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Ukraine

« Quand les gentils de l’histoire tirent à coup de missiles balistiques, c’est un peu délicat »

30 juillet 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Selon des officiels américains cités par la chaîne CNN, les forces du régime de Kiev ont tiré plusieurs missiles balistiques contre les russophones de l’Est. Des armes interdites par les accords Gorbatchev-Reagan de 1987, que Washington accusait la Russie d’expérimenter dimanche dernier encore.

Missile balistique américain "Pershing II". C’est à la suite du face-à-face tendu entre ces vecteurs et les SS-20 soviétiques que le Traité INF avait été signé en 1987. Photo : Redstone

Décidément, la communication reste à travailler entre le régime installé à Kiev à la suite des évènements dits « de Maïdan » et Washington, qui lui accorde un soutien inconditionnel.

Dimanche, la Maison Blanche accusait Moscou d’avoir lancé un missile balistique de portée intermédiaire, en violation des accords INF (Intermediate Range Nuclear forces Treaty).

Hier trois sources officielles américaines ont confirmé que les forces loyalistes ukrainiennes, soutenues financièrement et matériellement par les USA, auraient fait usage de plusieurs missiles balistiques contre les combattants russophones de l’Est du pays.

Mikhael Gorbatchev et Ronald Reagan signent le traité INF (1987). Photo : Martin Hagberg

Conclu en 1987 entre Mikhaël Gorbatchev et Ronald Reagan, le Traité INF visait à la suppression des missiles à portée moyenne (entre 500 et 5.500 kilomètres) tirés de positions au sol.

En 2007, face notamment à l’essor du projet de « bouclier antimissile » en Europe, un porte-parole de l’armée russe avait annoncé que les dispositions de 1987 « ne correspondaient plus aux intérêts de la Russie ».

Le développement supposé de tels missiles par les forces russes fait depuis l’objet d’âpres polémiques entre Washington et le Kremlin.

La partie russe met particulièrement en doute les finalités invoquées à l’appui du programme anti-missile, qui implique l’installation en Europe de missiles SM-3 tirés au sol censés prévenir d’éventuelles attaques iraniennes.

Missile russe "Topol" (Nomenclature OTAN : SS-25). Photo:Winterheart

De leur côté, les États-Unis ont en 2013 évoqué une violation du Traité par les forces armées russes, et critiquent le développement des systèmes russes SS-25 et RS-26, ce dernier étant, selon les propos du ministre Rogozine, destiné à « tuer les soi-disant missiles de défense » déployés contre la Russie.

En parallèle, les forces armées américaines cherchent à contourner le Traité de 1987 par le développement de missiles hypersoniques tirés depuis des sous-marins, dans le cadre du programme Prompt Global Strike.

La stratégie médiatique déployée par Washington, qui tend à faire endosser à Vladimir Poutine la violation des accords INF doit faire face à un raté de taille avec l’annonce, mardi dernier, du lancement de trois missiles à portée intermédiaire par les troupes fidèles au régime de Kiev.

"Nous parlons d’armes à la capacité létale maximale, capable de tuer des gens par dizaines", indique Barbara Starr, correspondante permanente de CNN au Pentagone. Photo : CNN

Rapportée par la chaîne CNN, l’utilisation de ces missiles « à la capacité létale maximale, capables de tuer des gens par dizaines » était, aux dire de la journaliste Barbara Starr, « tenue sous le boisseau par les États-Unis, car (…) les officiels nous disent être dans une position délicate ».

« Voyez-vous, ce sont les gentils de l’histoire, les forces gouvernementales ukrainiennes, qui lancent des missiles balistiques sur les autres  » (...)

Il n’est même pas certain que les États-Unis demanderont à Kiev de ne plus utiliser ces armes à nouveau, car voyez-vous, selon eux, le Gouvernement ukrainien a le droit de se défendre. Mais ne nous y trompons pas : ceci constitue bien une escalade militaire (…) sur ce champ de bataille (…) A l’heure où tout le monde voudrait voir des observateurs travailler sur le site du crash du MH-17, le conflit ne fait que prendre de l’ampleur ».

« Les pro-russes ne disposent pas de matériel comparable », indiquent les officiels américains, qui s’inquiètent en revanche de la réaction russe à cette nouvelle intensification des violences.

Ni Kiev ni Moscou n’ont commenté l’information, assure la chaîne d’information, selon laquelle « le renseignement américain garde le secret sur les lieux d’où ont été effectués les tirs, ainsi que sur leurs cibles ».

Les États-Unis ont régulièrement réaffirmé leur soutien inconditionnel au Gouvernement ukrainien. Le Président Poroshenko estime quant à lui que son pays doit « devenir un allié de premier plan des USA, à l’égal d’Israël ».

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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