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Patrimoine

Prisons : une deuxième vie après la mise à mort ?

16 octobre 2014
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Musées, centres culturels, espaces mémoriels, centre d’exposition, bibliothèques, auberges de jeunesse, administrations (des plus prestigieuses comme l’ENA)... Les exemples de reconversions réussies d’anciennes prisons ne manquent pas à travers le monde. Même si certaines expériences sont plus pertinentes et respectueuses du patrimoine que d’autres, il n’en demeure pas moins que les pierres et la mémoire ont été sauvées de la destruction. Alors pourquoi pas à La Réunion ?

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Prison de la rue Juliette Dodu. Photo Thierry Caro

« Mon cri de cœur sera vite oublié par vous, vous allez même en rire et ironiser mais l’histoire ne vous oubliera, et les ancêtres ne vous pardonneront pas ce sacrilège… Ils vous attendent au tournant ». C’est en ces termes que, le 4 juin dernier, le regretté Sudel Fuma avait conclu un billet d’humeur dénonçant le « crime culturel » que constituait la « destruction programmée de la Prison Juliette Dodu » abandonnée depuis 2008. Depuis la mort prématurée de Sudel Fuma, le Collectif pour la Mémoire de la Prison Juliette Dodu poursuit le combat pour la sauvegarde de ce patrimoine, l’un des plus anciens de l’île avec près de trois siècles d’existence.

En 2013, au cours de fouilles archéologiques préventives, des vestiges ont été mis à jour. Le site a accueilli dès 1718 un établissement pénitentiaire. La geôle connaitra au fil des ans d’importants travaux d’agrandissement et constitue un marqueur pertinent de l’évolution de la société réunionnaise. Ainsi, au 18ème et 19ème sicles, les prisonniers noirs et les prisonniers blancs étaient-ils détenus dans des bâtiments distincts, dont le fameux « bloc des noirs ».

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Vestiges sur le site de la prison Juliette Dodu, mis à jour en 2013. Photo IPR

Propriétaire des lieux, l’Etat a lancé un appel à projet pour le devenir du site. C’est le projet de la SHLMR qui a été retenu. « La SHLMR prévoit la construction de 52 logements sociaux (dont 12 réservés aux étudiants), de commerces et bureaux, de parkings enterrés, d’une place publique reliée par des venelles aux voiries environnantes », peut-on lire sur le site de la ville de Saint-Denis.

« L’image architecturale proposée est celle d’une restructuration contemporaine mettant en avant un jeu de contrastes, apprend-on à la lecture d’un dossier signé de la préfecture. Le patrimoine existant surligné par les nouvelles toitures est mis en valeur dans sa restructuration, et dans sa mémoire également avec la localisation du restaurant en cœur d’îlot rappelant l’ancienne construction »...

« Une véritable catastrophe culturelle quand on connaît la valeur patrimoniale de ces bâtiments où ont été exécutés des esclaves marrons, où ont été emprisonnés des engagés indiens et d’autres pauvres créoles du XIXe siècle. Comment les pauvres Rmistes des futurs logements sociaux pourront vivre tranquillement sur des terres souillées ? », avait rétorqué Sudel Fuma.

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Œuvre éphémère du plasticien Jace sur la porte de la prison de la rue Juliette Dodu.

Dans une lettre ouverte (15 octobre 2014) adressée à Christiane Taubira, le Collectif pour la Mémoire de la Prison Juliette Dodu demande que « ce lieu, propriété du ministère de la justice, soit transformé en musée vivant de la mémoire des prisonniers de l’île, qu’ils aient été esclaves, engagés, hommes ou femmes libres ».

L’historien d’art, Yves-Michel Bernard, livre, dans le Journal de l’île de La Réunion (JIR) du 5 octobre 2014, une analyse particulièrement édifiante de la situation, en ce qui concerne la qualité des paysages urbains des bas de l’île : « La perte de qualité paysagère est telle que l’île de La Réunion ne fait plus rêver aujourd’hui. Avant d’arriver aux cirques et aux endroits magiques, avant d’aller rêver, il faut traverser des zones industrielles, du béton. Il faut traverser une banlieue française. Il faut traverser tout ce que l’urbanisme français a produit de plus moche. Et si on ne prête pas attention à la préservation du pourtour de La Réunion, si on ne continue qu’à protéger le centre, ça va être terrible ».

Pour nous, la qualité des paysages urbains réunionnais repose en grande partie sur la préservation du patrimoine. Du moins, ce qu’il en reste. Et la prison Juliette Dodu en fait partie intégrante.

Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros

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Avignon : l’ancienne prison Sainte-Anne — que les promoteurs souhaitaient en 2011 transformer en hôtel de luxe — accueille actuellement dans chaque cellule une œuvre d’art, dans le cadre d’une exposition en hommage à Pasolini, intitulée la "Disparition des Lucioles". L’exposition est ouverte jusqu’au 25 novembre 2014.


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Algérie : la prison de Serkadji, construite en 1856 et appelée durant l’époque coloniale ’’Barberousse’’, est destinée à devenir un musée de la mémoire.


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Royaume Uni, Oxford : "The Malmaison Prison Hotel" installé dans une prison fermée en 1996. Photo : Ash Midcalf


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Scandinavie : l’auberge de jeunesse Långholmen est installée dans une ancienne prison. On y trouve aussi un musée sur l’histoire de la prison mais, détail de mauvais goût, on peut même acheter une tenue de détenu à l’accueil...


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A Rennes, la prison Saint-Michel accueille désormais diverses activités : restaurants et même une boîte de nuit.


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L’ancienne prison (créée en 1550) de Bourbourg est classée monument historique et accueille un musée ainsi que l’office du tourisme.


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Québec : c’est une ancienne prison qui accueille le "Centre culturel Morrin".


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L’ancienne prison de Coulommiers a été reconvertie en bibliothèque municipale.


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Une ancienne prison pour femmes accueille l’Ecole Nationale d’Administration à Strasbourg.


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La prison Saint-Michel, à Toulouse, en partie inscrite monument historique par arrêté du 25 février 2011.

Slovénie, une auberge de jeunesse et un centre culturel ont investi la prison

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L’auberge de Jeunesse « Celica » (cellule) se trouve à Ljubljana. Située à Metelkova, ancienne base de la JNA (Armée yougoslave) occupée par des jeunes et transformée en centre alternatif au début des années 2000, elle est installée depuis 2003 dans une ancienne prison militaire. Considéré comme l’une des meilleurs auberges de jeunesse d’Europe, l’établissement propose 96 lits. Chaque chambre, qui conserve barreaux aux fenêtres et aux portes, a été décorée par un artiste. « Celica » est aussi un centre culturel qui accueille de nombreuses manifestations.

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Le groupe "Quatroportango" s’est récemment produit à "Celica". Photo : Suncan Stone

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Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

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