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Nouvelle route du littoral

Régionales : le report qui pourrait changer la donne

8 mai 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Didier Robert pourrait reprendre la main à l’occasion d’un renvoi du scrutin régional, dont la Nouvelle route du littoral s’affirme d’ores et déjà comme l’enjeu central.

Photo IPR

Les scrutins régionaux et départementaux repoussés d’une année : il y a quelques mois, « 7 Lames la Mer » évoquait ce scénario, fort prévisible dès lors que l’agenda de la réforme des collectivités était, une fois encore, chamboulé. À la refonte des cantons — une petite révolution à l’échelle réunionnaise — devrait donc s’ajouter une transformation des Régions, annonçait le Premier ministre Manuel Valls, le 9 avril dernier.

C’est donc sans surprise que le Président de la République a évoqué, hier, la possibilité d’un report à 2016 des élections régionales et cantonales. Une annonce qui, si elle correspond à des modifications substantielle des territoires, coïncide aussi avec la prédiction, renouvelée par le Chef de l’État, d’un « retournement » favorable de la conjoncture économique.

« Retournement » qui, dans l’esprit de M. Hollande, devrait enrayer la descente aux enfers électorale du Parti socialiste, actuellement à la tête de la plupart des régions et des conseils départementaux.

Donner à la méthode Valls le temps d’une chance pour éviter une double déroute annoncée aux scrutins locaux : le calcul élyséen n’a pas échappé à l’opposition qui, dans la foulée des municipales, s’imaginait ravir régions et départements à la majorité aux commandes.

Hervé Morin note ainsi une « volonté d’éviter la débâcle », Jean-François Copé est « abasourdi » par ce qu’il nomme des « tripatouillages », Éric Coquerel (Parti de Gauche) pointe le discours d’un « Président de droite », Marine Le Pen dénonce une « réforme imposée ».

Furibarde dans l’Hexagone, l’UMP fait, à La Réunion, de gros efforts pour cacher sa joie. « La décision de M Hollande lui appartient, quant à moi, je travaille et je n’ai pas cessé de travailler », commente à la télévisions un Didier Robert tout sourire et remonté comme un coucou, tandis que ni Paul Vergès, ni Thierry Robert ne font mystère de leur dépit.

« Je travaille et n’ai jamais cessé de travailler » : tout le monde aura compris que par cette formule, le Président de la Région, qui ne dit jamais rien au hasard, ne vise pas tant son « bilan » général que le chantier de la Nouvelle route du Littoral.

Un grand ouvrage auquel Didier Robert entend faire la signature de son mandat — c’est à dire, dans sa vision, de ses mandats — mais que le travail d’opinion de ses opposants a d’ores et déjà placé au centre de la campagne électorale.

Encore fallait-il, pour que la stratégie paye, que l’image de la NLR dans la conscience collective demeure celle d’un projet fantomatique, bricolé à coups d’images « 3D », de dessins et de représentations, sans commencement de réalisation visible.

Photo IPR

C’est sans doute là l’une des leçons qu’ont retenu ceux qui espèrent déloger M. Robert de la pyramide inversée, à la suite de la campagne électorale de 2010 : on se souvient que le Président Paul Vergès, candidat à un troisième mandat, avait, selon ses propres termes, souhaité faire du scrutin régional un « referendum » portant sur le Tram-train et la Maison des civilisations (MCUR).

Or, ces deux projets-phares, pourtant prêts à être lancés après un interminable chemin de croix bureaucratique, ne pouvaient être identifiés par l’opinion commune à aucune réalisation concrète ; les Réunionnais n’ont donc pas voté « contre » les grands travaux, ceux-ci demeurant, au premier sens du terme, virtuels.

Nul doute que la précédente élection régionale aurait connu une issue bien différente si une première rame de chemin de fer, dans sa longue marche vers Saint-Joseph, avait déjà circulé entre Sainte-Marie et Saint-Denis, si les murs de la MCUR avaient été érigés au Cap Marianne.

Qui, alors, aurait « coulé bulletin » pour arracher les rails et abattre les murs de la Maison des civilisations ?

L’électeur, comme Saint-Thomas, ne croit que ce qu’il voit, et c’est bien pour cela que M. Robert multiplie les évènements, cérémonies et actes de communication visant à donner au chantier décrié une matérialité. Cette célérité est renforcée, depuis peu, par un appui de plus en plus prononcé de l’État : qu’on le veuille ou non, les paroles proférées par Mme Pau-Langevin sonnent bien comme un verdict : un retour en arrière n’est pas possible.

Reste que le citoyen, lui, pourrait bien ne pas avoir envie de voter pour un ouvrage dont, il n’a, à l’exception d’un tétrapode enrubanné, pas encore vu la couleur… d’autant que, la force de persuasion du populaire Thierry Robert tend à dévaluer la crédibilité d’un projet qui faisait jusque-là consensus.

Le délai, fort « serré », qui nous séparait jusque-là de l’échéance électorale avait de quoi donner des sueurs froides au patron de la pyramide inversée. L’éventualité d’un report, si elle venait à se concrétiser, pourrait bien rebattre les cartes en faveur de ce dernier.

Si, mettant à profit cette année supplémentaire et l’appui de l’Exécutif (qui ne semble guère d’humeur à désespérer les grandes entreprises du bâtiment qui oeuvreront au chantier), M. Robert parvenait à enclencher un chantier, si chacun pouvait voir s’affairer les centaines d’ouvriers au chômage, qui ont souvent suivi des formation spécialisées fléchées « NRL », si une construction commençait de braver les flots… alors, il fort est douteux que nos compatriotes feraient le choix de tout arrêter et de renvoyer zot kaz travailleurs et ingénieurs, laissant dans le paysage des traces d’un énième chantier abandonné.

Thierry robert, qui gère politique et business en famille, aurait pris soin, tout en s’opposant à la NRL, de positionner son frère sur les allotissements du futur chantier. C’est du moins ce qu’a affirmé, lors d’un débat, un contradicteur du député-maire de Saint-Leu. Celui-ci n’a visiblement pu qu’acquiescer du bout des lèvres, bottant en touche sur l’autonomie de son frère Pierrick vis-à-vis de lui.

A d’autres ! Si ce n’est toi, c’est donc ton frère, dit la fable et la citation est ici d’autant plus fort à propos que Thierry Robert a, dans un passé récent, affirmé sa volonté de gouverner la ville de Saint-Louis à travers son cadet, si d’aventure ce dernier venait à remporter les régionales.

Thierry Robert pourrait donc compenser sur le plan économique l’impact politique d’un véritable départ de chantier, susceptible de faire basculer l’opinion du côté NRL.

Didier Robert, qui a perdu son pari municipal au Tampon, joue son va-tout aux Régionales… et a tout à gagner au rallongement du calendrier souhaité par François Hollande.

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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