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Cuisine et identité...

Réconcilions-nous autour d’un cari requin !

24 août 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Aucun des 24 requins « prélevés » n’est porteur de la ciguatera, dont la présence présumée justifiait jusqu’alors l’interdiction de la pêche aux squales. L’occasion de répondre à la crise requin par une activité traditionnelle, qui remet l’homme réunionnais au centre de la gestion de son environnement.

« L’interdiction de pêcher le requin, suite aux arrêtés anti-ciguatera, a bien évidemment un impact lourd sur l’augmentation du nombre de requins », déclare un scientifique à « 7 Lames la Mer ». Cela, sans doute, allait sans dire, mais cela va encore mieux en le disant, même si notre source préfère ne pas être citée « pour ne pas ajouter encore à la confusion ambiante  ». Confusion : le mot est faible, pour qualifier l’incessant pataquès organisé autour de la « crise requin » depuis désormais plus de deux ans.

« Crimes contre mère-Nature »

A l’origine de tout ce boucan — sans mauvais jeu de mots — l’activisme de groupes aux effectifs extrêmement réduit, qui, au fond, ont en partage le sectarisme et l’agressivité.

D’un côté, ceux qui veulent d’une mer sans poissons, entièrement vouée à l’amusement, se proclament « Saigneurs des Mers » (sic) et rêvent probablement d’organiser quelque part dans notre île un Grind de squales — le Grind, cette abjecte cérémonie organisée chaque année dans les îles Féroé, au cours de laquelle des hommes massacrent des dauphins préalablement traqués à la barque à moteur et acculés dans le fond d’un fjord.

En face, des adeptes d’une écologie si radicale qu’elle souhaiterait évincer l’Homme de tous les espaces « naturels ». Une forme de mystique réactionnaire, qui conçoit au final l’être humain comme un parasite, et ne verrait pas d’un mauvais œil sa disparition quasi-complète — en « châtiment » des crimes contre mère-Nature, seuls celles et ceux qui « communient » avec leur environnement (comprendre : une poignée d’éco-warriors allumés) conservant le droit de vivre.

Trop belle diversion

Bref, l’arène du débat est occupée par des cinglés qui crient si fort qu’on en oublie que la plupart des usagers de la mer, à commencer par les surfeurs, sont des gens responsables ; que les associations recherchent une véritable solution au « problème requin » et se mobilisent, loin des caméras, pour protéger environnement ; que les écologistes conséquents, qui sont sont légion, ont une approche rationnelle et scientifique du problème.

Piétinements et braconnage

Nous sommes de notre côté, partisans d’une solution simple et, nous semble-t-il, de bon sens : permettre aux pêcheurs traditionnels, ainsi qu’aux artisans sérieux qui pratiquent la pêche au gros à des fins touristiques de manière raisonnée et responsable de se livrer à leur activité.

Dans ces conditions, la pêche est infiniment moins nuisible que le piétinement incessant des lagons et le retournement des rochers et coraux par les braconniers à la recherche de zourites et de bénitiers.

Nous demeurons convaincus que le Réunionnais est, comme on dit, « kapab » de gérer son environnement… et que les droits de la nature n’ont de valeur que s’ils renforcent les droits des Réunionnais. D’ailleurs, intégristes de la Nature et adeptes du Safari veulent, au fond, éjecter l’indigène de son environnement.

Dann feuille banane

Les 24 requins pêchés — cela fait un « ta la viande » — seraient exempts de ciguatoxines... donc consommables. Voilà qui, nous semble-t-il, plaide puissamment pour un retour à une pêche raisonnée, loyale et limitée aux besoins du marché réunionnais.

Le cari partagé — c’est aussi le titre d’un beau livre d’anthropologie réunionnaise — pourrait être le lieu de ces retrouvailles ; car même si le Créole aura toujours un faible pour son rougay saucisse, son boukané et son cari volaille, le requin a toute sa place sur nos tables... et cela ne date pas d’hier. En cari ou, mieux encore, en massalé, le squale réjouit les papilles.

On recommandera, en accompagnement, une sauce citron vert bien pimentée, ou, pour ceux qui peuvent se procurer ce fruit désormais presque oublié, un rougay bilimbi, avec oignons coupés très fins et piment vert.

A savourer avec la main, sur une grande table couverte de feuille-banane…

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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