Categories

7 au hasard 23 mars : Montpellier : un commando tabasse des jeunes dans la fac de Droit - 3 février 2013 : Métissage : le mythe dans la peau - 17 août 2017 : Ce gouvernement est un épisode de la fin d’un système - 31 octobre 2015 : « Le bourreau tue toujours 2 fois, la 2ème fois par le silence » - 7 juin 2015 : « La rue s’organise au-delà des solutions classiques » - 16 mars 2016 : Jeumon : une « movida » réunionnaise - 1er avril 2013 : Elle renonce à son royaume... par amour - 22 mai 2015 : Zistoir ferblan maron... Kriké la sosyété anparmi ! - 30 juin 2015 : Eddy Louiss est mort : les anges noirs vont swinguer ! - 29 février 2016 : « Demain » voit midi à sa porte... -

Accueil > La Réunion > Economie et société > Rose-May Nicole, hommage à la « dignité cafrine »

Dernier marronnage

Rose-May Nicole, hommage à la « dignité cafrine »

4 août 2018
7 Lames la Mer, Alain Gili
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Rose-May Nicole s’est éteinte le 4 août 2018. Hommage a cette grande dame de la littérature qui consacra son talent à explorer la place du cafre dans la société réunionnaise.

Graziella Leveneur et Rose-May Nicole, début des années 1990. Photo : Alain Gili.

Celui qui vise plus haut et qui peut changer de peau


« Ce qu’il faut que tu saches une bonne fois pour toutes, c’est qu’il y a plusieurs catégories de Noirs : le plus pauvre haleur de pioche comme papa [Natol], qui ne verra jamais plus loin que sa pioche et sa terre, et celui qui vise plus haut et qui peut changer de peau »...

Cet extrait du roman « Laetitia » [1986], publié dans la revue « Peuples Noirs/peuples africains », symbolise le sens de l’œuvre de Rose-May Nicole qui vient de s’éteindre à l’âge de 87 ans, le 4 août 2018. « Laetitia » était son premier roman.

Toute sa vie, Rose-May Nicole s’est attachée décortiquer et à analyser la complexité des rapports au sein de la société réunionnaise, marquée par l’esclavagisme, l’engagisme et le colonialisme, et plus particulièrement la place du cafre dans cet ensemble créole. Des séquelles qui influencent toujours les Réunionnais de ce début de 21ème siècle.

Vous voulez rendre hommage à Rose-May Nicole ?
Buvez une gorgée de champagne en sa mémoire.
[Photo : merci à Henri Maillot].

Une œuvre engagée qui a ouvert le chemin


Née le 15 janvier 1931, Rose-May Nicole était notamment titulaire d’une maîtrise de lettres modernes. Elle a particulièrement contribué à la compréhension des mécanismes dominants-dominés grâce à son travail universitaire publié sous le titre : « Noirs, Cafres et Créoles : études de la représentation du non-blanc Réunionnais, documents et littératures réunionnais 1710 – 1980 ».

D’une nature discrète, Rose-May Nicole se tenait loin des mondanités insulaires. Elle nous laisse une œuvre pionnière et audacieuse — romans [« Laetitia », « Bassin miracle »...], études [« Noirs cafres et créoles », « La Partenaire blanche des couples mixtes dans les Marrons et Eudora »...], romans parlés [« Paroles de Xandru et de Bahia ; Malsaison de novembre »], livre-jeunesse [« Ti martin sek »], etc. Une œuvre engagée qui a ouvert et débroussaillé le chemin. Et à laquelle fera écho le travail de l’artiste Wilhiam Zitte, parti pour le dernier marronnage en juin 2018, inventeur de l’artcréologie, auteur de l’expression « Cafre l’est joli », père des « Tèt Kaf »...

7 Lames la Mer

Alain Gili : Rose-May incarna la dignité « cafrine » et la révolte


Venant à l’instant de recevoir un message bref envoyé par l’ami Sulliman Issop : « Rose-May Nicole la desot la vi… », j’écris à quelques unes et quelques uns. Ancienne militante du FAR, Rose-May incarna toujours la dignité « cafrine » et la révolte.

Hommage à son talent d’auteure, salut à son unique originalité sans cesse polémique, et à son beau travail avec les enfants-les élèves… Ainsi, entre autres oeuvres, l’Ader [1] publia les dessins et le textes de son « Ti martin sek », avec dessins des élèves et cassette audio afférente. (...)

Son roman « Laetitia » était le portrait d’une maman, portrait terrible et satirique dans le passé du complexe d’être cafrine, à une certaine époque post-coloniale. Je l’avais lu pour la première fois publié dans la revue de Mongo Beti « Peuples Noirs/peuples africains » à laquelle je m’étais abonné pour un an.

Le travail universitaire de Rose-May Nicole publié par L’Harmattan fut consacré à la minoration basique, systématique et disons « névrotique » des cafres à La Réunion, et à ce complexe qui était vécu par eux, ici évoqué.

Mais le plus étonnant furent les deux textes produits par « ADER-SONS » [1989], enregistrés avec Graziella Leveneur sous le titre général « Les chants de la mémoire » : « Paroles de Xandru et de Bahia ; Malsaison de novembre », « Au nom de Dieu soit fait le voyage ».

Rose-May avait bien connu Mongo Beti lors de ses études à Aix en Provence, et il devint ce grand écrivain et « résistant » intellectuel du Cameroun : je suis en train de lire « Confidences » de Max Lobé qui vit en suisse et combat… autrement. Et ce fut Mongo Beti qui me révéla le martyre du Cameroun, causé par la France-Afrique gaullienne de Jacques Foccart et de ses affidés, avant le film superbe « Autopsie d’une indépendance » de Gaelle Le Roy et Valérie Osouf [2006] — programmé par le FIFAI [2]/Le Port — et avant les films courageux de Gérard Le Chêne [3], au Québec, sur cet auteur francophone combatif, avant le beau roman de Max Lobé, rencontré en avril à la manifestation « Les Voix d’Orléans ».

Alain Gili

7 Lames la Mer

Réalités émergentes Réunion, Océan Indien, Monde.
Presse, Edition, Création, Revue-Mouvement.
Facebook, Twitter.

Notes

[1Association des écrivains réunionnais.

[2Festival International du Film d’Afrique et des Îles.

[3Les films de Gérard Le Chêne sur le Cameroun furent projetés dans la manifestation « L’art du doc » que nous organisâmes à la Fédération Abel Gance depuis 1988, puis avec l’ILOI-Village Titan et la Mairie de Le Port.

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter