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La Réunion de tous les mystères (1)

Quand les morts disaient la messe (1)

2 novembre 2016
Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros
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« Deux ou trois mois avant Noël, prenez garde aux âmes perdues qui vous guettent », prévenait Emmeline Payet-Coupama dans son ouvrage « Six hèrs le soir » (Six heures le soir). Quelques conseils... et quelques zistoir Grand Diab.

Par Bestarns.

Ravine à Malheur, Bassin du Diable, Pointe du Diable, Piton Calvaire, Cap Méchant, Bras Mort, îlet Solitude, Bras Pistolet, îlet à Diable, Église Requins, La Veuve, Chemin Diable, Crève-Coeur, Épuisement, îlet à Malheur, Coeur Saignant, Chemin Boeuf Mort, cap des Sorciers...

La toponymie de la terre réunionnaise regorge de noms qui en disent long sur l’histoire de l’île et sur les légendes qui peuplent l’imaginaire créole.

Dans la mythologie réunionnaise, la période des avents [1], est particulièrement propice à la manifestation de phénomènes étranges qui aliment les superstitions.

Ainsi apprend-on dans le livre de la regrettée Emmeline Payet-Coupama que « si un chat sauvage vous apparaît tout noir et vous coupe le chemin, il faut vite reculer de trois pas et faire un signe de croix ».

« 7 Lames la Mer » vous invite à plonger dans ce monde mystérieux où se mêlent légendes, superstitions, faits réels et imaginaire créole. Un monde dominé par la figure charismatique de Granmèrkal.

À suivre...

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros

Chapelle par Bestarns.

Décembre 1794 : un maire veut détruire une église dans le Nord-Est de l’île. Il se plaint que l’édifice religieux est hanté la nuit par des morts...

« Je reçois continuellement des plaintes des gardiens, non contre les vivants mais contre les morts qui viennent toutes les nuits dire la messe et faire chanter les images des saints ».

La vierge au parasol, épargnée par les laves... à l’époque de M. Leroux, mais depuis déplacée à plusieurs reprises, et même vandalisée (décapitée puis restaurée). Photo : J-M. Astesana (2005)

M. Leroux est propriétaire terrien et planteur de vanille à Bois Blanc. Un jour, il entend une forte déflagration. « BOUM ». Volcan la pété. De peur que les coulées de lave ne détruisent ses plantation, il va jusqu’à Saint-Denis en charrette-boeufs. Objectif : ramener une statue de la Vierge pour protéger ses cultures.

Quatre jours plus tard, il est de retour avec sa Vierge. Sur un promontoire carré qu’il a construit, il fixe la fameuse Vierge.

« S’il brûle ma vanille, il brûle la vierge ». Mais le volcan ne l’écoute pas : la lave envahit les plantations de vanille de M. Leroux, progresse en fleuve incandescent vers la Vierge et la contourne, se séparant en deux bras qui épargnent la statue.

L’église de Sainte-Rose, avec la coulée du lave qui a pénétré par les portes et s’est arrêtée à quelques mètres de l’autel. Photo de J. Barre, extraite de "Magie et sorcellerie à La Réunion", de Robert Chaudenson avec la participation de Christian Barat et Michel Carayol (1983).

Ce phénomène rappelle un épisode plus récent : lors de l’éruption de 1977, la coulée de magma en fusion se dirige vers la petite église de Piton Sainte-Rose. Elle encercle l’édifice religieux, pénètre par la porte et s’éteint sur place, à quelques mètres de l’autel.

« Il faut croire que le Bon Dieu est plus fort que le volcan, déclare un témoin de l’époque. Le volcan, on dit que c’est l’enfer, parce que, comme nous le disaient les anciens, il y a Mme Desbassayns là-haut ».

Google earth

De nombreuses légendes peuplent la « Ravine à Malheur ». En voici deux exemples... La mémoire populaire rapporte qu’un jour, un chef esclave a tué sa maîtresse par jalousie. Puis, il s’est lui-même suicidé en se jetant du haut de la falaise de la « Ravine à Malheur ».

Si vous passez par la « Ravine à Malheur » après 18h, vous risquez bien de croiser son gniang’ [2] et celui de sa maîtresse, errant en haut du précipice. Armez-vous de gris-gris pour vous protéger, conseille la sagesse populaire.

Alice Pévérelly

La « Ravine à Malheur » a été le théâtre de bien des accidents et notamment celui du 5 avril 1960. Alice Pévérelly, 37 ans, syndicaliste, membre de l’UFF (Union des femmes françaises) et de l’UFR [3], co-fondatrice du PCR [4] et co-directrice du journal Témoignages, trouve la mort à la « Ravine à Malheur » ce 5 avril 1960. La voiture qu’elle conduit bascule dans le précipice et s’écrase 200 mètres plus bas.

La légende prétend qu’Alice Pévérelly était enceinte lorsqu’elle est morte dans ce terrible accident mais elle ne précise pas le nom du père présumé.

Longtemps après cette tragédie, il se trouvait encore des Réunionnais refusant d’emprunter cet itinéraire routier la nuit, de peur de rencontrer le fantôme d’Alice.

La "Chapelle Pointue" de Mme Desbassayns. Photo Thierry Caro.

À sa mort, « d’après ce que l’on raconte », Mme Desbassayns a été enterrée sous l’autel de son église, à Saint-Gilles Les Hauts, dans la « Chapelle Pointue ». Mais certains prétendent qu’un gros orage, intervenu peu après sa mort, l’a fait disparaître !

Il a suffi d’un seul éclair pour la faire sortir par la pointe du clocher de la « Chapelle Pointue ». L’éclair a d’ailleurs brisé la dalle qui refermait le tombeau.

« Mes vieux grands-parents disaient que quand on s’est approché du cercueil, il était ouvert et vide ! », se souvient un Réunionnais.

La légende affirme que Mme Desbassayns a été « transportée » jusqu’au volcan qui désormais « pue le diable ».

Ombline Panon Desbassayns à gauche, née le 3 juillet 1755 à Saint-Paul et morte le 4 février 1846, à 90 ans, grande propriétaire terrienne et figure controversée de l’esclavage. A droite, le marbre brisé par l’éclair dans la "Chapelle Pointue" (travelssmart).

Ruines (extrait) par abyss1956.

Dans les années 70, sur la route de la Montagne, quelques tournants après le coeur du village, aux environs du 8ème kilomètre, on pouvait apercevoir sur la droite en montant, en contrebas du chemin, quelques madriers calcinés encore dressés vers le ciel au milieu des mauvaises herbes.

Les anciens prétendaient que c’était les vestiges d’un vieil hôtel que tout le monde appelait « L’hôtel la Peau Boudin ». Etait-ce la couleur de peau de son propriétaire qui était ainsi dénigrée ?

Toujours est-il que l’on prenait la précaution de traverser la route pour marcher de l’autre côté du chemin et ainsi ne pas passer trop près des ruines, de peur d’être souqué par le fantôme qui hantait « L’hôtel la Peau Boudin ».

Google earth

C’est l’histoire d’une petite fille de 8 ans, un peu solitaire, qui aime jouer dans la ravine. Non loin de la case familiale, se trouve une clairière. C’est en général de là qu’elle se lance, avec pour seuls compagnons ses fidèles chiens, dans de passionnantes explorations de la nature environnante et encore intacte.

Sur le côté droit de la clairière, un rocher se dresse, arrivé là on ne sait comment. Posé comme un oeuf debout sur le bord d’un nid. C’est une « roche massive » ou un « andain », dirait-on aujourd’hui. Plus haut que la petite fille. Un peu du genre des menhirs d’Obélix.

La gamine joue souvent à côté du cap qui offre une cachette idéale et se transforme à volonté, par la grâce du « vert paradis des amours enfantines », en prince charmant ou en ogre.

Mais un jour, le cap est à terre, sur le flanc, comme si un géant avait donné un coup de pied dedans pour le faire culbuter. La terre est remuée là où se dressait le cap auparavant. Le lendemain, lorsque la petite fille arrive dans la clairière, elle découvre un trou profond à l’emplacement. Tellement profond, qu’elle n’ose pas sauter dedans, de peur de ne plus pouvoir en sortir après.

Le surlendemain, le trou a été rebouché et le cap a retrouvé sa place. Il ne se dresse plus vers le ciel. Il git sur le côté, juste pour cacher les traces de la fouille.

Qui a emporté le trésor ?

À suivre...


À lire aussi :
« Ne balaie pas la maison après 6 heures du soir (2) »
« Toc toc toc... un ange frappe à la vitre (3) »
« L’esprit des marrons est encore dans Mafate (4) »


Sources :

  • Légendes et croyances créoles populaires issues de la tradition et de la transmission orales,
  • « Six hèrs lo soir », z’histoires créoles d’Emmeline Payet Coupama, (2011),
  • « P’tit glossaire, le piment des mots créoles », de Jean Albany (1974),
  • « Magie et sorcellerie à La Réunion », de Robert Chaudenson avec la participation de Christian Barat et Michel Carayol (1983).
  • Archives « 7 Lames la Mer ».

Notes

[1Dans le calendrier liturgique, la période de l’avent se situe généralement quatre semaines avant Noël, « au plus tôt, le 27 novembre et, au plus tard, le 3 décembre ». Selon les croyances populaires réunionnaises, deux ou trois mois avant Noël, il faut se méfier des âmes errantes...

[2Revenant, esprit.

[3UFR : à l’époque : Union des femmes de La Réunion ; aujourd’hui : Union des femmes réunionnaises.

[4PCR : Parti communiste réunionnais.

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