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Patrimoine de l’océan Indien

Séga des Chagos : comme un bel oiseau dans le ciel

5 novembre 2017
7 Lames la Mer
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« Quand je vivais à Diego, j’étais comme un bel oiseau dans le ciel ». Les paroles de ce chant chagossien, séga traditionnel, feront peut-être bientôt leur entrée à l’UNESCO. Petite histoire du séga traditionnel chagossien.

Scène de séga des Chagos. Source : "Terres volées".

Chagos, du paradis à l’enfer


« Nous menions une vie très paisible sur nos petites îles [1]. (...) Nous vivions selon notre propre rythme. Notre société était constituée de telle façon que nous avions toujours ce dont nous avions besoin » [2]. Pêche, travail du coprah, élevages familiaux, plantations (potagers, vergers)... La vie des habitants aux Chagos était en lien direct avec la nature. Le soir — généralement le samedi —, c’était l’heure du rassemblement pour le séga traditionnel. Triangle, ravannes (fabriqués en peau de raie), bouteilles, bombe (coco) et makalapo [3] accompagnaient les chants...

Mais la vie au paradis allait basculer dans l’enfer : entre 1965 et 1973, la population chagossienne est déportée manu militari — sans exception — vers l’île Maurice et les Seychelles. Les Britanniques et les Américains sont à la manœuvre ; il faut faire place nette pour l’US Army qui a choisi l’île principale de l’archipel des Chagos, Diego Garcia, pour y implanter sa plus grande base militaire hors USA. Les Chagossiens sont désormais « bannis » des Chagos (ordonnance de 1971) !

Entre 1965 et 1973, la population chagossienne est déportée manu militari. Source : "Terres volées".

Les chants lancinants disent le chagrin, le souvenir


Déracinés, les Chagossiens emporteront dans cet exil forcé leur culture, dont le séga traditionnel de leurs « Terres volées ». Et les chants lancinants s’élèvent depuis pour dire la douleur, le chagrin, le souvenir des îles « La-haut » dans l’océan Indien. « Quand je vivais à Diego, j’étais comme un bel oiseau dans le ciel », raconte un chant chagossien.

L’histoire des Chagos — et de son séga — est liée à celle de l’esclavage et de la colonisation dans l’océan Indien. En 1776, François de Souillac, gouverneur français, décide d’occuper les îles Chagos alors désertes. Il y envoie des colons français et des esclaves mozambicains et malgaches pour exploiter les cocoteraies. En 1810, l’archipel est cédé par les Français aux Anglais et administrativement relié à l’île Maurice. Les autorités mauriciennes exilent alors leurs lépreux aux Chagos. L’esclavage est aboli aux Chagos en 1835.

Chagos, paradis perdu.

Du séga originel d’Afrique au séga des Chagos


Lorsque l’île Maurice réclame son indépendance en 1965, les Britanniques font pression pour exciser l’archipel des Chagos convoité par les Américains à la recherche d’une implantation stratégique dans l’océan Indien. Les Chagos sont donc excisées de l’ensemble des « îles mauriciennes » par Londres et intégrées dans le BIOT (British Indian Ocean Territory). Tous les Chagossiens sont alors expulsés de leurs îles et déportés vers Maurice et les Seychelles. L’armée des USA s’installe à Diego Garcia. Le 12 mars 1968, l’île Maurice accède à l’indépendance.

Propagé à travers l’océan Indien par la circulation des hommes (traite négrière, engagisme, migrations, commerce, etc.), le « séga originel » [4] venu d’Afrique (principalement du Mozambique) et de Madagascar donne le « séga typique » ou « séga ravanne » à l’île Maurice, le « séga tambour » à l’île Rodrigues, le « moutia » aux Seychelles, le « Kaffringna » et le « Manja » au Sri Lanka, le « maloya » à La Réunion et le « séga » aux Chagos.

Diego Garcia et la base militaire de l’US Army.

Charlésia Alexis, « la voix des Chagos »


Le mot « séga » apparaît à la fin du 17ème siècle dans les Mascareignes (île de La Réunion, île Maurice, île Rodrigues) et désigne alors l’ensemble chant-musique-danse-transe du « bal des Noirs ». Il est évoqué sous une multitude de variantes : tchiega (1770), tchega (1824), shéga (1847), t’shéga, t’séga, chéga, t’chega, tshega, tsiega, etc. et même ségah ou segha (1930).

Le séga chagossien est un héritage des esclaves apportés aux Chagos dès le 18ème siècle par François de Souillac. Le plus souvent, il est interprété par des femmes, chanteuses, danseuses, gardiennes d’une tradition qui a résisté à l’exil et à l’usure du temps. La plus célèbre d’entre elles était celle que l’on appelait « la voix des Chagos », Charlésia Alexis, disparue le 16 décembre 2012.

Chanteuses et danseuses, séga traditionnel des Chagos. ©7 Lames la Mer.

Chagos, le combat continue


Le séga des Chagos que 7 Lames la Mer vous présente dans une vidéo à la fin de cet article est extrait d’une cassette audio rare qui circulait dans la communauté chagossienne à l’île Maurice en 1989. Le morceau s’intitule « La Perle II ». Interprété par des femmes du « Groupe folklorique Diego Garcia », il est particulièrement représentatif du séga traditionnel des Chagos. Un patrimoine inestimable de l’océan Indien qui pourrait bien faire son entrée à l’UNESCO, comme « héritage culturel intangible ». Pravind Jugnauth, premier ministre mauricien, a annoncé ce 3 novembre 2017 qu’une demande en ce sens sera transmise à l’UNESCO.

Pour le peuple des Chagos, le combat continue. Objectif : retrouver la terre de leurs ancêtres.

« Quand je vivais à Diego, j’étais comme un bel oiseau dans le ciel », raconte un chant chagossien.

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Séga des Chagos, Groupe folklorique Diego Garcia




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Notes

[1Dans l’archipel des Chagos, les îles de Diego Garcia, de Peros Banhos et les îles Salomon étaient les seules habitées.

[2Extrait de « Terres volées », août 2005, Ecole des Beaux Arts de La Réunion.

[3Sorte de bobre dont la caisse de résonance est enterrée.

[4Séga (origines et significations) : le mot « Séga » (tchiega, tchega, tshega, tsega, etc.) désignerait une « danse très proche du fandango » pratiquée au 17ème siècle en Espagne, au Pays Basque et au Portugal, puissance colonisatrice du Mozambique pendant plusieurs siècles. Or il se trouve qu’une part importante des esclaves victimes de la traite négrière dans le bassin océan Indien venait du Mozambique. En swahili (Afrique de l’Est), la gestuelle des danseuses et danseurs consistant à « retrousser ses habits » se dit « sega ». On retrouve cette gestuelle liée au séga à travers l’océan Indien. Selon le linguiste allemand, Adolphe Dietrich (1891), « séga » signifie : « serpent d’Afrique, danse nationale, trembler »… Le verbe « trembler » fait-il allusion à une sorte de transe ?

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