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Politique touristique

« Pourquoi La Réunion devrait-elle faire la promotion de Maurice ? »

14 février 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Sans doute excessives, non dénuées d’esprit partisan, les conclusions de la Cour des comptes consacrées au tourisme outremer ont néanmoins le mérite de mettre en débat la politique régionale dans ce domaine. Une politique dont Caroline Gaujard-Larson, journaliste reconnue, a expérimenté les limites en tentant de promouvoir la destination Réunion auprès du prometteur marché russe. Défaut de suivi, manque de coordination interne et méconnaissance des enjeux frisant l’amateurisme : l’initiative est aujourd’hui au point mort.

Photo IPR.

Vous l’avez entendue sur France-Inter, en direct de la place Maïdan. Vous la voyez parfois sur France 24. Vous pouvez lire ses « papiers » dans « Les Inrockuptibles », sur « Rue 89 ». Installée en Russie depuis 2011, Caroline Gaujard-Larson est l’une journalistes les plus en vue sur la place de Moscou. De son précédent poste au « Quotidien », elle a gardé un fort attachement pour notre île.

7 Lames la Mer : Comment l’opportunité de promouvoir la destination Réunion auprès du public russe s’est-elle présentée ?

Caroline Gaujard-Larson : Grâce à des voyages de presse, j’ai été en contact avec un acteur important du voyagisme et des échanges culturels. J’ai évoqué La Réunion, et cela l’intéressait. Quelques semaines plus tard, il m’a recontactée : il souhaitait proposer aux institutions responsables du tourisme à La Réunion un voyage de presse invitant les principaux médias russes.

7 Lames la Mer : Y a-t-il un marché pour la destination Réunion auprès d’un public russe que l’on dit surtout friand de sable blanc et de palaces ?

Caroline Gaujard-Larson : Il est vrai que les Russes vont beaucoup à Maurice, aux Maldives et aux Seychelles. Mais il y a une classe moyenne cultivée qui émerge, plus sensible au tourisme écologique, à une certaine authenticité que propose La Réunion. Et point important, j’ai fait mon enquête, ils n’ont pas peur des requins. Cette population offre un véritable potentiel…

7 Lames la Mer : Vous avez donc pris contact avec les institutions touristiques…

Caroline Gaujard-Larson : Oui. Je suis revenue à La Réunion pour couvrir le Sakifo en 2013, pour le magazine « Les Inrockuptibles ». Là, j’ai effectivement engagé un premier contact avec l’IRT [1]. Je me suis adressée à Pascal Viroleau par email. L’a-t-il seulement reçu ? Aujourd’hui, il dit ne pas être au courant… C’est en réalité la responsable marketing qui m’a répondu et m’a proposé une rencontre. Nous nous sommes vues au bar de l’hôtel Boucan-Canot. Je lui ai exposé le projet, en proposant de démarcher moi-même les médias aptes à faire la promotion de la destination. Elle a acquiescé, tout en me précisant que, par rapport à la Chine par exemple, le marché russe est moins prioritaire. Elle m’a laissé carte blanche quant à la date du séjour, ce qui m’a un peu surprise. J’ai alors proposé le mois de septembre, c’est-à-dire, après les élections municipales russes, qui mobilisent un grand nombre de journalistes. Elle m’a proposé, en contrepartie, d’être intégrée au voyage de presse, c’est-à-dire, de prendre en charge mon billet d’avion et une semaine de séjour avec les journalistes russes. Cela me convenait.

7 Lames la Mer : Avez-vous trouvé un terrain favorable, de retour en Russie ?

Caroline Gaujard-Larson : Tout-à-fait. A Moscou, je démarche plusieurs rédactions : les quotidiens nationaux, des magazines de tourisme, des radios plutôt « business », le magazine « Géo » etc… Je suis même parvenue à intéresser une télé, ainsi qu’une radio qui diffuse sur tout le territoire russe : « Business FM ». J’ai même été contactée par des Américains, l’un de Los Angeles et l’autre de Miami, qui ayant eu vent de l’affaire, voulaient venir ! J’ai été obligée de faire le tri, car il y avait trop de candidats… Il faut être raisonnable : on avait évoqué une douzaine de journalistes. Mais cela me paraissait trop, et sans doute aussi trop coûteux. J’en ai retenu huit, issus des médias les plus porteurs. Je leur ai fait remplir le formulaire de l’IRT, formulaire qui demandait la date de parution des articles, ce qui n’est pas rien pour un journaliste. Puis, il a fallu s’engager sur le chemin de croix qui mène à l’obtention des visas (rires)… Il faut savoir que pour un Russe, il est difficile et fastidieux d’obtenir un visa DOM-TOM. Une fois ce périple accompli, certains journalistes ont bloqué une semaine dans leur agenda pour la mi-septembre, pour pouvoir prendre part à ce voyage de presse.

7Lames la Mer : Étiez-vous en relation avec l’IRT durant ces démarches ?

Caroline Gaujard-Larson : J’ai rendu compte de chaque avancement du processus. Je n’obtenais des réponses que de loin en loin… mais des réponses qui, si elles me semblaient vagues et évasives, n’en étaient pas moins rassurantes. « Tout va bien », « ça suit son cours ». Et puis d’un seul coup, à la mi-Août, l’IRT m’a pressée de renvoyer les formulaires des journalistes concernés. À mon grand étonnement, il s’agissait, m’a-t-on dit, de « valider le voyage de presse auprès de la direction ». Je pensais que tout était, comme on dit, « calé »… J’ai donc transmis toutes les pièces du dossier, depuis le début. Deux jours plus tard, une autre interlocutrice me contacte, et m’annonce que sur huit journalistes, ils n’en n’ont retenu que deux : « Géo » et un site web de tourisme. À ma grande surprise, le plus grand journal russe, « Kommersant », qui est l’équivalent du « Monde » ou du « Figaro », n’était pas retenu. C’était d’autant plus incompréhensible que ce journal se proposait de publier 4 pages dans le magazine du week-end. Un supplément très lu par la classe moyenne russe… celle qui justement, aurait les moyens et l’envie de découvrir cette destination.

7 Lames la Mer : Vous pointez donc un manque de concertation et de suivi du côté réunionnais…

Caroline Gaujard-Larson : Comme je vous l’ai dit, j’ai rendu compte de chaque étape par email et par téléphone. Je n’avais que rarement des retours, et le peu que j’ai entendu, c’est « ça suit son cours… Oui c’est bon ». Et pour finir, il y a eu un changement de braquet complet de la part de l’IRT.

7 Lames la Mer : C’est-à-dire ?

Caroline Gaujard-Larson : D’un seul coup, à un mois du voyage, il semblait indispensable d’associer Maurice à l’opération et de faire un projet combiné.

7 Lames la Mer : N’est-ce pas parce qu’il existe un vol direct entre Maurice et Moscou ?

Caroline Gaujard-Larson : C’est cela qui a été soulevé. Mais la clientèle russe est déjà omniprésente à Maurice. Et je n’ai pas bien compris pourquoi la Région Réunion devait assurer la promotion de Maurice. D’autant qu’il n’y a qu’un saut de puce entre les deux îles, or, les Russes voyagent énormément. Il faut voir qu’en Russie même, un simple Moscou-Vladivostok sans escale prend 9 heures… Les grandes distance ne leur font pas peur, et les requins, encore moins (rires). De plus, et surtout, on m’apprend mi-Août que la date de septembre n’est pas retenue, qu’on verra plus tard, en fonction des disponibilités des tour-opérator mauriciens, et que — mais ce n’est pas dit clairement— notre collaboration semble s’arrêter là. Pour moi c’est un mauvais coup : je dois annoncer aux journalistes qui ont fait la démarche pour un visa, et ont payé pour cela, que le voyage n’est plus à l’ordre du jour. Je crains que cela n’atteigne aussi ma crédibilité dans le milieu journalistique.

7 Lames la Mer : Comment réagissez-vous alors ?

Caroline Gaujard-Larson : Je suis très mécontente. J’ai mobilisé mon énergie, mon réseau, consacré du temps, et surtout mis ma crédibilité en jeu. Je demande donc une compensation en numéraire, inférieure à ce qu’aurait coûté ma participation à l’opération. L’IRT refuse, au motif qu’aucun appel d’offre n’a été lancé… ce qui d’ailleurs est de leur responsabilité. Tout cela se passant par email, je m’adresse directement à la Direction, par courrier recommandé. Dans cette lettre, je rappelle les échanges, les engagements pris, et j’apprends, Ô surprise, que le Directeur n’est même pas au courant de ce supposé voyage. La direction m’avertit qu’une suite sera donnée à ma demande, une fois mes interlocutrices rentrées de mission. Or, je n’ai plus jamais eu de nouvelles, et j’ai appris que la direction avait été remplacée depuis.

7 Lames la Mer : Le projet peut-il selon vous être repris ?

Caroline Gaujard-Larson : Absolument. Rien n’est perdu, tout est prêt, clef en main… Il ne manque qu’une volonté. Il serait dommage que La Réunion se prive de cette opportunité, au moment où le secteur touristique connaît de graves difficultés...

Propos recueillis par Geoffroy Géraud-Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

Notes

[1IRT : Île de La Réunion Tourisme

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