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A propos du RSTA...

Régler la précarité par la précarité ?

6 août 2013
Eric Alendroit
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Le temps est là où les Réunionnais ne doivent plus accepter l’inacceptable...



La grève de la faim est l’acte ultime par lequel une personne établit un rapport de force dans un combat pour résister ou lutter aux fins d’obtenir un résultat face à une situation qu’elle estime injuste, et surtout si toutes les voies de communication ont été utilisées et ont abouti à une impasse. C’est une forme de chantage public où l’individu (ou le groupe) qui l’entreprend est prêt à aller jusqu’à la mort.

Que Samuel Mouen, militant, un des premiers avec Jean-Pierre Técher et Georges Arhiman à avoir créé les associations de chômeurs dans les années 80, décide de se mettre en grève de la faim, c’est le choix d’un homme de conviction. Je respecte, salue et compatis.

Que cette grève de la faim vise à rétablir le RSTA est un acte politique qui m’engage – et, je crois, engage tout le peuple réunionnais. Et là, je pense que nous devons considérer le problème avec sérieux et examiner dans quelle situation se trouve le peuple réunionnais et vers quel devenir voulons-nous poursuivre.

Le RSTA est ni plus ni moins qu’une mesure d’insertion et participe au même titre que les contrats aidés et les défiscalisations à éloigner durablement le peuple réunionnais de ses capacités à engager le changement pour vivre d’une autre façon que dans le seul modèle : importation – distribution ou encore croissance – pouvoir d’achat – consommation.

Dans la position de quémandeurs

En rétablissant le RSTA voulons-nous persister à toujours faire un peu plus de la même chose, c’est-à-dire régler la précarité par la précarité ?

N’avons-nous pas confiance en nous-mêmes pour être autant dans la position de quémandeurs ?

N’avons-nous plus aucune ambition ?

Sommes-nous à ce point à terre, sans force, sans visibilité et vidés de toute capacité pour ne pouvoir penser notre futur en dehors des « mesurettes » qui nous plongent durablement dans l’assistanat ?

Notre crise politique est-elle si profonde pour que les dirigeants réunionnais tour à tour – de droite et de gauche – se retrouvent à offrir comme seule perspective ces mesures de précarité et ensuite à vouloir les institutionnaliser ? Une telle démarche ne fait que prolonger la précarité et donner l’illusion au pouvoir de maintenir la paix sociale telle que pensée par ce pouvoir.

Car, nous le savons, ni la représentation du travail ni les rapports sociaux et pas davantage le taux de chômage ne sont favorablement influencés par les contrats aidés, les défiscalisations, le RMI, le RSA et le RSTA.

40 ans de mesures d’insertion purement bureaucratiques

Bien au contraire, ces dispositifs participent à nous déresponsabiliser, à nous infantiliser et à toujours nous mettre dans la position de demandeur d’une égalité jamais questionnée dans la prise en compte des réalités et différences réunionnaises. Ces dispositifs participent tragiquement à réduire en paresse le patronat des dirigeants politiques et économiques. Nous avons cessé depuis déjà fort longtemps de nous battre. Ces dispositifs contribuent à acheter notre bonne conscience d’avoir fait quelque chose pour le peuple, à tuer notre élan créateur et, après 40 ans de mesures d’insertion purement bureaucratiques, à étouffer notre « empowerment » (processus d’autonomisation basé sur la prise de conscience et le développement du potentiel et des compétences de l’individu, au sein d’un système donné pour mieux agir sur la transformation de celui-ci).

Les derniers subsides d’un Etat déjà endetté

La situation réunionnaise est devenue complexe. Ceux que l’on voudrait aider en rejetant toutes ces mesures qui mènent dans l’impasse ne sont pas prêts pour une telle décision. Ils sont tellement habitués à tous ces mécanismes d’attente – demande – révolte – sanction – fausses négociations — mesurettes – qu’ils ne s’imaginent pas libres de trouver d’autres façons de faire. Ils ont été habitués à l’effacement de leur humanité singulière et ne se croient plus capables de se débrouiller. Ils ont été habitués à déléguer leur pouvoir de penser, de dire, de faire et d’agir. Ceux qui devraient porter l’impulsion du changement, guider le peuple et nourrir et accompagner les perspectives de changement en profondeur, se révèlent de plus en plus être une élite parasite qui confisque tous les pouvoirs, se délecte du clientélisme, des shows médiatiques et de comportements d’aventuriers incompétents.

Le temps est là où les Réunionnais ne doivent plus accepter l’inacceptable c’est-à-dire d’être traités par les dirigeants réunionnais comme des incapables, juste bons à percevoir les derniers subsides d’un Etat déjà endetté. Nous ne devrions plus accepter de vivre de la charité d’autrui tant que nous pouvons faire autrement. Sommes-nous capables de ce sursaut ? Sommes-nous capables et voulons-nous réellement retrousser nos manches et nous mettre au travail pour notre pays, La Réunion ?

Eric Alendroit
(Titre, illustration et intertitres : 7 Lames la Mer)

*auteur inconnu, parole populaire

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