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Elections, ségas... et couacs (2)

Séga zélèksion : les OVNI virent en tête !

9 février 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Saviez-vous qu’une chanson en créole de HK et les Saltimbanks avait accompagné la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ? Vous souvenez-vous du « Slam nout fierté » interprété par Jean-Paul Virapoullé à l’occasion de la campagne des Régionales en 2010 ? « Li minm sé nout lidèr / Ali minm sora nout mèr », entend-on dans un séga mis en ligne en décembre... Campagne des municipales oblige : c’est la saison des « séga zélèksion » ! Voici quelques pépites extraites du net où rien ne se perd...

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Marslyn présente une parodie créole de "Tous les mêmes" (Stromae), à l’occasion de la campagne des municipales.

Campagne des élections législatives 2007. Nous sommes dans l’ouest et les militants « battent terrain ». A la fin d’un meeting, quelques camarades se retrouvent à la kaz d’un dalon pour prolonger la soirée. L’un d’eux est venu avec sa guitare et l’heure vieillit au rythme des ségas et maloyas militants, chacun y allant de son couplet. Le séga qui aura le plus de succès dans le cercle des dalons, c’est un tube de Baster : « Alon dansé »... dont les paroles ont été changées. « Alon dansé, alon dansé inn ti séga-a » est devenu : « Alon voté, alon voté Huguette Bello-o ». C’est un chœur uni qui s’élève dans la nuit déjà bien avancée et les dalons se séparent, fatigués mais heureux, avec ce séga qui tournera dans leur tête jusqu’au petit matin. Pas moyen de s’en défaire.

Cette anecdote résume bien la fonction des chansons de campagne : créer une ambiance de victoire et de franche camaraderie, maintenir la mobilisation de l’équipe de campagne et galvaniser les militants par nature déjà convaincus. Rares sont ceux qui se font encore des illusions quant à l’impact sur le verdict des urnes de ces ségas, slams, seggaes et autres tubes zélèksion... à part provoquer rires et moucatages dans les camps adverses.

Entendons-nous bien : le propos de cet article n’est pas de passer en revue les tubes diffusés par les sonos vociférantes à l’occasion des meetings. Non. Encore moins de disserter sur la chanson engagée et militante, genre que nous respectons au plus haut point et affectionnons particulièrement. Non. Ce qui nous intéresse ici, c’est l’interaction — pour ne pas dire interférence — entre séga et politique. Entre chanteurs et candidats. En d’autres termes : les chansons — majoritairement des ségas — composées à la gloire d’un candidat, à l’occasion des élections.

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Jean-Paul Virapoullé, pas loin d’être désigné champion toutes catégories avec un « Slam nout fierté » aussi improbable que spectral mais déclamé par Jean-Paul himself ! Photo IPR.

Les campagnes électorales et leurs cortèges de meetings, voitures-sono, porte-à-porte, tracts, affiches, slogans sont donc aussi l’occasion pour certains candidats de flirter avec la chanson, à défaut d’embrasser la carrière. Bien-sûr, nous ne prétendons pas que les femmes et hommes politiques s’adonnent à des vocalises dans le micro — même si certains, comme Claude Hoarau, ont démontré qu’ils savaient chanter juste ou qu’un Jean-Paul Virapoullé s’est essayé au slam — mais ils font parfois appel à des artistes pour vanter leurs mérites, espérant ainsi créer une dynamique de victoire.

Si l’on voit des candidats « passer commande » à des artistes, il en est d’autres qui n’ont rien demandé et qui se sentent dans l’obligation d’accepter ce que quelques militants ont concocté de leur propre initiative et en toute bonne foi. Et voilà une campagne électorale qui se retrouve placée d’office sous le signe d’une chanson dont les paroles, cousues de bonnes intentions, sont parfois — pour ne pas dire souvent — maladroites, sans jeu de mot... Situation tragi-comique vécue récemment par un candidat qui eut la noblesse de ne pas retoquer les jeunes militants et leur chanson, l’enjeu de la victoire se situant sur d’autres formes de propagande.

Ainsi le répertoire créole est-il parsemés de quelques pépites qui cumulent textes un peu « fay » dans la majorité des cas, message basique et sans portée, musique médiocre... et quand la musique est bonne, elle ne parvient toutefois pas à effacer l’impression affligeante qui se dégage le plus souvent de ces productions comparables à des OVNI.

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Thierry Robert, photo extraite du clip de campagne.

Plus que toute autre élection, celle du maire génère de nombreuses « créations » musicales. Nous mettons « créations » entre guillemets car bien souvent, le processus consiste plus à remanier un tube et à l’accommoder à la sauce créole qu’à faire acte de création.

Campagne des municipales 2014 oblige, les ségas zélèksion commencent donc à fleurir sur le net avec plus ou moins de bonheur... En témoigne le seggae façon « Na Essayé » mis en ligne il y a quelques jours (5 février) pour la campagne du Docteur Piot à Saint-Louis ; avec en guise de titre : « Docteur Piot - Un maire qui vous respecte ». Côté texte, le parolier a opté pour la formule « service minimum » : « Dr Piot larivé / Zordi Saint-Louis la bezoin a toué / Alalila, Alalila, Dr Piot / In boug kom toué nou la gran bezoin Saint-Louis pou redress le bato / Dr Piot, Dr Piot, Dr Piot »... Paroles répétées pendant 2,40 minutes. Un classique du genre : la production musicale des campagnes électorale se caractérise généralement par des textes peu fournis et matraqués en boucle.

Plus rapide (en ligne depuis le 8 décembre), plus enlevé côté musique et plus prolixe, on trouve la « Chanson Officiel (sic) de la Campagne Municipales 2014 Saint-Leu », en faveur de Thierry Robert, avec des rimes en « èr » comme il se doit : « Robert / leader / maire / sincère / an lèr ! ». C’est l’artiste « Séga’El » qui interprète ce séga au rythme indéniable.

OVNI parmi les OVNI, on trouve sur le net une étonnante vidéo prise sur le vif datant des législatives de 2007 et montrant un camion-sono dans le Sud déverser une chanson à la gloire de Patrick Lebreton : « Patrick Lebreton, lu mèm lé bon ! ».

Signalons au passage le « Mi aime rougay tomates », séga de Claudio, transformé le temps de la campagne des municipales de 2008 en un... « Mi aime mon Claude Hoarau » décalé ! Tout le monde aura compris que du rougay tomates à Claude Hoarau, il y a une constante de couleur : rouge !

Un séga de campagne peut même faire rêver son auteur à une carrière politique. C’est du moins ce que pensait Jacky Lechat, auteur du « Séga Rassemblement Bleu Marine », dont la notoriété avait mené son auteur... sur une liste conduite par un candidat communiste, qui finit, devant le tollé général, par éjecter le ségatier lepéniste. Preuve que certaines « têtes » politiques peuvent s’avérer plus confuses et à côté de la plaque encore que les paroles, souvent abracadabrantes, des chansons qu’ils font retentir lors de leurs meetings !

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"Monsieur le maire", de Frédéric Joron : "Moun atèr i viv anlèr / Moun anlèr i viv atèr"... Photo IPR.

Mais dans la catégorie OVNI, la palme revient à l’unanimité et sans contestation possible à Jean-Paul Virapoullé, à l’occasion des élections régionales de 2010 ! Pas loin d’être désigné champion toutes catégories avec un « Slam nout fierté » aussi improbable que spectral mais déclamé par Jean-Paul himself ! Rythme au ralenti, ton trainant, diatribe anti MCUR et anti Tram-train, ce slam propose entre autres ni plus ni moins de rayer la route du Littoral de nos annales ! Morceau choisi : « Ek ton bultin, konstrui ton destin / Arèt nawar / Paris i komann pa nou / Nout destin lé a nou ! ». Avouons tout de même que Jean-Paul Virapoullé a fait montre là d’une certaine originalité...

Petit flash-back sur les législatives de 2012 qui a été l’occasion pour des militants de concocter un « Fabrice Hoarau lé la », sorte de pastiche de la célèbre « Balada » de Gusttavo Lima. Certains en rient encore...

Cette revue des « séga zélèksion » est loin d’être bouclée. D’ailleurs, « 7 Lames la Mer » vous invite à la compléter ici même, au fur et à mesure de cette campagne qui, n’en doutons pas, sera généreuse en la matière. Pour refermer ce deuxième volet de « Élections, ségas... et couacs », nous vous recommandons le visionnage d’une parodie créole d’une chanson de Stromae, « Tous les mêmes », publiée par Marslyn dans la catégorie « humour », un trait qui fait parfois défaut à nos femmes et hommes politiques... Mais nous vous recommandons surtout la belle chanson de Frédéric Joron : « Monsieur le maire » qui contient les paroles suivantes « Moun atèr i viv anlèr / Moun anlèr i viv atèr »... Un résumé saisissant de la société réunionnaise. Une réalité à laquelle s’adresse, souvent par le ventre, un discours électoral de plus en plus rudimentaire.

Geoffroy Géraud Legros


Jean-Paul Virapoullé se met au Slam by Saiyan974

OVNI parmi les OVNI, « Toute mon vie », une (excellente) chanson en créole de HK et les Saltimbanks a accompagné la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, moins jouée toutefois que l’emblématique « On lâche rien », du même auteur.

« Toute mon vie j’ai travaillé / Zordi kosa moin la gagné / Toute mon vie j’ai travaillé / Demain peut-être mi va aller... »

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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