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Atidamba, Dimitile, dimanche 20 déc.

Rituel pour le temps présent : à la Reine, au Roi et au Guetteur

13 décembre 2015
7 Lames la Mer
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La piste des marrons... mène dans ce cœur de l’île désormais estampillé PARC-NATIONAL-UNESCO-PATRIMOINE, etc. Ce label tant vanté contribue-t-il à déchiffrer la mémoire secrète nichée aux sommets des pitons, cirques et remparts ? Permet-il d’ouvrir de nouvelles pistes à l’archéologie pour restituer aux Réunionnais les vestiges du marronnage ? Non. La « vertueuse » mise sous cloche du cœur de l’île avec les incursions massives et destructrices de raiders de toutes sortes a montré ses contradictions et ses errements. Plus que jamais, des rituels tels que celui que perpétuent des associations autour de Miaro, au camp Dimitile, Atidamba, s’inscrivent dans un contexte de résistance. En rendant hommage à la reine Sarlave, au roi Laverdure et au guetteur Dimitile, c’est à un rituel pour le temps présent que l’on s’adonne ! A vos sacs à dos !

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Les associations Miaro, Zangoun Servis, Capitaine Dimitile, Tradition Salegy, Zazakely Maloya invitent à la célébration de la cérémonie Atidamba, le dimanche 30 novembre 2014 sur le plateau du Dimitile, à l’Entre-Deux.

Atidamba entend honorer la mémoire des ancêtres malgaches reposant en terre réunionnaise ainsi que celle de tous les marrons qui n’ont reçu ni honneurs funèbres ni sépulture, en revêtant d’un linceul blanc la stèle dédiée à la reine Sarlave, au roi Laverdure et au guetteur Dimitile, symboles de la résistance des marrons à la traite négrière et à l’esclavage.

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Dimitile (« Dimy le Guetteur » ; « tily » en malgache signifie le « guet ») est né au 18ème siècle à Madagascar. Enlevé avec sa famille, il est débarqué à l’île de La Réunion pour être vendu comme esclave... Mais Dimitile avait un surnom : « l’insaisissable » ! Très vite, il s’enfuit dans le cœur de l’île et devient marron. Il rejoint le groupe que dirigent le roi Laverdure et la reine Tsaralava (Sarlave). Son histoire est fascinante car personne ne sait ce qu’est devenu Dimitile...

« On ne put venir à bout de la bande de Dimitile qui s’était réfugiée dans les barrancos dominant le plateau de l’Entre-Deux au confluent du bras de Cilaos, raconte Jean-Valentin Payet dans son livre « Histoire de l’esclavage à l’île Bourbon » (L’Harmattan-1991). Il y eut sans doute une dynastie de Dimitile car on en rencontre un autre en 1810 à Saint-Leu, où, ayant échoué, il se réfugia dans le ravin de la rivière de Langevin, au lieu dit “le grand pays” ».

A la tête d’un détachement de 24 noirs marrons, le capitaine Dimitile organise en 1743 l’enlèvement de celle dont il est amoureux : Jeanneton. Jeune esclave mozambicaine, Jeanneton est « propriété » de Henry Hibon, dans les Hauts de Saint-Paul, au lieu-dit « La Grande Pointe ».

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Les marrons, Jeanneton et Dimitile disparaissent vers les montagnes. Ils traversent Mafate et Cilaos puis longent le Bras de Cilaos jusqu’à la Rivière Saint-Etienne. Ils gravissent enfin les remparts jusqu’à un plateau, en direction de la Rivière des Remparts, en passant par la Plaine des Cafres. Ce plateau s’appelle depuis Dimitile, haut lieu de marronnage...

Par la suite, les marrons croiseront la route du « chasseur de noirs », François Mussard, qui mettra fin en 1752 au règne du roi Laverdure et de la reine Sarlave (« toujours belle » en malgache), dont le camp était proche de l’îlet Marrons (lire récit ci-dessous : « Une bataille mémorable »).

Jeanneton mit fin à son marronnage : elle quitta le camp des marrons pour retourner sur la propriété du maître. Un témoignage lui est attribué (déclaration du 21 mars 1743) qui décrit la vie dans le camp des marrons : « La bande de Dimitile est composée de vingt-deux marrons, en famille pour la plupart, ils avaient à ce moment peu de fusils et faisaient des balles avec des assiettes d’étain, voyageant avec des rondelles de songes séchées au soleil et enfilées dans des brins de feuillage » [1].

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Une bataille mémorable...
"Quinze jours après [le 9 décembre 1752], Mussard, accompagné cette fois de jacques Hoareau, François, Gabriel et Joseph Grosset, Laurent et Antoine Cerveau, Pierre Robert, Claude Garnier, André K/orio, va dans le Bras de la Plaine à l’îlette Marrons, surprendre deux camps d’anciens marrons : celui de Sarcemate qui est de 12 marrons et celui de Laverdure qui est du double. Un cyclone se déclare, et ils n’y arrivent que quatre jours après. Alors ils pénètrent dans l’un des camps « à la faveur des ombres de la nuit et attendent le jour ». le terrain est détrempé, la marche ne fait pas de bruit, les chiens ne bougent point. Mais le matin, un souffle d’air s’élève, les chiens hurlent. Aussitôt le réveil et l’éveil de tous côtés. En vain les hommes de Mussard crient de ne point fuir ; mais hélas ! L’envolée se produit sauf pour les chefs qui veulent se défendre, treize tombent sous les balles, on reconnaît parmi les morts des deux grands chefs Laverdure et Sarcemate, puis Fiague et Silvestre, Desmalé, Raphaël, Bar ; Sarlave, Isabelle, Marianne, Vave." (déclaration du 28 décembre 1752). J.M.Mac Auliffe, Cilaos touristique et thermale, page 79
  • 8h/11h : Accueil et installation sur le plateau du Dimitile. Fidiovana : la purification (préparation et concentration).
  • 11h 00 : Début de la cérémonie Ati-damba. Capture des quatre directions : entrée dans le valamena (l’enceinte sacrée). Installation des participants en fonction de leur lieu de résidence (Est, Nord, Ouest, Sud). Mamàky itàny : préparation de l’espace cérémoniel. Délimitation du périmètre sacré. Démarcation du centre, qui dirige et gouverne les quatre directions. Appel du Doyen (ou de la Doyenne). Appel du Benjamin (ou de la Benjamine). Manangana fototra : érection du socle et remise des offrandes (Est, Nord, Ouest, Sud). Atidamba : les représentants des quatre directions et des guerriers procèdent au remplacement de l’ancien lamba par le nouveau. Le Dina du Dimitile : lecture solennelle de la Charte du Dimitile.
  • 13h : Repas partagé (pique-nique) : avant de manger et de boire, dédier la première bouchée et la première gorgée aux ancêtres. Avant de manger, on prend un peu de nourriture dans ses mains, on élève les mains au-dessus de la tête, on demande la bénédiction des ancêtres et on les invite à partager notre nourriture. Avant de boire, on verse quelques gouttes à même la terre, pour remercier celle-ci des bienfaits qu’elle nous prodigue.
  • 14h : Premières descentes des navettes 4x4.


Départs des cars à 6h15
Est : Lycée Paul Moreau, Bras-Panon.
Nord : Eglise de Sainte-Clotilde.
Ouest : 1) Parking du Jumbo Score, Le Port. 2) gare routière de Saint-Pierre.
Sud : 1) Croix Jubilé, Terre-Sainte, Saint-Pierre. 2) Station Engen, Ravine Blanche, Saint-Pierre.
(Tarif : 8 € l’aller-retour, 3 € pour les adhérents Miaro).

Pour les automobilistes, itinéraire à partir de l’Entre-Deux : suivre la direction de la Ravine Citron, vers le Dimitile, puis l’Argamasse, passer devant le kiosque, continuer jusqu’au bout de la route bitumée, et prendre la route bétonnée jusqu’au parking du Portail (ne pas prendre le « Chemin de la grande jument », ni le « Sentier du zèbre », suivre les panneaux « Le Portail »).

Sur les traces des marrons : la montée jusqu’au plateau se fait à pied : elle prend environ 1h½ pour des marcheurs moyens. Prévoir de l’eau, un k-way et un bâton de marche. Miaro assure le transfert en 4x4 des personnes qui ne peuvent pas monter à pied, au tarif de 20 € l’aller-retour (5 € pour les adhérents sur présentation de la carte Miaro à jour de cotisation pour l’année 2014, gratuité pour les personnes âgées et les enfants en bas âge).

6h30 : rassemblement au parking du Portail et départ des premières navettes 4x4.

Réservation obligatoire pour les transports en car et en 4x4 auprès des contacts. Chacun pourra amener son lamba et son pique-nique (merci de ne pas apporter de porc, ni de cabri).

Des lambas prêts pour la cérémonie pourront être achetés sur place. Prévoir un lainage et un imperméable, le temps étant changeant en altitude.

Un sobatkoz se tiendra sur le site du Dimitile la veille, samedi 19 décembre, à partir de 19h.

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Notes

[1Source : J.M.Mac Auliffe, Cilaos touristique et thermal, page 66

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