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Licenciements boursiers

SIB : les salariés flairent la « magouille »…

27 janvier 2014
Geoffroy Géraud Legros
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La Société industrielle de Bourbon (SIB), entreprise portoise filiale du groupe Colgate, est en bonne santé. Elle fait même l’objet de travaux d’agrandissement et de rénovation. Pourtant, la multinationale s’apprête à mettre la clef sous la porte, refusant la reprise par une coopérative proposée par les salariés, auxquels elle propose des reclassements en France, en Bolivie et au Guatemala... La Réunion vit désormais bien à l’heure de la mondialisation malheureuse.

Henry Hippolyte et Michel Séraphine (PCR), Thierry Robert (UDI) et Jean-Hugues Savigny accompagné d’une délégation du Parti de gauche (PG) avaient fait le déplacement. Solidaire, la députée-maire Huguette Bello n’a pu se déplacer du fait d’un empêchement de dernière minute. « Voilà les seuls politiques qui s’intéressent à notre sort », déplorait, amer, Jocelyn Rivière délégué CGTR de l’entreprise. « On peut compter sur la mairie du Port, sur MM Hippolyte, Séraphine, sur M. Robert, sur Huguette Bello, sur M. Savigny. Les autres, où sont-ils ? On a l’impression que cela ne les touche pas. Pourtant, ce n’est pas seulement le combat de la SIB, c’est un combat qui pose le problème de l’emploi à La Réunion. C’est pour cela que nous nous adressons à tous les maires : ce qui se passe ici peut se passer dans n’importe quelle entreprise ».

Pourquoi fermer ?

Que se passe-t-il donc à la SIB ? Cédée à la multinationale américaine Colgate-Palmolive dans les années 1990, la SIB fabrique des produits d’entretien, destinés aux marchés réunionnais et mauricien. Il y a quelques semaines, la direction annonçait la fermeture brutale de l’entreprise — sans pour autant fournir de raisons valables. Trop coûteuse ? Sans doute pas, puisque, nous apprend un salarié, « l’entreprise est engagée dans des travaux de rénovation, d’agrandissement ». La société a de surcroît bénéficié de subventions publiques…

« L’une des raisons invoquées par les directeurs, est la comparaison avec les deux usines de France, totalement automatisées », poursuit notre interlocuteur. « On leur a répondu : permettez à une délégation de travailleurs de la SIB d’aller se rendre compte par eux-mêmes. Ils répondent qu’ils ne vont pas nous payer des « vacances ». On leur dit : comparons ce qui est comparable, l’usine du Port fournit Maurice et La Réunion, les usines du groupe ont des marchés bien plus étendus »…

Ces usines françaises vont-elles alimenter le marché réunionnais ? « Peu probable, du fait des distances et de l’étroitesse des marchés visés », pense-t-on du côté des salariés. De plus, Palmolive a exclu d’emblée la constitution d’une Coopérative, option pourtant proposée par les travailleurs. Des « repreneurs » — au nombre de trois — se seraient par ailleurs manifestés auprès de la direction, qui demeure pourtant évasive au sujet de l’identité de ces derniers. Des faits qui, mis ensemble, paraissent plus qu’intrigants aux yeux des salariés. « Pourquoi fermer une usine qui marche, refuser les options proposées ? On sent que, malgré la viabilité de l’entreprise et les alternatives, il y a une vraie volonté de mettre la clef sous la porte. Pourquoi ? On a de sérieux doutes lorsqu’on apprend que deux des repreneurs potentiels seraient des entreprises qui s’occupent principalement de logistique. C’est à se demander si tout simplement, ils ne veulent pas nous mettre dehors, et récupérer l’emplacement, qui est stratégique  ».

Les lieux de reclassement proposés aux salariés : États-Unis, Bolivie, Guatemala...

« Magouille » et « mépris »

« Je suis quasiment certain que les produits qui viendront en remplacement de ceux que nous fabriquons n’arriveront pas de France. Il y a de fortes chances pour qu’ils viennent de Maurice… », ajoute un employé. « En tout cas, ça sent la magouille », suspecte Jocelyn Rivière. Convaincus que l’entreprise ne joue pas franc-jeu, les travailleurs de la SIB sont tout aussi unanimes pour dénoncer le « mépris » de leurs interlocuteurs au sein du groupe. « On n’a pas eu à faire aux gens habituels. Ils ont envoyé de France une équipe qui est arrivée ici, et nous a dit : faites grève autant que vous voudrez, cela nous arrange, puisque les indemnités de licenciement seront calculées sur les deux derniers mois d’activité. S’agissant des reclassements, on nous propose d’aller en France, ou vers des destinations fantaisistes : le Mexique, la Slovénie… S’il ne s’agissait que de la France, si j’étais jeune, pourquoi pas… mais la plupart des salariés, ici, sont des vétérans… ». « C’est une bataille réunionnaise qui se mène ici », commente Michel Séraphine, premier adjoint au maire du Port et dirigeant historique du syndicat des dockers. « Nous sommes prêts à nous battre, nous ne lâcherons pas », renchérit Jocelyn Rivière, dans l’approbation générale.

Mobilisations à venir

« Il ne s’agit pas seulement de 29 emplois, il y a nos familles, soit plus de 100 personnes qui vivent de ce travail. C’est un travail difficile, dans les produits chimiques à longueur de journée. On y laisse notre santé, on donne tout à cette entreprise, et on est fiers, parce que c’est une usine réunionnaise. Et du jour au lendemain, c’est fini, d’un simple claquement de doigts, parce que des actionnaires veulent s’enrichir encore plus. Dans le même temps, ce groupe engrange des milliards de bénéfices »…

Les salariés veulent continuer la mobilisation. « Nous voudrions un document, signé par les 24 maires de l’île. Cela aurait du poids », insiste Jocelyn Rivière. Thierry Robert promet quant à lui de « s’impliquer dans le dossier » et « d’accompagner les mobilisations des travailleurs » Ces derniers envisagent dans les jours qui viennent une « marche jusqu’à la Préfecture ».

« On n’a pas oublié les engagements pris par M. Montebourg et par le Gouvernement. L’Etat doit prendre ses responsabilités », conclut le syndicaliste, qui souhaite « l’implication du plus grand nombre de Réunionnais dans cette lutte, qui est celle de tout le pays ». « Nous serons là », répondent les représentants des trois organisations politiques. Licenciements boursiers, et peut-être délocalisation et spéculation masquées : alors que le conflit se poursuit à la SERMAT, c’est une nouvelle lutte qui oppose les travailleurs réunionnais aux décisions d’une multinationale. Plus de doute : La Réunion vit bien désormais à l’heure de la mondialisation malheureuse.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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