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33 ans...

Ravine des Lataniers : « j’ai déjà donné ! »

30 avril 2016
7 Lames la Mer
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Il est désormais admis que les premiers habitants se sont établis à Saint-Paul en 1663, ce qui fait de cette ville le berceau du peuplement réunionnais. Mais il est un autre site historique et riche sur le plan archéologique qui a marqué l’histoire de notre jeune île depuis plus longtemps encore : la Possession et sa ravine des Lataniers.

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Photo prise en 1983 : le site de la ravine des Lataniers est alors exploité comme carrière pour construite le nouveau port. (Photo : "actualités réunionnaises").

C’est ici que tout a commencé... À la Possession. C’est là que Salomon Goubert, fils du capitaine de la flûte « Saint-Alexis », prend possession de l’île en juin 1638, en apposant les armes du roi de France sur un arbre.

C’est ici que tout a commencé... À la Possession. En novembre 1649, se déroule une autre prise de possession — la troisième — de l’île par le capitaine Roger Lebourg agissant au nom d’Étienne de Flacourt : l’île est alors baptisée Bourbon et le lieu du débarquement prend le nom de « La Possession du Roy » en l’honneur du Roi de France.

Notre île n’est pas extensible malgré les soubresauts du volcan. Il nous faut donc l’aménager tout en la ménageant. La respecter. Apprendre de son histoire. Préserver ce que la nature et les premiers habitants nous a laissé en héritage. Du moins ce qu’il en reste.

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Service de batelage à la Possession. On aperçoit au loin le Cap Bernard et à droite le petit pont qui enjambe la ravine des Lataniers. Lithographie d’Antoine Roussin.

La Ravine des Lataniers, comme beaucoup d’autres sites sur l’île, présente des caractéristiques uniques tant du point des vue des paysages que des espèces qu’elle abrite : faune, flore. À la magie de la nature, sont venues s’ajouter les empreintes laissées par ceux qui les premiers contribuèrent au peuplement de l’île.

Le 8 février 1699, le gouverneur Jacques de La Cour de la Solais accorde la première concession de terrain au lieu dit « La Possession » à un dénommé Emmanuel Texer de Mota [1] (nom qui se déformera pour devenir Técher). De père portugais et de mère indienne [2], Emmanuel Texer de Mota obtient ainsi une « une place nommée la possetion, comprenant la ravine de la Possetion et la ravine des Lataniers, jusqu’à la ravine Marquet (...) bornée de la dite ravine à Marquet d’un cotté (...), de l’autre cotté, haut et bas entre les deux dittes ravines de Malheur et de Marquet »...

« Son exploitation s’étend (...) du bord de l’océan au sommet des montagnes. Técher défriche et met en valeur ses terres. En 1709, il récolte 400 livres de blé, 500 livres de riz, 500 livres de mil, divers légumes. Il possède diverses volailles. Tout ceci est suffisant pour subvenir aux besoins de la famille, sa femme Anne Nativel, ses 5 garçons et 5 filles et ses 4 esclaves dont 2 enfants ».

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Selon « L’épopée des cinq cent premiers Réunionnais » de Jules Bénard et Bernard Monge [3], Emmanuel Texer de Mota y tenait une sorte d’auberge ou s’arrêtaient les gens qui débarquaient de Saint-Denis en chaloupe et continuaient leur route à pied vers Saint-Paul.

Le site, comme bien d’autres est proprement idyllique si l’on se réfère notament à Flacourt lui-même qui déclarait à propos de l’île en 1649 : « Elle est la plus saine et la plus belle du monde, arrosée de rivières et d’étangs dans lesquels les poissons abondent, remplie de beaux bois de toutes sortes ; les cabris, les cochons, les tortues de mer et de terre, les ramiers, les tourterelles, les perroquets les plus beaux et d’autres oiseaux de diverses espèces y fourmillent. La terre y est très fertile et grasse. L’air y est très sain, et quoi qu’il y doive être très chaud, il y est tempéré par des vents frais qui viennent le jour de la mer et la nuit de la montagne. Les eaux y sont pures et excellentes. Ce serait avec juste raison que l’on pourrait appeler cette île un Paradis terrestre ».

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Exploitation en 1983 de la ravine des Lataniers.

En 1860, une entreprise de diligence et de batelage s’installe à l’embouchure de la ravine des Lataniers. Quatre ans plus tard, des voyageurs font référence à la ravine des lataniers dans leur récit. « En arrivant à La Possession, nous allâmes de suite chez ce Monsieur de Fondaumière, qui habitait une gentille maison de campagne au milieu d’un vaste champ planté de cannes à sucre, près des bords de la ravine des Lataniers » [4].

Au début des années 80, le « paradis » décrit par Flacourt portait depuis longtemps déjà les stigmates — dont certaines irréversibles — des activités humaines.

Dans la marche en avant pour le développement (on ne parlait pas encore de développement durable), le grand chantier alors à l’ordre du jour était le creusement du nouveau port de la Pointe des Galets en baie de la Possession.

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1983 : carrière des Lataniers. (Photo : "actualités réunionnaises").

À l’époque déjà, le choix avait été porté sur le site de la ravine des Lataniers pour procéder à l’extraction des matériaux indispensables au chantier. Les traces de l’agression sont aujourd’hui toujours visibles sur ce site meurtri : 600.000 tonnes d’enrochement ont été extraites pour la construction des digues de protection du chenal du nouveau port.

Ce lieu historique et naturel de la ravine des Lataniers est défiguré. Laissons la nature balafrée reprendre ses droits...

Or 33 ans plus tard, c’est encore sur le site de la ravine des Lataniers que l’on envisage sérieusement de faire de nouvelles extractions, cette fois-ci pour les besoins de la Nouvelle route du Littoral.

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Notes

[1ou Téxere, Téxeira de Motte

[2D’autres sources avancent que ses parents sont nés au Portugal.

[3Azalées Éditions, 1994.

[4Texte extrait d’un récit édité en 1868, intitulé « Recherches sur la faune de Madagascar et de ses dépendances », d’après les découvertes de François P. L. Pollen et de D. C. Van Dam.

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