligeait les socialistes locaux à un minimum d’unité. Une tâche qui, depuis des décennies, tient à bien des égards de l’équilibrisme. Ainsi, les premiers représentants de la Fédération PS de La Réunion férocement « départementalistes », côtoyaient volontiers la droite « ultra » au sein d’associations telles que l’ARDF (Association Réunion département français), présidée par le futur sénateur PS Albert Ramassamy et dirigée par un debréiste tendance dure, Marc Gérard.

Union de raison

Ils furent, au cours des années 1970, confrontés à l’émergence de socialistes « autonomistes », menés par Wilfrid Bertile et à l’audience de l’hypothèse autonomiste auprès de leurs instances nationales. En 2000-2001, la bi-départementalisation mit à mal l’unité des socialistes réunionnais : bien que soutenue par un Gouvernement socialiste au pouvoir, elle fut combattue sur des barrages routiers par Michel Vergoz, alors maire PS de Sainte-Rose… au grand dam de Jean-Claude Fruteau, député européen et secrétaire général de la Fédération socialiste de La Réunion, qui parla alors de « trahison ». Mais longtemps, les socialistes réunionnais surent s’unir contre leur problème essentiel : la domination continue, souvent vécue sur le mode de l’humiliation, du Parti communiste sur la gauche réunionnaise. Un jeu collectif, bon gré mal gré, renforcé par le refus d’alliance au second tour des régionales de 2004, opposé par le PCR à Michel Vergoz, tête de liste socialiste qui avait recueilli un peu plus de 15% des voix au premier tour. En 2010, l’incapacité des deux partis à s’unir contre la droite montante, les dissensions au sein du PCR et l’effritement consécutif de l’électorat de gauche permirent à l’UMP Didier Robert d’emporter la Région, à contre-courant du scrutin national.

« Urbains » contre « ruraux »

Le PS Réunionnais sortait bien mal en point de cette élection : la liste de Michel Vergoz n’atteint pas 19% au second tour, contre plus de 22% des suffrages obtenus en 2004. L’Alliance, regroupant communistes et membres de la « société civile », perdait finalement avec les honneurs, avec plus de 35% des voix, soit environ 9% de moins que l’UMP, bénéficiaire de la dynamique — dite du « tout sauf Vergès » — de report des petites listes de droite. L’examen des scores par commune mettait en évidence une ligne de rupture croissante au sein du camp socialiste, entre les socialistes dits « urbains » — c’est-à-dire ceux de Saint-Denis — et les « ruraux », à la tête des gros bataillons militants de l’Est, du Sud et des Hauts. Ainsi, le Président communiste sortant, Paul Vergès, était arrivé devant le candidat PS dans le chef-lieu, bastion socialiste tenu par Gilbert Annette, patron du PS Réunionnais et d’une section dionysienne aux effectifs pléthoriques. C’est à Saint-Benoît et à Saint-Joseph que M. Vergoz arrivait en tête. La règle est bien connue : à La Réunion, sauf exception, c’est le candidat pour lequel « fait » le maire qui l’emporte. Et il apparaissait clairement, à l’issue de l’élection régionale, que le premier magistrat de Saint-Denis n’avait certainement pas « fait » pour le candidat officiel ; idem dans la commune voisine de Sainte-Marie, où Paul Vergès devançait M. Vergoz, malgré l’absence d’appareil militant communiste et la position en pointe du frère de Gilbert Annette, principal opposant PS au maire UMP, Jean-Louis Lagourgue.

Photo : IPR.

De la vague…

C’est paradoxalement cette faiblesse qui empêcha un règlement de comptes d’après élection entre les deux sensibilités. Seul terrain d’entente, l’espoir d’un retournement de la tendance lourde qui prévalait depuis 1981, faisant des communistes les grands bénéficiaires des basculements à gauche dans l’Hexagone. Le PCR avait ainsi « surfé » la vague rose de 1981, la réélection de François Mitterrand, les législatives de 1996… En 2012, le calcul du PS local s’est avéré payant : affaibli par la rupture avec Huguette Bello, le PCR ne put bénéficier de la dynamique du score historique — un peu plus de 71% des suffrages — réalisé par François Hollande à La Réunion. Aux législatives, le PS remportait 5 sièges sur 7, l’ex-PCR Huguette Bello conservait le sien, tandis que le millionnaire Thierry Robert (MODEM) remportait la nouvelle 7e circonscription. Avec la victoire vint la division. Le rival communiste distancé, les deux factions au sein du PS ne tardèrent pas à s’affronter directement. Le schisme fut consommé avec la création du « Progrès », autour de trois députés de l’Est et du Sud fraichement élus [1] — dont deux députés-maires — et de Michel Vergoz, devenu sénateur l’année précédente.

…au schisme

Ainsi — ironie de l’histoire — les dirigeants de la Fédération socialiste affrontent-ils un scénario comparable à celui qui, à leur grande satisfaction, avait réduit l’influence du PCR quelques mois plus tôt : la défection des forces vives du socialisme réunionnais, laissant exsangue la « Fédé », toujours sous influence de Gilbert Annette via son secrétaire général, Philippe Leconstant. La tendance « Annette » n’existe que dans la capitale, dans la petite commune montagnarde de La Plaine-des-Palmistes, et sur le terrain militant, à Sainte-Marie, où l’indéboulonnable maire Jean-Louis Lagourgue ne semble guère en difficulté. Le « Progrès », lui, multiplie les grands meetings dans l’île, rassemble les jeunes et a, pour prouver sa force, tenu son assemblée fondatrice aux portes de Saint-Denis, sur les terres convoitées par Christian Annette. L’opposition de la direction de la Fédération socialiste aux primaires municipales du « Progrès », confirmées avant-hier par Michel Vergoz, a porté la tension à son comble… et ne joue pas en faveur du groupe de MM Annette et Leconstant, qui donnent l’impression de fuir la confrontation en s’en remettant aux instances parisiennes.

Vent du Sud

Sollicitées, celles-ci devraient se prononcer « dans les prochains jours ». Harlem Désir tranchera-t-il le nœud gordien du différend socialiste ? Rien n’est moins sûr. Certes, les textes donneraient indubitablement raison à M. Annette et consorts, si les primaires du Progrès aboutissaient à la nomination de candidatures opposées à celles qu’aura validé la Fédération. Chacun sent, en revanche, que la dynamique est nettement du côté du Progrès, face à un PS dionysien centré autour de la personne de Gilbert Annette et de sa famille qui, au contraire de son rival, ne parvient ni à mobiliser la jeunesse, ni à faire émerger de nouveaux cadres. Le vent du Sud l’emporte sur le vent du Nord ; et on voit mal la direction parisienne du Parti socialiste prendre le risque de perdre le soutien de quatre parlementaires, se coupant d’un mouvement qui, aujourd’hui, est indubitablement le plus fort…

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

Notes

[1Jean-Claude Fruteau, député-maire de Saint-Benoit, Patrick Lebreton, député-maire de Saint-Joseph et Jean-Jacques Vlody, député de la 3ème circonscription

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