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C.MAC écrit à "7 Lames la Mer"

Qui veut la peau de La Réunion ?

13 décembre 2013
C.MAC
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C’est par cette question quelque peu énigmatique que nous pourrions résumer les interrogations soulevées dans l’article de Geoffroy Géraud Legros et le courrier des lecteurs de Daniella Latchimy, publiés sur le site média des réalités émergentes 7lameslamer.net et Le Quotidien.

Ils nous demandent de préciser certains points suite aux interrogations que n’a pas manqué de soulever notre participation à la manifestation du dimanche 8 décembre 2013, « Rend a nou la mer, rend a nou La Réunion  ». Dans le cadre d’un débat public touchant à un sujet relatif à notre île, il est légitime que chacun puisse faire part de sa propre analyse de la situation, exprimer ses idées, les confronter à celles des autres, poser des questions afin de nourrir le débat, cela est un principe élémentaire dans toute démocratie. Nous y posons pour notre part une limite, nous ne débattons pas avec des gens qui se placent confortablement dans l’anonymat d’un site internet ou d’un pseudo tout aussi anonyme sur les réseaux sociaux. Nous avons du mal à échanger publiquement avec les invisibles, c’est un peu comme parler dans le vide.

Face à la carence de nos élus qui ont entre autres la charge d’animer le débat public réunionnais (c’est aussi pour cela qu’ils ont des indemnités), la société civile y pallie bénévolement et s’empare heureusement des sujets sur lesquels elle s’interroge légitimement dans une île avec des problèmes identitaires, culturels, sociétaux, sociaux, économiques et environnementaux.

La Réunion est au bord de la crise de nerfs, et nos élus regardent ailleurs ou presque. Dans le contexte dans lequel se trouve La Réunion, agiter des épouvantails malsains, attise les haines et maintient les divisions. La manifestation du 8 décembre, en cette période électorale, tombait à pic pour les pyromanes. Nous ne reviendrons pas sur les polémiques au cœur desquelles nous avons été placés, nous nous en sommes officiellement expliqués dans plusieurs articles publiés sur notre page non moins officielle d’un célèbre réseau social.

Photo IPR.

En écho prémonitoire au titre de l’article de Geoffroy Géraud Legros, mais en réponse aussi à Daniella Latchimy, nous avons dit au cours de notre discours du 8 décembre, « La Nature ne nous appartient pas, c’est nous tous, et chaque espèce, qui lui appartenons. Rend a nou la mer, rend a nou La Réunion cela ne signifie rien. Un parc national ou une réserve marine comme nous en avons ici à La Réunion, ça ne protège de rien et surtout pas de notre cupidité collective. Nous avons rompu, depuis longtemps déjà, l’équilibre naturel et nous ne faisons que coller un pansement sur une jambe de bois. »

Notre place a toujours été et sera toujours avec toute la population dans le cadre d’un combat pour le maintien des activités au cœur de La Réunion. Il n’est pas inutile de rappeler pour ceux qui l’auraient oublié que par « activités », nous entendons toutes activités exercées dans un cadre professionnel mais aussi toutes activités humaines dirigées vers une finalité plus personnelle (changement d’air, picnic, bivouac, loisirs, chasse, pêche…). Il faut aussi garder à l’esprit que les activités professionnelles que nous promouvons sont celles uniquement à caractère traditionnel, c’est-à-dire respectueuses avant tout de la Nature et des Hommes.

Qu’il s’agisse de l’agriculture ou de la pêche intensives, il n’a jamais été question — et il ne sera jamais question — que nous soutenions, ni de laisser croire que nous apportons notre soutien à leurs intérêts, ceci du fait de la nocivité de leurs activités, tant pour notre santé que pour l’environnement. A ce propos a-t-on pensé à demander à Yann de Prince si sa présence à nos côtés pouvait être interprétée comme son adhésion à nos positions ?? Non, personne ! Nous posons alors la question et lui posons la question.

Nous disons non, bien entendu à cette agriculture intensive, détruisant durablement la fertilité des sols et qui s’exerce sur 99% des surfaces agricoles de l’île. A l’exception, pour ce qui concerne l’élevage, de celui s’exerçant encore dans le fond de la Rivière de l’Est et qui est l’unique élevage traditionnel professionnel à n’utiliser aucun intrant ni pesticide. Élevage que le parc national veut supprimer. Mais attention, si nous disons non c’est à ce systéme, et non pas aux agriculteurs au prise avec ce système d’exploitation.

Cette agriculture intensive et monopolisée au sein de coopératives détenues par quelques actionnaires, non contente de pas assurer l’autosuffisance alimentaire de La Réunion, détruit par ailleurs les récifs coralliens du fait de l’écoulement de ses produits chimiques. Les seuls boucs émissaires faciles qui aient été trouvés, par la réserve marine, pour expliquer le phénomène de l’amenuisement du corail, sont les pêcheurs traditionnels. Ti pêcheurs qui ne peuvent plus au demeurant exercer leur activité du fait de réglementations complexes.

Si nous voulons continuer à parler de la mer, pourquoi ne parlerions-nous pas plutôt de la pêche intensive qui a lieu dans les eaux territoriales, autour de La Réunion, bien loin de la réserve marine, et de ces gros patrons pêcheurs « qui n’alimentent que les restos » ? Avec leurs gros chalutiers, ces pêcheries industrielles, qui repèrent les bancs avec sonar perfectionné et autres moyens satellites, lâchent des filets de 150 km en eaux très profondes. Non, nous ne croyons pas que ces entreprises étaient présentes ce dimanche 8 août à nos côtés, trop soulagées qu’elles sont que les attaques de requins détournent l’attention de leurs activités si peu écologiques mais à haut rendement financier.

Le parc national et la réserve nationale marine de La Réunion ne font que procurer à l’opinion publique l’apparence d’une nature protégée et soulagent les consciences d’un mode de vie polluant. Face aux lobbies de l’agriculture et de la pêche intensives, ces deux administrations ne sont que les alibis de ceux qui détruisent allégrement la nature. Stigmatisant ainsi les ti planteurs et ti pêcheurs, qui par leurs activités de subsistance ne faisaient que nourrir leurs familles et sont devenus des criminels, par la grâce de ces deux organismes initiés par nos élus locaux.

Dans ce système de prédation où s’inscrit historiquement l’île, qui n’a toujours été qu’un comptoir d’approvisionnement sur les routes maritimes, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Non contents de détourner les regards, les parcs nationaux et les réserves marines de la planète — donc les nôtres aussi — sont au cœur d’un système de financiarisation de l’environnement, décidé dans les beaux salons feutrés de l’ONU à New-York, de l’Unesco à Paris ou de la Commission européenne à Bruxelles.

A travers nombres de conférences internationales — où se retrouvent, en dehors de tout contrôle démocratique direct, tout le gratin que comptent la finance, les multinationales, les états, et les ONG de protection de l’environnement — les grands de ce monde sont en train de donner une valeur monétaire à ce qui jusqu’à présent n’avait pas de prix : la biodiversité et les services qu’elle rend, sous couvert de leur protection. Qui dit service dit chose dans le commerce au titre des accords généraux sur le commerce et service adoptés dans le cadre des accords de Marrakech.

Déjà en 1997, Robert Costanza, dans la revue « Nature » (une étude, une bible pour la finance) estimait la biodiversité et ses services à 33.000 milliards $, soit le double de la valeur mondiale brute produite cette année-là. En 2010, Julia Marton-Lefèvre, directrice de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature, ONG qui a examiné la candidature de La Réunion au patrimoine mondial), a présenté l’étude « TEEB for business » pour faire un appel du pied aux transnationales. Le rapport promet aux entreprises près de 1.100 milliards $ de profits supplémentaires en 2050, grâce la biodiversité. Les marchés financiers seront désormais les nouveaux chevaliers verts de la nature.

Le ministère de l’écologie s’active, il faut faire vite à présent car c’est connu : le temps c’est de l’argent. D’ailleurs La Réunion est la référence retenue pour l’Outre-mer dans le cadre de cette évaluation comme indiqué en page 2 d’un rapport du ministère de l’écologie.

A ce propos, qui est Pareto dont la boite à lettres locale est l’agence pour la recherche et la valorisation marine (ARVAM), et dans laquelle on retrouve tous les acteurs en blouse blanche, nos chers scientifiques, et autres administrations impliquées dans le parc national et la réserve nationale marine de La Réunion ? Il est fortement question de biotechnologie et de biologie de synthèse, nos apprentis sorciers ont un terrain de jeux : La Réunion. La biologie de synthèse c’est quoi ? La réponse par ici. Les stocks de nodules polymétalliques, c’est quoi et c’est où ?

Pourquoi des banques ont-elles été les partenaires si actifs et si médiatiques du soutien de la candidature de La Réunion au patrimoine mondial ?

A Geoffroy Géraud Legros, Daniella Latchimy, et à tous les autres : à côté, le Cmac et les intérêts de ceux qu’il défend ne sont que menue monnaie, à moins que nous ne nous organisions pour résister, en dépassant les vieux clivages que ce mouvement de financiarisation rend obsolètes mais qui raviveront davantage les inégalités actuelles. Le Cmac dérange ces gens : nous alertons et nous tentons de braquer les projecteurs sur cette délinquance en col blanc.

Bienvenue dans La Réunion du 21ème siècle.

C.MAC
Collectif pour le maintien des activités au coeur de La Réunion

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