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Tribune Libre de Perceval Gaillard

Remue-Méninges du Parti de Gauche... avec les Outre-mer

28 août 2014
Perceval Gaillard
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Les échanges avec les nombreux camarades présents pour l’Université d’été du PG à Grenoble, ont montré tout l’intérêt que porte la base militante à la réalité sociale et politique vécue dans les Outre-mer. De plus, nombreuses ont été les allusions au potentiel ultramarin lors des débats et des discours, notamment dans celui de Jean-Luc Mélenchon qui clôturait les Remue-Méninges (RM).

La présence de représentants guadeloupéens, réunionnais et guyanais à l’Université d’été du PG à Grenoble a mis en lumière l’implantation de notre parti dans ces territoires ultramarins. L’atelier thématique animé par Jennifer Léonie Bellay, membre du Bureau National et responsable de la commission Outre-mer, a permis de dégager des problématiques communes : lutte contre les monopoles et pour l’égalité sociale, développement de l’économie de la mer, intensification des liens avec l’environnement régional…

Les échanges avec les nombreux camarades présents ont montré tout l’intérêt que porte la base militante à la réalité sociale et politique vécue dans les Outre-mer. De plus, nombreuses ont été les allusions au potentiel ultramarin lors des débats et des discours, notamment dans celui de Jean-Luc Mélenchon qui clôturait les Remue-Méninges.

A titre personnel, en tant que militant réunionnais représentant l’ensemble des camarades de l’île lors de cette université d’été, j’ai été touché par l’accueil reçu et ravi par l’intérêt manifesté pour notre île. Cela doit nous conforter encore plus dans notre combat aux côtés du peuple réunionnais pour plus de justice sociale.

Jean-Luc Mélenchon. Photo lepartidegauche.fr

Avant même le discours d’ouverture de Jean-Luc Mélenchon, la rumeur d’un changement de dispositif à la tête du parti a parcouru les rangs des militants, en plongeant un certain nombre dans la confusion et le doute. Ceux-ci ont vite été dissipés après la prise de parole de Jean-Luc Mélenchon expliquant avec clarté les décisions prises par le Bureau National la veille.

Constatant l’échec, non pas de l’union de la gauche car elle a été réalisée, mais des bénéfices que nous pouvions en attendre au regard de nos objectifs politiques à savoir la Révolution Citoyenne à travers notamment la mise en place d’une Constituante pour une 6ème République ou l’adoption de l’écosocialisme comme doctrine politique (qui ont fait l’objet de beaucoup d’ateliers et de débats durant ces Remue-Méninges), il est nécessaire pour notre organisation de changer de stratégie, donc d’organisation, pour répondre à la nouvelle situation politique.

En effet les difficultés rencontrées ces derniers mois à l’intérieur du Front de Gauche, la percée électorale de l’extrême droite ainsi que l’exemple de Podemos en Espagne (sur lequel nous allons revenir) prouve bien que le peuple ne se reconnait pas dans l’opposition « classique » des partis à l’intérieur du système politique institutionnel.

Il est donc nécessaire de dépasser cette impasse dans laquelle nous nous trouvons, en créant un vaste mouvement populaire en faveur d’une 6ème République dans l’optique de 2017 qui doit être, selon les mots de Jean-Luc Mélenchon : « non pas une élection mais une insurrection ».

Voilà pourquoi le Parti de Gauche abandonne sa direction bicéphale : son co-président (Jean-Luc Mélenchon) prenant la direction d’un grand rassemblement en faveur de la 6ème République tandis que sa co-présidente, Martine Billard, va elle s’occuper de l’International au sein du Parti. Il ne s’agit évidemment pas de jeter le bébé avec l’eau du bain : le PG, tout comme le FDG, sont des biens communs trop précieux pour être sabordés mais bien de les dépasser pour provoquer un sursaut citoyen et éviter le désastre qui s’annonce.

La direction du parti est pour l’instant assurée d’une manière collégiale, Eric Coquerel assurant les fonctions de coordinateur général du Parti. Au PG, contrairement à d’autres, nous n’oublions pas qu’un parti politique n’est qu’un outil au service du peuple et certainement pas une fin en soi pour prendre le pouvoir et finir par vendre son âme pour le garder. C’est la raison pour laquelle notre candidat en 2017, ce ne sera pas, pour reprendre ses mots : « Jean-Luc Mélenchon mais la 6ème République ».

Inigo Errejon, politologue et homme politique espagnol, directeur de la campagne européenne de PODEMOS. Photo iniciativadebate.org

Parmi les nombreux thèmes abordés durant des débats de haut niveau (écosocialisme, 6ème République, politique internationale, emploi, GMT…), le moment fort de ces RM restera pour moi, comme pour beaucoup de militants ayant assisté au débat, l’intervention du directeur de la campagne européenne de PODEMOS, Inigo Errejon, tant sur la forme (son talent oratoire) que sur le fond (l’analyse et la stratégie politique mise en place par ce mouvement). Pour résumer sommairement le « phénomène » PODEMOS, il s’agit d’un mouvement initié en Janvier 2014 par une dizaine d’universitaires et de politologues madrilènes ayant étudié à fond les processus électoraux gagnants, au premier rang desquels le bolivarisme.

Forts de cette capacité d’analyse, ils ont réussi le tour de force de transformer cette réflexion d’intellectuels engagés en mouvement de fond dans la société espagnole, obtenant un succès électoral fulgurant aux Européennes (5 députés) passant devant Izquierda Unida (l’équivalent du Front de Gauche en Espagne) et dépassant les 100.000 adhérents deux semaines seulement après l’ouverture des adhésions ! La stratégie mise en place tourne autour de 4 axes que j’emprunte à notre camarade François Ralle-Andreoli, Conseiller Consulaire en Espagne qui a organisé la venue de PODEMOS au RM (nous l’en remercions d’ailleurs chaleureusement) :

  • un programme sobre mais radical, condamnant les dérives de l’UE et la perte de souveraineté concédée par la caste PP/PSOE au profit des décideurs de Bruxelles ; dénonçant la corruption systémique et la collusion entre la caste et les grandes entreprises dont les conseils d’administrations regorgent d’anciens ministres du PP et du PSOE. Les syndicats majoritaires sont eux aussi d’une certaine façon dénoncés comme faisant partie du système.
  • l’invention de formes nouvelles d’implication citoyenne grâce aux outils informatiques, qui sont pour le moment bien canalisés par « l’équipe de travail », direction provisoire qui a été élue en juin par un vote en ligne ouvert auquel ont participé plus de 55.000 personnes.
  • une stratégie de communication permanente et innovante qui réussit à marquer l’agenda politique grâce à la figure médiatique de Pablo Iglesias et son courage dans l’affrontement avec les personnages les plus réactionnaires et retors qu’on lui propose en vis-à-vis sur les plateaux de télé.
  • la construction d’un récit performatif, d’une aventure à la première personne du pluriel, inspirée des processus latino-américains, extrêmement enthousiasmant (car il devient progressivement réalité) face au discours dominant austéritaire : l’idée que « nous pouvons changer les choses » réveille l’électorat de gauche endormi, mobilise les acteurs des marées post 15 M et conquiert y compris des positions à droite chez les déçus du PP ou d’UPyD. Comme une véritable boule de neige, Podemos se fait masse.

Conscient des nombreuses difficultés qui attendent ce mouvement, le discours d’Inigo Errejon a été d’une intelligence et d’une limpidité rares. Formé à l’école latino-américaine, il a participé au processus constituant en Bolivie notamment, il a développé avec brio leur analyse et leur stratégie. Devant l’impossibilité de résumer en quelques lignes son intervention, je vais simplement attirer l’attention sur un point particulièrement intéressant de son exposé, qui doit nous interroger fortement en tant que militant d’un parti d’opposition.

Interrogé par un participant au débat sur les liens entre PODEMOS et Izquierda Unida(IU), il a bien précisé que PODEMOS avait, à travers ses initiateurs et ses militants, des liens évidents avec IU aussi bien sur les plans idéologiques, politiques ou biographiques. Ce qui les différencie procède d’une analyse et donc d’une stratégie divergente sur la situation politique actuelle.

Pour PODEMOS, le système politique, institutionnel et économique espagnol traverse une crise majeure qui risque fort de le balayer. Lorsque cela se produit dans l’Histoire, les partis d’opposition « traditionnels », intégrés dans le champ politique institutionnel, sont eux aussi entrainés dans la chute.

Ce principe une fois posé, la stratégie est forcément opposée à celle d’IU, qui consiste à grandir par étapes, à travers les processus électoraux « classiques », en essayant de récupérer des voix chez les électeurs socialistes déçus et en ne s’adressant qu’à l’électorat de gauche. A l’inverse le mouvement PODEMOS, devant l’urgence de la situation, a décidé d’aller vite en s’adressant au peuple dans sa globalité, à travers une démarche horizontale et grâce aux nouvelles technologies, préférant au clivage droite/gauche celui de « ceux d’en haut contre ceux d’en bas ».

Remue Méninges du PG à Grenoble. Photo lepartidegauche.re

L’enjeu est de construire une alternative populaire et démocratique capable de s’organiser lorsque le système s’écroulera, pour ne pas laisser le champ libre à l’extrême droite. Il s’agit de construire un peuple « révolutionnaire », organisé et conscient, dans l’optique d’une assemblée constituante pour changer de régime.

Malgré les difficultés qu’une telle stratégie pose et les questionnements qu’elle ne manque pas de susciter, force est de reconnaître la pertinence de l’analyse et surtout la réussite de la stratégie dans le contexte espagnol.

Rien n’étant jamais complètement transposable d’un pays à un autre, l’adaptation d’une telle démarche en France, au regard des objectifs similaires que nous nous fixons, semble être indispensable pour sortir le Front de Gauche de l’ornière dans laquelle il se trouve actuellement. Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que le changement de stratégie et d’organisation impulsé au Remue-Méninges par le Parti de Gauche s’inspire de l’exemple espagnol, comme l’a laissé entendre Jean-Luc Mélenchon dans son discours de clôture.

Perceval Gaillard
Militant et porte-parole du Parti de Gauche à La Réunion

Hommage à Bruno Leprince

Bruno Leprince. Source jean-luc-melenchon.fr

C’est dans la peine et la tristesse que se sont ouvertes ces Remue-Méninges après l’annonce du décès brutal de notre camarade Bruno Leprince. Comme l’ensemble des camarades du parti à Grenoble et ailleurs, les militants réunionnais ont tenu à lui rendre hommage, n’oubliant pas l’immense service qu’il nous a rendu en éditant notre livre. C’est un être humain merveilleux qui nous quitte, en plus d’un formidable militant. Nous ne t’oublierons pas.

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