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Musique et deuil

Quand Doudou N’Diaye Rose faisait vibrer La Réunion

20 août 2015
Nathalie Valentine Legros
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L’annonce de la mort du grand percussionniste africain, Doudou N’Diaye Rose, ce mercredi 19 août 2015, a plongé le monde de la musique dans la tristesse. Flash-back près de 30 ans en arrière, quand Doudou N’Diaye Rose enflammait La Réunion, à l’occasion des deuxièmes rencontres de jazz et de musiques populaires organisées par la MJC de Château-Morange en 1987.

Doudou N’diaye Rose, 4 Janvier 2014. Photo : Sirdoublemd.

Ils attendent un geste. Un signe. Et tout à coup, les tambours résonnent comme le tonnerre. Le maître des tambours, dans son habit de lumière et de couleurs, se dresse devant la forêt de tam-tams. Les tambourinaires, femmes et hommes mélangés, la grande famille de Doudou N’Diaye Rose, nous entraînent dans la souvenance des rythmes africains. Cela parle au coeur et au ventre. A l’âme. Cela vient de loin. Et ici à La Réunion, les résonances des tambours de Doudou N’Diaye Rose ont littéralement enflammé le public, au parc de l’Oasis du Port, au Stade de l’Est de Saint-Denis et pour un happening improvisé sous les filaos de Saint-Gilles.

C’était en juillet 1987. Les deuxièmes rencontres de jazz et de musiques populaires organisées par la MJC de Château-Morange [1] avaient accroché à leur affiche des noms prestigieux : Diane Dufresne, Rossy, Philippe Barret, Ziskakan, Johnny Clegg et Savuka, Ravan’, Doukkali, Gafourn [2], Kid Créole et les Coconuts et... Doudou N’Diaye Rose !

Doudou N’Diaye Rose (à droite sur la photo) et son ensemble de percussionnistes, sous les filaos, à La Réunion, en 1987.

« L’art n’a pas de frontière », déclare à son arrivée dans l’île Doudou N’Diaye Rose qui revient alors d’une tournée triomphale au Japon. Autour de lui, sa grande famille de la musique, une trentaine de percussionnistes, femmes, enfants, gendres et cousins, et aussi des musiciens blancs.

De son vrai nom Mamadou N’Diaye, né le 28 juillet 1930 à Dakar (Sénégal), Doudou N’Diaye Rose est issu d’une lignée de griots. « Tu seras un grand batteur », lui prédit en 1959, Joséphine Baker de passage à Dakar. L’année suivante, le 4 avril 1960 – jour de l’indépendance du Sénégal – il joue devant le président Léopold Sédar Senghor, accompagné de 110 tambourinaires. Il ne s’arrêtera plus... jusqu’à ce funeste mercredi 19 août 2015, où il a rejoint, à 85 ans, le paradis des griots et musiciens. Une légende. Un monument. Le prince des tambours. Le mathématicien des rythmes. Un patrimoine... Les superlatifs accompagnent l’annonce de la disparition de Doudou N’Diaye Rose.

Pédagogue de rythmique à l’Institut national des arts de Dakar où il crée la première école de percussion, il sera chef-tambour des Ballets nationaux, au point d’être remarqué par le chorégraphe Maurice Béjart. Il forme pour la première fois un orchestre de femmes qui « battent tambour » et joue avec les plus grands : Peter Gabriel, Bernard Lavilliers, Jacques Higelin, Alan Stivell, Dizzy Gillespie, Miles Davis, les Rolling Stones, Kodo [3]...

C’est dans le parc de l’Oasis au Port que l’ensemble de Doudou N’Diaye Rose a donné sa principale représentation dans l’île. Menés de main de maître par le maître, les 25 percussionnistes ont déchiré la nuit, habillés de couleurs et de sourires, le tam-tam calé sur la hanche. Un véritable ballet où les musiciens, les danseurs et les chanteurs se confondent et se répondent. Pendant près de deux heures, Doudou N’Diaye Rose arpente la scène, allant d’un musicien à l’autre pour activer la cadence et faire monter la pression. Et les tambours roulent, roulent dans la nuit. Déferlent sur un public subjugué.

Affiche des deuxièmes rencontres de jazz et de musiques populaires organisées par la MJC de Château-Morange en 1987.

Autre moment grandiose de l’escale réunionnaise de Doudou N’Diaye Rose : l’ouverture du concert de Johnny Clegg et Savuka au stade de l’Est. 13.000 personnes avaient pris possession des lieux alors que les percussions crépitaient au loin... Le public se lève, tend l’oreille et cherche du regard. Les tam-tam se rapprochent et transforment le stade en immense caisse de résonance. Le haut des tribunes s’enflamme soudain : une retraite aux flambeaux et aux percussions apparaît et entre dans l’arène. La rumeur de la foule enfle comme une vague et les flambeaux entament une lente promenade jusqu’aux tribunes principales, arrivant de partout, Africaines en bleu, Doudou N’Diaye Rose donnant le rythme, le Brésilien Doukkali réglant ses percussionnistes peinturlurés sur les sonorités sénégalaise. Les flambeaux noient la nuit dans un halo de chaleur. Doudou N’Diaye Rose, maître de cérémonie, lève les bras au ciel et 50 tam-tam lui répondent en s’éloignant vers la sortie, laissant le stade comme figé par cette flamboyante apparition et 13.000 personnes abasourdies.

Il y a quelques jours, à l’occasion de son 85ème anniversaire, Doudou N’Diaye Rose faisait la démonstration époustouflante que son talent était intact (voir vidéo ci-dessous). Jouant des percussions, dirigeant les musiciens, dansant. Infatigable. Un virtuose.

Le magicien des percussions a tiré sa révérence quelques jours plus tard. Les étoiles dans le ciel vont crépiter et percuter avec ce nouveau venu.

Nathalie Valentine Legros

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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Notes

[1organisées notamment par Paul Mazaka et Gaston Labaume

[2Groupe de Danyèl Waro

[3Groupe de percussionnistes japonais

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