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En France... et à La Réunion ?

Révolution fiscale : les bonnets rouges déjà délavés ?

8 novembre 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Les adeptes du « trop d’impôt » roulent-ils pour tous ou seulement pour eux-mêmes ? L’appel à une marche sur Paris pour la Révolution fiscale les met au pied du mur.

Crédits : Anthony Malkovitch (FlickR)

L’esprit républicain n’aime guère les révoltes et les séditions fiscales. Forgé dans la violence d’une Révolution française née du refus de la dette et de l’impôt, il en anticipe sans peine les effets contre-révolutionnaires. Sans doute aussi se défie-t-il d’une contestation qui vise le noyau dur de l’Etat : le monopole fiscal, indissociable du monopole de la violence légitime, lui-même fondement revendiqué de l’état de droit. Enfin, parce qu’il perçoit dans la contrepartie impôts-services publics l’un des fondements de la République sociale, affirmée en 1944 par le Conseil national de la résistance (CNR), puis par la Constitution de 1946.

La critique de l’impôt est ainsi tenue en haute suspicion : régressive, anti-républicaine, elle exprimerait, dans son versant poujadiste, les appétits de corporations passéistes, ou encore ceux des « féodalités économiques » dénoncées par les réformateurs de l’après-guerre. Des pouvoirs qui visent à éviter l’impôt pour eux-mêmes, et-ou à utiliser l’instrument de collecte public à leur bénéfice, en sautant la case « redistribution ».

Or ces « féodalités » se sont rétablies au cours des trois dernières décennies, par le biais de « crédits, compensations et cadeaux fiscaux » en tous genres octroyés aux grandes entreprises — non point aux petites et moyennes. De plus, crise oblige, de vastes opérations dites de « sauvetage » ont permis aux banques de puiser directement dans les fonds publics. Enfin, la multiplication des « niches » et la prédominance de la fiscalité indirecte ont achevé de battre en brèche l’idéal d’impôt progressif — donc seul égalitaire — issu de la Révolution française.

La TVA, impôt indirect, assure à elle seule la moitié des recettes fiscales ; la CSG rapporte plus que l’Impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP). Il avait fallu des siècles, des révolutions et des crises sociales pour que, de mécanisme d’extorsion, l’impôt devienne un outil — partiel et imparfait — de redistribution sociale. Il redevient, d’année en année, un instrument de dépossession des contribuables au profit de plus en plus direct d’acteurs privés.

Les républicains, et plus particulièrement ceux de gauche, peinent pourtant à argumenter sur le terrain fiscal, propriété de la droite la plus vindicative : celle des petits porteurs et petits patrons, éternelles victimes consentantes d’un libéralisme qui ne cesse de leur passer la corde au cou. Une gauche hantée, il faut bien le dire, par un fétichisme de l’impôt qui n’est pas pour rien dans le désamour que lui vouent les classes moyennes et populaires.

C’est dire si l’appel à une « Révolution fiscale », lancé aujourd’hui par Jean-Luc Mélenchon, dans le sillage des mobilisations bretonnes, a des allures de Révolution culturelle. François Hollande avait promis la réforme fiscale : en fait de réforme, son Gouvernement annonce une collecte de 7 milliards de TVA supplémentaires pour le 1er janvier prochain. La ponction de trop pour le co-Président du Parti de Gauche qui appelle à une « marche pour la révolution fiscale » le 1er décembre.

Jean-Luc Mélenchon appelle à une "Marche pour la Révolution fiscale" le premier décembre, à Paris.

« Révolution » : le mot est à la hauteur de l’injustice de cette taxe. Rien de plus contraire à l’Égalité, que la soit disant « neutralité » d’une TVA prétendument indolore, qui fait payer autant au pauvre qu’au riche sur les produits qu’il consomme. Gabelle des temps modernes, la TVA est aussi, par son mode de perception, une prime permanente à la fraude, dans le cadre du sacro-saint marché « libre et non faussé »… Ce sont d’ailleurs ces arnaques qui, pour partie, expliqueraient le déficit abyssal constaté cette année dans les rentrées de TVA.

Cette injustice n’épargne pas La Réunion, contrairement à ce que rumine une persistante démagogie ambiante. Celle-ci cible l’Octroi de Mer, qui frappe les importations, et met l’accent sur les faibles taux de TVA en vigueur dans notre île — 8,5% de taux plein et 2,1% de taux réduit. Haro sur l’Octroi de mer, braillent ceux qui pourraient être les «  bonnets rouges » pays, méconnaissant — volontairement pour certains — les correctifs qui ont rendu cette antique taxe bien plus juste que ses semblables.

Rappelons d’abord que l’Octroi de Mer a pour but de protéger les productions locales, ce qui lui vaut régulièrement les foudres de la Commission européenne, qui traque toute forme d’« imposition intérieure ». Que réformé sous l’impulsion de Paul Vergès, il exclut les produits de première nécessité, mais frappe les produits de luxe. Qu’il n’a pas d’effet inflationniste, comme l’a établi le rapport parlementaire Hannotin-Vlody du 29 Janvier dernier. Enfin, et surtout, l’Octroi de Mer abonde en moyenne à 38% les finances des communes. Lesquelles, on le sait, sont dans notre pays à l’avant-garde du traitement social de la crise.

Au final, la TVA, même réduite, rapporte sensiblement plus que l’Octroi de Mer, auquel la propagande ambiante attribue tous les mots. Et on ne comprend que trop pourquoi certains voudraient remplacer cet impôt, perçu par la Région sous contrôle strict et redistribué dans la rigueur, par l’opaque TVA qui permet à tous, sauf au consommateur, de « bézé larzan ».

L’annonce de Jean-Luc Mélenchon met les patrons au pied du mur, en France et dans notre île. Qu’ils défilent à Quimper ou bloquent la Route du Littoral, les adeptes du « trop d’impôt » affirment, en France et ici, « rouler » pour tout le monde. Ils ont désormais l’occasion de le prouver, en se mobilisant contre la hausse de l’impôt le plus injuste qui soit et en faisant tomber le grand portique de Bercy. Aux dernières nouvelles, la FDSEA bretonne aurait déjà annoncé une manifestation bretonne la veille de la marche sur Paris appelée par M. Mélenchon. Derrière les bannières bretonnes, le rouge des bonnets semble déjà bien délavé. Que feront nos patrons réunionnais aux têtes nues, qui n’en sont même pas encore à oser le drapeau ?

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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