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Fonnkèr de Prosper Ève (2)

« Qui est Réunionnais ? »... la suite

23 juin 2016
Prosper Ève
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Une nouvelle fois... méfiez-vous comme de la peste, de ceux qui vous jettent au visage : « Qui est Réunionnais ? ».

By David Osagie.

Peuple réunionnais,

Ce texte a été rédigé en trois temps. Le premier a été celui de l’encaissement. Que de fois cette question déroutante a-t-elle été balancée sans tenir compte de son effet dévastateur sur ses récepteurs le plus souvent fragiles ! Comme personne n’a osé panser les plaies ouvertes, après une ultime estocade, un premier jet a été soumis au lectorat, sous forme de mise en garde.

Arrive alors le deuxième temps, celui de la réponse personnelle à la question, à la demande formulée par deux personnes n’ayant aucun lien entre elles, un journaliste et un jeune. Tout texte exige une lecture au second niveau. Celui-ci ne peut échapper à la règle. Comme ce cri d’amour envers l’île et les Réunionnais, comme cet appel à la raison en direction de ceux qui posent cette question indécente et diviseuse a été mal interprétée par quelques « gros zabos », une suite a été rendue nécessaire dans un troisième temps.

"Punition de deux femmes noires esclaves", by John Gabriel Stedman, 1811.

Peuple réunionnais,

Méfiez-vous comme de la peste,
De ceux qui vous jettent au visage
Avec un brin de suffisance :
« Qui est Réunionnais ? »

Ne vous bercez plus d’illusions,
Le temps des dodolaminettes doit prendre fin,
Parce les sat marron sont toujours là pour vous souké.

La vérité n’ayant qu’une seule couleur,
Accouchons-la
Sans peur,
Des mensonges qu’ils savent proférer,
Sans peur,
Des coups de poing et de bâton qu’ils savent distribuer,
Par garde-du-corps interposé
Ou nervi bien rémunéré,
Sans peur,
Des coups de pistolet qu’ils savent tirer
Ou faire tirer
En maquillant les indices,
Pour qu’un non-lieu soit prononcé.

"Fête créole", by Laurent Casimir.

Peuple réunionnais,

Méfiez-vous comme de la peste,
De ceux qui vous jettent au visage
Avec un brin de suffisance :
« Qui est Réunionnais ? »

Vous êtes là en face
D’experts qui ont érigé le mensonge en vertu,
De monuments d’intolérance,
De dominants abjects et méprisants,
De vils tyrans.

S’ils se permettent cette outrecuidance,
C’est parce qu’ils ne sont pas Réunionnais,
Mais en manipulateurs forcenés,
Ils ont l’habitude de se faire passer
Pour les excellents qu’ils ne sont pas,
Et ils veulent vous donner mauvaise conscience.

Pour eux,
Vous n’êtes rien,
Vous n’avez aucun titre,
Même pas celui d’indigène,
Puisque l’île n’en a pas
Au moment de sa colonisation définitive.

Street art, Baton Rouge, Louisiana, by Seth Globepainter

Comme ils avancent drapés dans le manteau de Marianne,
Bonnet phrygien sur le crâne,
Les textes de toutes les constitutions entre les mains,
Ils veulent vous faire admettre,
Non pas qu’ils ont autant de droits que vous,
Non au grand jamais, non.
Car ils sont intimement convaincus,
Qu’ils sont à La Réunion chez eux,
Que cette île est à eux,
Qu’ils ont des droits,
Qu’ils ont tous les droits,
Et que vous êtes nés pour ramper
Devant les exogènes qu’ils sont.

D’ailleurs ils tiennent qu’à leur arrivée
Les bons parmi vous,
Les Figaro majoritaires,
Leur réservent l’accueil qui sied à leur majesté.
Car ils sont les meilleurs,
Car ils sont les porteurs de la civilisation.

Ces Figaro doivent dérouler devant eux
Des tapis brodés or,
Avancer vases d’albâtre en mains
Pour verser sur leurs pieds les parfums les plus rares,
Parer leurs corps des vêtements de lin blanc,
En vrais Mardochée,
Orner leur cou de colliers
De fleurs multicolores et odorantes,
Ceindre leur front d’une couronne d’or
Et d’un diadème de lin écarlate,
Brûler des tonnes d’encens pour purifier leur air,
Lâcher des colombes,
Faire sonner l’ancive, le cor et la trompette,
Placer devant eux des plateaux
Remplis d’assiettes de foies de tortue rôties,
De coupes de muscat.
Demander à leurs filles de se contorsionner devant eux.

Par définition, le seul droit que vous avez,
Est de leur faire place nette,
Car ils sont adeptes du
« Bandes d’abrutis, poussez-vous que je m’y mette ! »

By David Alfaro Siqueiros

Peuple réunionnais,

Méfiez-vous comme de la peste,
De ceux qui vous jettent au visage :
« Qui est Réunionnais ? »
Car ils se foutent de votre Histoire.
Ils se foutent de vos aînés.

D’abord, des Blancs,
Va-nu-pieds issus du Tiers-Etat,
Victimes de la crise d’Ancien Régime,
Exilés sans espoir de retour,
Qui ont dû s’adapter coûte que coûte
À leurs nouvelles conditions de vie,
Dans cet espace tropical.

Ensuite, des Noirs,
Forcés ou munis d’un contrat,
Arrachés à leur terre natale
Pour arroser celle-ci
De leurs souffrances,
De leurs cris,
De leurs lamentations
De leurs pleurs,
De leur sang.

By Miguel Alfaro

Enfin des métis nés dans l’île,
Des Créoles, nom sacré,
Qui n’ont d’autre horizon
Que l’île qui les a vus naître
Et qui n’ont cessé d’être créatifs
Par amour de leur pays natal.

Cette vieille histoire tissée pendant deux siècles
N’a aucun prix pour eux.
Cette histoire-là ne vous accorde aucun mérite.
Ils sont les derniers débarqués,
Dans cette terre considérée par eux
Comme le lieu de recyclage de leurs fayfay,
Selon le principe bien connu
« Trop faible pour la France
Trop fort pour La Réunion
 »,
Mais ils sont plus Réunionnais que vous,
Ils sont plus que vous.

Car vous êtes nés pour avancer tête baissée.
Vous êtes nés pour vous taire.
Vous êtes nés pour occuper les postes non rémunérés,
Ou mal rémunérés.

"Sugar cane", by Diego Rivera

Ils vous condamnent à être des assistés
Et vous reprochent en même temps
Avec un cynisme inégalé
D’être des assistés,
Des danseuses de la République.

Comme ils sont ici en terrain conquis,
Si ici, ils ont joui d’un bonheur particulier,
Alors là, leurs droits sont centuplés.
Ils ne jurent que par leurs attache-bidon.

Peuple réunionnais,

Méfiez-vous comme de la peste,
De ceux qui vous jettent au visage :
« Qui est Réunionnais ? »

Vous êtes là à la pire des adresses.
Vous n’avez droit qu’à leurs miettes
Jetées par terre comme à des chiens.

Peuple réunionnais,

Si vous ne devez rien avoir,
Eux, ils sont là pour rafler toute la mise,
Et investir dans leur pays natal.
Ils sont là,
Pour boire la dernière goutte
De sève de cette terre.

Peuple réunionnais,

"La protesta", by David Alfaro Siqueiros

L’Histoire ne se renouvelle pas.
Elle se décline sur le même tempo,
Pour les colonialistes d’hier
Et les néo-colonialistes d’aujourd’hui.

Peuple réunionnais,

Méfiez-vous comme de la peste,
De ceux qui vous jettent au visage :
« Qui est Réunionnais ? »

Bien sûr, comme toute question,
Celle-ci mérite une réponse.
Disons-le franchement,
Au risque de décevoir les nantis,
Adorateurs de Mammon,
Ce n’est pas une affaire de gros sous,
De capacités d’investissement.
Sinon qu’adviendrait-il du pauvre ?

Le Réunionnais est celui qui perçoit
Et vit l’appel de l’île,
Celui qui par amour profond,
De cette terre généreuse
Et d’harmonie,
Assure là où il est, son renom,
La porte aux nues,
À l’instar d’Edmond devenu Albius.

Le piton d’Anchaing (photo : Jean-Marc Astesana).

Le Réunionnais est un P’ti Jean,
Adepte de la philosophie du détour.
Il est animé par le feu de la transcendance.
Il a pour guide Anchaing,
Le modèle des Polonais en exil.

Il boit fièrement à la coupe
Remplie du nectar culturel des esclaves.
Il n’est pas dans l’île pour un avantage précis,
Il ne verse pas dans le communautarisme,
Il n’accapare pas le Dodo mauricien,
Pour s’inventer un nouveau veau d’or.
Il s’en tient à son Solitaire.

Il s’abstient de rabaisser
Un fils de cette terre
Et il impose le silence à celui qui ose le faire.
Il refuse de faire suivre le verbe tirer
De substantifs haineux :
Tire ton putu,
Tire ta croix,
Tire ton voile
Tire …,
Tire…

Le Réunionnais est celui qui sait
Qu’il vient de loin,
D’un long temps d’intolérance,
Qu’il s’est construit dans la souffrance.
Dès lors, il accepte l’Autre et le mélange.

"Dodo", By Malcolm de Chazal (Mauritius)

Il accepte l’Histoire de son île,
Faite d’ombres et de lumières.
Il ne se laisse pas duper par les exogènes
Portant le fardeau de l’Homme blanc,
Qui se délectent à écrire l’Histoire
Sur le mode déploratoire,
Pour se donner bonne conscience.

Car cet art n’a guère besoin d’enluminures,
Les faits sont têtus,
Ils se suffisent en eux-mêmes.

Pour discréditer, décourager
Et clouer au pilori,
Les historiens endogènes
Ils sont les premiers à les accuser
De nombrilistes,
De manque d’ouverture,
De parti pris.

Peuple réunionnais

Méfiez-vous comme de la peste,
De ceux qui vous jettent au visage :
« Qui est Réunionnais ? »

Ah ! Qui oserait formuler
Une telle question sous les autres cieux !
« Qui est Français ? » ne s’admet pas en France.

"The lovers", by Magritte

Il en est de même
De « qui est Colombien en Colombie ? »
De « qui est Espagnol en Espagne ? »
De « qui est Brésilien au Brésil ? »
De « qui est Cubain à Cuba ? »
De « qui est Malgache à Madagascar ? »
De « qui est Mauricien à Maurice ? »
De « qui est Mahorais à Mayotte ? »

Seul le Réunionnais peut être réduit au néant.

Pour cette dernière bonne raison :

Peuple réunionnais,

Méfiez-vous comme de la peste,
Des politiciens démagogues
Et des intellectuels de pacotille
Qui vous jettent au visage :
« Qui est Réunionnais ? »

Peuple réunionnais

Méfiez-vous
Des « gros zozos » qui après avoir lu ce texte
Du haut de leur piédestal
Refusent de comprendre
Cette leçon d’amour de l’Autre.

Prosper Ève

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