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Maurice

Science-po : La Réunion à la traîne

21 novembre 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Sous l’impulsion d’un promoteur dynamique, l’Île Maurice a établi un partenariat avec Science-Po Aix, visant à la formation de cadres supérieurs dans les secteurs économique et administratif. Une stratégie d’excellence dans laquelle les Réunionnais sont, une fois encore, à la traîne. Immobilisme d’une classe dirigeante dont la tête est à 10.000 kilomètres et qui ne (se) voit qu’en petit ? Ou refus de cette dernière de former sur son sol les élites qui, demain, pourraient lui succéder ?

Les couleurs mauriciennes désormais accentuent le label de l’établissement aixois.

La création d’un Institut d’études politiques (IEP) à La Réunion est, avec l’ouverture de filières philosophie et sciences humaines, l’un des — nombreux — serpents de mer dont les anneaux, de temps à autre, émergent des profondeurs bureaucratiques. La question a d’ailleurs été posée de loin en loin par les politiques, notamment, lors des élections régionales de 2010. Rien de neuf sous le soleil depuis cette date, malgré l’arrivée au faîte de la pyramide inversée d’un ancien étudiant de Science-po Aix. Rien de neuf, et pour cause : la rumeur d’un débarquement imminent de la vénérable institution dans la zone, persistante dans le (petit) monde de la science-politique s’est bien avérée. Mais c’est à… Maurice qu’a été décidée la création d’un « établissement dédié », en partenariat avec l’IEP d’Aix-en-Provence et la prestigieuse MCCI (Mauritius Chamber of Commerce and Industry).

Un promoteur enthousiaste

La réalisation de ce partenariat renforcé, annoncée en grande pompe fin 2012 lors d’une réception à Mokka, en présence de l’élite du business et de la haute fonction publique de l’île sœur, doit beaucoup à l’activisme d’un homme bien connu des Réunionnais : l’ancien directeur général de la Banque de La Réunion, Michel Dumas. Chargé de mission auprès de l’école aixoise, dont il chapeaute les relations internationales, celui-ci devient le premier directeur de l’établissement, qui dispensera ses enseignements à partir de janvier 2014. Énergique, réputé infatigable, Michel Dumas a multiplié les contacts et les initiatives ; dans ce cadre, il s’est rendu à La Réunion, où il a assuré la promotion de cette structure qui lui doit tant, notamment auprès de la CGPME, du MEDEF-Réunion et de la Chambre de commerce. Outre la formation des étudiants mauriciens, c’est bien vers l’Océan Indien que l’artisan de cette nouvelle filière entend orienter la politique de cet établissement d’excellence. Un dynamisme, un enthousiasme et des résultats qui contrastent avec l’immobilisme que l’on ne peut malheureusement que constater du côté réunionnais. Car si Maurice a su bénéficier de la stratégie internationale de l’IEP d’Aix — qui dispose d’un appui de poids en la personne de son ancienne étudiante Christine Lagarde —, on n’a ni vu ni entendu nos élites économiques, administratives et culturelles se mobiliser en faveur de la création d’un grand établissement de ce type à La Réunion.

Le sens de l’immobilisme

Avec ses légions de diplômés, La Réunion concentre une bonne part de la matière grise de la zone. Mais on continue de laisser les plus talentueux de nos jeunes partir vers la France, l’Afrique du sud et le Québec, plutôt que de créer ici les lieux de formation des décideurs de demain. Tout se passe, une fois encore, comme si la classe dirigeante réunionnaise déléguait au voisin mauricien l’innovation et la recherche de la performance. Espérant sans doute, à la manière du passager clandestin, en retirer des avantages sans y avoir outre mesure investi son énergie : un calcul de boutiquier qui, une fois encore, place les meilleurs morceaux dans la gueule du petit dragon mauricien… Étranger à la mentalité de l’île soeur, le complexe de l’assimilé, qui porte l’élite réunionnaise à se voir en petit, y est peut-être aussi pour quelque chose. De manière plus alarmante, cette nouvelle manifestation d’une inaction devenue systématique atteste du mal profond qui frappe aussi bien l’économie que la politique et la culture réunionnaise : l’incapacité, voire le refus de reproduction d’une élite, qui semble finalement préférer sombrer avec le navire, plutôt que d’être remplacée à la barre.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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