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Musique et... santé

SEGA : à toutes les sauces ?

7 août 2015
Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros
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Connaissez-vous le réseau « SEGA » ? Il ne s’agit ni de « chéga », ni de « tchéga », ni de maloya... mais de chikungunya (entre autres...) ! À quand le « Centre de Rééducation Fonctionnelle Moringue » ?

Noam Chomsky a relevé quelque part le macabre totémisme qui porte le complexe militaro-industriel américain à donner à des hélicoptères de guerre les noms de peuples victimes du génocide qui a accompagné la création des États-Unis d’Amérique — « Blackhawk », « Comanche », « Apache ». « Si l’aviation militaire allemande baptisait ses avions « Juifs » ou « Tziganes », on s’en apercevrait », note le linguiste, qui connaît les enjeux liés au nommer.

Dans le même esprit, nous nous demandions récemment ce qui avait poussé des psychiatres — travaillant sous l’ombre tutélaire de Jacques Lacan, ceux-ci n’ignorent pas, sans doute, le pouvoir du nom — à donner au service de psychiatrie de l’hôpital de Saint-Pierre le nom de « Maloya », liant ainsi une pratique culturelle née au carrefour du sacré et du spirituel à l’univers symbolique de la maladie mentale.

Réponse, en substance, de certains des intéressés : s’émouvoir d’un tel baptême, revient à « stigmatiser » les afflictions mentales — la « stigmatisation » est, on le sait, l’un des crimes majeurs inscrit au code du politiquement correct. Pis : nous aggraverions notre cas en manquant à l’impératif ludique qui commande le nouvel ordre moral (pas moins rigide que son prédécesseur victorien) et porte à donner le nom de « Maloya » à une unité médicale. Après tout, commente une infirmière, on aurait pu la nommer « Capoeira » au Brésil. De la morbidité ordinaire chez l’homo festivus...

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Extrait d’une lithographie d’Antoine Roussin : "Le séga, danse des noirs, le dimanche, au bord de la mer, à Saint-Denis, 1860"

Nos toubibs du sud ont dans cet exercice un illustre prédécesseur : le « SEGA » de la COI [1], acronyme de « Surveillance Épidémiologique Gestion des Alertes ».

Le dispositif a été créé par les États de la Commission de l’Océan Indien à la suite de la terrible crise du chikungunya (2005/2006). But : faire face aux risques réels d’épidémies (dengue, paludisme, ébola, etc.) dans le bassin indocéanique — « région tropicale et donc sujette aux maladies infectieuses ». L’initiative, on ne peut plus louable, vise à « mettre en réseau les structures de surveillance épidémiologique de l’Union des Comores, de Madagascar, de Maurice, de La Réunion et des Seychelles afin de renforcer la prévention des épidémies dans la zone ».

L’utilité du dispositif Réseau « SEGA » est donc indiscutable et marque une démarche exemplaire de coopération indocéanique. Mais là encore, pourquoi avoir choisi de nommer « séga » un service qui s’adresse au chikungunya, à ébola et à la dengue ? Le séga est dans l’océan Indien un mode artistique majeur (musique, chant, danse) et commun à plusieurs îles. Comme le maloya, ce genre musical sourd du passé esclavagiste. Enfin, n’oublions pas que le séga (et ses variantes selon les îles) a véhiculé — et encore aujourd’hui au delà du caractère folklorique ou doudouïste auquel on veut le réduire — des valeurs déterminantes dans le processus de créolisation. Sa dimension sacrée (dans certaines pratiques toujours vivaces) et son indéniable pouvoir festif en font un véritable marqueur identitaire.

Autant d’arguments qui plaident pour que son nom ne soit pas mis à toutes les sauces, fussent-elles salutaires. La tendance générale qui veut pour chaque dispositif, association, opération (etc.), un sigle signifiant, devrait s’accompagner d’une appréciation objective quant au choix définitif et à ses conséquences. À quand le « Centre de Rééducation Fonctionnelle Moringue » ?

« J’aurais préféré un autre acronyme que « SEGA » qui représente la culture, la musique et la danse de 3 des 5 pays de la COI, nous confie un artiste de l’île soeur. Dommage vraiment ! On aurait pu utilizer « GASE » : Gestion des Alertes, Surveillance Epidémiologique... »

Au nom de Jean Alphonse Ravaton (Ti Frère, île Maurice), Gérose Barivoitse (Lo Rwa Kaf, île de La Réunion), Patrick Prospère (Ton Pat’, les Seychelles), Charlésia Alexis (Chagos)... et de tous les autres.

Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros

Notes

[1Commission de l’Océan Indien

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