Categories

7 au hasard 30 mars : James Mange, le combattant du couloir de la mort - 16 mars 2015 : Pas les unes sans les autres ! - 7 février 2013 : Done zorèy travay ? - 3 décembre 2013 : Menace d’une nouvelle bulle financière - 20 mars 2016 : Au bonheur des c... - 25 février 2013 : Le roi couillonnisse - 5 mars 2016 : Route du littoral : risque de chutes de kaz ? - 27 septembre 2015 : « Lonbraz Kann » : le son du succès - 10 janvier : Benoite Boulard, première blueswoman créole - 29 mars 2016 : Riche week-end pour la musique créole -

Accueil > Le Blog de GGL > Quand le secrétaire départemental du FN était condamné « pour des agissements (...)

Sur le blog de GGL

Quand le secrétaire départemental du FN était condamné « pour des agissements contraires aux mœurs »…

22 novembre 2014
Geoffroy Géraud Legros
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Prompt à l’invective, auteur de déclarations fracassantes qui ont dépassé les frontières de notre île, le patron du FN se pose violemment en adepte de la transparence. L’ancien fonctionnaire éclaircira-t-il auprès de l’opinion réunionnaise les faits qui lui ont valu une condamnation pénale « pour des agissements contraires aux mœurs », dont la nature, selon le Conseil d’État, empêchait sa réintégration dans la fonction publique ?

Ça barde entre les gars de la Marine : depuis quelques jours, la presse rapporte le conflit, d’intensité croissante, qui oppose Jean-Yves Alin, candidat FN à Saint-Benoît aux élections municipales, à Jean-Claude Otto-Bruc, secrétaire local du parti lepéniste .

Déçu, « au bord de la repentance », écrit l’un de nos confrères, le premier a déchiré publiquement sa carte du Front national, jurant qu’on ne l’y reprendrait plus. En cause : le financement de la campagne de mars 2014. Le bénédictin, qui affirme s’être endetté auprès de ses colistiers « qui ne lui adressent plus la parole » reproche au siège — désormais situé à Nanterre depuis la vente par le FN du trop coûteux « paquebot » qui surplombait le tramway de Saint-Cloud — de ne pas avoir abondé son compte de campagne à hauteur des engagements convenus.

Faux, a tenu à répliquer Jean-Claude Otto-Bruc par un communiqué, accusant en substance son ex-camarade bénédictin de s’être mis dans les poches les 7.000 euros bel et bien versés par le « national ».

Une affirmation assortie d’une kyrielle d’invectives. « Escroc, menteur, manipulateur » : c’est en ces termes que M. Otto-Bruc qualifie aujourd’hui M. Alin, pourtant hier espoir mariniste à Saint-Benoît, haut-lieu du Front national réunionnais, puisque son fondateur, Maurice Brasier, y est établi de longe date.

Cultivateur de letchis et restaurateur haut-de-gamme, l’homme avait été, selon l’excellent site « 1000 célébrités de l’Île de La Réunion », l’un des protagonistes d’un conflit opposant « Chronopost » à la marque « Colipays » — livraison à distance de letchis, fondée par ses soins en 1990, en compagnie d’un « délégué commercial aux entreprises à La Poste », lui aussi acquis aux idées lepénistes.

S’il est des lieux ou souffle l’esprit, c’est, en l’espèce, l’esprit d’Alexis de Villeneuve, ancien maire de ce vieux « quartier », grand pourfendeur de « chinetoques » et de « youpins » et obsédé par « l’abâtardissement de la race » qui atteint les hauteurs bénédictines, où le Front national a trouvé, sinon sa terre d’élections, du moins, un enracinement durable. Le parrain de l’un des enfants de M. Brasier n’est autre que Jean-Marie Le Pen en personne, et c’est la femme du magnat du letchi qui a conduit la liste Front national pour les Outremers.

En un mot, Saint-Benoît compte, au moins sentimentalement et sans doute un peu plus pour un FN qui, depuis les deux derniers scrutins, a le vent en poupe dans notre île.

Mais la défection n’explique pas à elle seule l’acrimonie d’un Otto-Bruc figure de proue du FN réunionnais bien plus visible que le discret Maurice Brasier, « ami de longue date de la famille Le Pen », selon le site en ligne du Front National.

Maniant un langage adapté à la mutation « Bleu Marine » de l’ex-mouvement lepéniste, M. Otto-Bruc a, il faut le dire, su s’imposer dans les médias par le biais d’un discours dénonçant les réseaux occultes qui, selon ses dires, sont à l’œuvre dans le pays, et par une exigence de « transparence » martelée en direction des politiques, « tous pourris ».

Le porte-parole du FN local s’était même fait connaître au-delà de notre île, en qualifiant d’« islamistes fondamentalistes » les otages français libérés au Niger au mois d’octobre 2013.

Dans un registre emprunté à la droite de la droite du Net, le secrétaire départemental du FN appelait il y a deux ans les « Illuminati et les Franc-Maçons à se dévoiler », et ne cesse, depuis, d’exiger de la « classe politique » la « transparence »… et de pourfendre, comme il se doit, les élus « condamnés ».

Le représentant local de Mme Le Pen est-il capable de s’appliquer à lui-même ses vertueuses recommandations ?

Pour l’heure, M. Otto-Bruc a omis de communiquer à l’opinion réunionnaise ses propres antécédents devant les Tribunaux, administratifs et judiciaires, pourtant dûment mentionnés par des publications officielles.

Des antécédents qui ont valu à l’intéressé une citation au « Lebon », recueil qui publie les arrêts rendus par les juridictions administratives.

Il existe donc une « jurisprudence Otto-Bruc », dont l’intéressé ne se vante guère, et pour cause : elle dispose que, dans le cadre de l’application d’une loi de 1919 au terme de laquelle « sont incapables de diriger une école publique ou privée d’enseignement technique ou d’y être employés, à quelque titre que ce soit, ceux qui ont subi une condamnation judiciaire pour crime de droit commun ou pour délit contraire à la probité et aux mœurs » (...) « l’Administration, du seul fait de cette condamnation et sous réserve de son caractère définitif, doit radier un personnel de l’enseignement technique, sans qu’il soit besoin d’observer la procédure disciplinaire ».

Cette décision a été rendue suite à la demande de réintégration formulée par M. Otto-Bruc, à l’expiration de la période de privation de ses droits civiques.

Privation qui découlait elle-même d’une condamnation pénale en date du 18 avril 1985, ayant entraîné la radiation, le 2 Août 1985, de M. Otto-Bruc du corps des professeurs de collège de l’enseignement technique.

Une condamnation inscrite au casier judiciaire (n°2) de l’intéressé, dont la nature, selon le juge administratif, faisait obstacle à une réintégration au sein de la fonction publique puisque que « les agissements qui ont motivé ladite condamnation » étaient « contraires aux mœurs ».

N’étant ni policier ni justicier, « 7 Lames la Mer » n’est pas entré dans le dédale procédural qui eut pu mener à la décision pénale elle-même.

Mais nous ne doutons pas qu’une fois cet article paru, M. Otto-Bruc, adepte du parler-vrai et de la transparence, informera l’opinion réunionnaise des tenants et aboutissants de cette condamnation… et expliquera pourquoi il ne s’applique pas à lui-même ce qu’il exige des autres acteurs politiques.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter