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Saint-Paul : « Les Républicains » veulent démolir un lieu de mémoire

27 novembre 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Où, au détour d’une conférence de presse, la vice-présidente de la Région aux transports et un adjoint saint-paulois vantent la démolition de la Case Pota, monument historique du vieux Saint-Paul qui aurait vu naître le sanglant François Mussard...

« Eske moin lé noir / Eske moin lé blan / Eske na la joi ou la soufrans dan mon listoir / Eske mi cautionne sat la fé François Mussard » : les paroles du chanteur « oZe » font écho aux angoisses salutaires et aux vertiges féconds qui scandent la quête identitaire, lorsque celle-ci échappe à la célébration idéologique et univoque du « vivre-ensemble » ou pis, de la « liberté métisse »...

Mais l’histoire ne peut être questionnée si elle ne s’arrime pas à des lieux de souvenance et de mémoire — cela est encore plus vrai dans une île longtemps vouée à l’oralité. Au coeur du vieux Saint-Paul, la « Case Pota » incarne ce passé ambivalent : trésor architectural, elle aurait aussi vu naître le sanglant François Mussard, chasseur de Noirs marrons et anti-héros du « Bourbon pittoresque » d’Eugène Dayot.

Au cours d’une conférence de presse pour le moins étrange consacrée, en pleine campagne régionale, à la critique de la mandature saint-pauloise passée d’Huguette Bello, Fabienne Couapel-Sauret, vice-présidente (« Les Républicains ») commise aux 2000 bus et au « transport guidé » (deux projets de la présidence Robert qui n’ont pas vu un début de commencement sérieux) a apporté d’alarmantes précisions sur le futur de cette demeure. Celle-ci devrait être purement et simplement détruite par le successeur de Mme Bello, Joseph Sinimalé, grand pourfendeur de médiathèques, membre fondateur du nouveau parti sarkoziste et allié du Président de Région Didier Robert (LR), patron de Fabienne Couapel-Sauret.

Non seulement cette dernière se félicite du massacre, mais elle reproche à l’ancienne équipe... d’avoir voulu sauver l’antique bâtisse ! Dans le collimateur de l’élue régionale, le programme de réhabilitation lancé par la précédente municipalité en concertation avec l’Administration du patrimoine, qui visait à « sauver » le vestige et à y installer des services municipaux. Un dispositif présenté par Mme Couapel et son binôme Olivier Saunier, proviseur de son état et adjoint de Joseph Sinimalé depuis 2014, comme la réalisation d’appartements de luxe destinés aux élus. Les intentions démagogiques et le mensonge sont apparents...

Le procédé n’est guère surprenant de la part de Fabienne Couapel-Sauret, qui a construit sa carrière au sein de la droite locale dans un style à peu près comparable à celui d’une Nadine Morano (le côté populaire en moins), a l’invective facile et fait peu de cas de la culture en général et de la culture de l’île qui l’accueille en particulier.

En organisant une conférence de presse sur un site appartenant à la commune, ce qui constitue un usage prohibé des moyens et bien publics à des fins électorales et la fout particulièrement mal de la part d’un adjoint à l’aménagement, Olivier Saunier a de son côté conforté l’image, d’ores et déjà bien établie, d’un élu plus doué pour aller dans le sens du vent qu’au fond des dossiers. Au-delà de cette séance de tricmardages et d’incompétence cumulés, la démolition de la Case Pota n’est qu’une nouvelle déclinaison d’une idéologie persistante au sein de certaine droite réunionnaise : un mélange d’utilitarisme et de dédain culturel qui, à coup de bulldozers, a déjà « écrasé » une part conséquente du patrimoine architectural de l’île...

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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