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Débat sur Réunion Première

Saint-André : Avantage Virapoullé

13 février 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Jean-Paul Virapoullé a largement dominé le débat politique consacré aux municipales de Saint-André, où la nouvelle venue Claudy Fruteau est néanmoins parvenue à imposer sa présence, dans une ambiance tendue et saturée de machisme.

« They try to be the King but the Ace is back » : cette punchline d’un « gangsta rap » mythique pourrait résumer l’issue du débat animé hier contre vents et marées par Jean-Marc Collienne, Emmanuelle Haggai et Yves Montrouge sur Réunion Première. Un exercice qui, dès le départ, a pris des airs de règlement de comptes en famille : échange de « bois » entre Claudy Fruteau (ex-PCR et ex-PLR ) et Joé Bédier (apparenté PCR) et passes d’armes répétées entre Serge Camatchy (UMP-Objectif Réunion) et Jean-Paul Virapoullé (UDI).

Celui-ci, il faut bien le dire, a maîtrisé l’entretien du début à la fin, ne perdant son sang-froid que quelques instants face à son rival UMP, ex-ami de trente ans. L’enjeu, pour l’ancien sénateur, va bien au-delà de la reconquête de la capitale de l’Est, qu’il a dirigée pendant près de 35 ans. Une victoire saint-andréenne le remettrait en lice dans la course au leadership de la droite réunionnaise — raison pour laquelle on tente, du côté de l’UMP, de « casser son élan » en positionnant M. Camatchy.

La prestation de ce dernier fut à l’image de son personnage public dont les manières simples et franches inspirent confiance, et un parler combinant modération et bon sens populaire… un registre néanmoins limité, face aux ressources oratoires de son ancien patron.

Car en face, ce fut vraiment du grand « Vira » : devisant avec la caméra et s’adressant familièrement mais courtoisement aux présentateurs là où les autres déclamaient une profession de foi ; maniant les chiffres sans ennuyer. Minutieusement préparé, Jean-paul Virapoullé a piégé à plusieurs reprise son ancien colistier, notamment lorsque ce dernier s’est hasardé à critiquer l’une de ses propositions — la création d’un port. Mal lui en a pris, car quelques secondes plus tard, son ancien maire attirait la caméra sur un document de 2009 par lequel lui, Serge Camatchy, prenait le même engagement. Lui reprochait-on de ne disposer d’aucun soutien ? L’ancien chef de file du centre réunionnais faisait apparaître un document signé Jean-Louis Borloo, lui accordant l’investiture UDI. Le contradicteur de droite, à peine soutenu par une branche à peine légitime de l’UMP, ne put que « craser sa banane » en maugréant.

Enchaînant les effets oratoires — le « il n’y a qu’un seul condamné ici, madame, et c’est votre mari » adressé à Mme Fruteau restera dans les annales — l’ancien sénateur s’est même permis le luxe de rendre un hommage appuyé à son « garçon » Jean-Marie, prenant de front la question dynastique que tout homme politique, à La Réunion, essaie de conjurer.

C’est avec cette épine de belle taille dans le pied que Mme Fruteau a abordé un débat où, il faut bien le dire, on ne donnait pas cher de sa résistance. Pas facile, en effet, de « porter » maire au nom d’un époux qui, un jour, a eu le malheur de déclarer « préférer le militantisme à la familiocratie », et que les allégeances changeantes de son entourage ont contraint à rechercher une remplaçante dans le cercle familial. Élue, Mme Fruteau va-t-elle « rendre » le poste de maire à son mari, déclaré inéligible par le Conseil Constitutionnel et qu’elle estime « victime d’une injustice » ? L’intéressée a choisi de ne pas répondre, ce qui augurait mal de la suite des évènements. Comme prévu, l’épouse de M. Fruteau a été la cible convergente des attaques de la droite. Elle a même semblé un moment au bord de rendre les armes, bombardée d’incessants « votre mari » par Jean-Paul Virapoullé, qui lui faisait face, et simultanément gourmandée sur un ton doucereux et protecteur par Serge Camatchy.

Malgré ces tirs croisés, la jeune femme a su faire preuve d’une combattivité remarquable, se défendant et défendant le bilan de son époux avec rage, et mobilisant à cet effet une connaissance des dossiers et un brio que peu de spectateurs soupçonnaient.

Joé Bédier n’était pas en reste… mais était lui-même pris dans un exercice extrêmement compliqué : critiquer le sortant, après avoir été son premier adjoint pendant 5 ans. Candidat au nom de l’UDSA, (Union démocratique de Saint-André) — un parti créé ad hoc— et surtout, soutenu par le PCR, M. Bédier a tenté de convaincre que la meilleure partie du bilan lui revenait. Une stratégie servie, là encore, par un physique et un phrasé d’honnête homme, attaché au « terrain ». Cela suffira-t-il ? Le défi est de taille pour le parti fondé par Paul Vergès : si celui-ci a de tous temps considéré la reconquête de Saint-André, dont Raymond Vergès fut maire jusqu’en 1957, comme « mère de toutes les batailles », la municipale de 2014 testera la viabilité de la « reconstruction » de la machine électorale communiste, enrayée par quatre années de défaites et de scissions.

L’ancrage et la profondeur des enjeux pourraient finalement fournir des atouts au dernier protagoniste de ce débat : le LPA Jean-François Ramassamy. Gérant de station-service — non gréviste, a-t-il précisé, ce que le public a dû apprécier — ce dernier a déjà plus ou moins roulé sa bosse, de la liste de Claude Hoarau à celle d’Emmanuel Sériacaroupin. Il est de plus le petit-fils d’un ancien maire de la commune tant convoitée…

Sympa, humble, M. Ramassamy semblait un OVNI souriant au sein de ce show à cran et à crocs. Son programme ? Invoquer régulièrement le nom de Thierry Robert, effectivement fort populaire dans tout le pays. Cela suffira-t-il à ouvrir le jeu en sa faveur ? Les débats télévisé ne font pas la bonne fortune politique, mais ils y contribuent : force est de constater que celui-ci a été entièrement dominé par Jean-Paul Virapoullé, qui a montré qu’il était bel et bien de retour.

Geoffroy Géraud-Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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