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Edito

Porteurs d’eau, arroseurs et arrosés

6 janvier 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Les cyclones, ça sert aussi à faire de la politique…

Photo IPR.

La mémoire collective a presque oublié «  Papa do ri » — ti nom gâté donné par le peuple à Jean-Charles André Capagorry. Porteur de la bannière gaulliste, celui qui devait être le dernier Gouverneur du pays descendit en 1942 du contre-torpilleur des Forces Françaises Libres « Le Léopard », mettant fin à la parenthèse collaborationniste de l’île… et y ramenant le riz, qui manquait tant aux Réunionnais, mis depuis plusieurs années — au mieux — au régime manioc-patates douces.

Autre temps, autres mœurs : on a l’époque que l’on mérite, et l’heure est désormais à « Thierry dolo  » ou « Tiro dolo ». Tels sont les sobriquets attribués au multimillionnaire député-maire de Saint-Leu qui, paraît-il, aurait fait distribuer hier de l’eau — sous couvert de bénévolat — dans quelques rues du côté du Ouaki. Un geste qu’apprécieront sans doute les habitants des écarts du « Quartier trois-lettres », dont, au même moment, les robinets ne coulaient toujours pas.

Il faut dire que M. Robert, conseiller général, vice-président de l’Assemblée départementale, maire, député et, nous dit-il, « supérieur hiérarchique » du Préfet, aimerait bien ajouter à son chapelet de titres celui de maire de Saint-Louis. Maire, on le sait par procuration, puisqu’il a déjà informé l’opinion qu’il gèrerait « lui-même » la commune en cas de victoire de son frère Pierrick, candidat centriste en mars 2014.

Le « supérieur hiérarchique » est donc, sans surprise, l’élu le plus bruyant de l’avant-pendant-et-après « Béjisa » — on comparera son omniprésence médiatique au travail silencieux, digne et sans doute bien plus efficace d’une Huguette Bello dont la commune a est tout autant sinistrée.

Mais Thierry « Dolo » n’est pas le seul à chercher le bon vent politique dans l’après-cyclone : dans l’Est, c’est l’outsider Serge Camatchy qui s’en prend par courrier à la CISE : et soyons juste, il a bien raison. Sa critique ne porte pas sur les efforts mis en œuvre par le fermier pour rétablir l’eau — on imagine bien que ce dernier, à l’approche des élections, met les bouchées doubles pour garder son marché — mais sur l’attente imposée sous la pluie aux usagers venus payer leurs factures. Bien dit, M Camatchy, et surtout bien joué...car on se doute bien que les clients trempés jusqu’aux os de la CISE n’auraient pas eu droit à tant de sollicitude, si la période cyclonique n’avait pas coïncidé avec celle, non moins turbulente, des municipales.

Retour à Saint-Louis, où des manifestations sporadiques ont eu lieu aujourd’hui, demandant le retour de l’électricité et visant… les élus. Pour remuante qu’elle soit, la commune n’est guère le théâtre de mobilisations « spontanées »- et d’ailleurs, les mobilisations spontanées, ça n’existe pas.

À ce sujet, les initiés savent fort bien que les fameuses « émeutes » de Bellevue et de Palissade, parmi les plus violentes du brûlant mois de février 2012, ne durent pas grand-chose au hasard. Le chômage et la précarité dominant, une étincelle suffit à mettre le feu à la plaine ; mais encore faut-il que quelqu’un craque l’allumette, et c’est bien ce qui s’était passé alors. Et l’on nous souffle que l’élection saint-louisienne, objet de bien des convoitises, ne serait pas étrangère à l’agitation de cet après-midi.

La terre réunionnaise est encore trop gorgée d’eau pour s’embraser. Mais les élections approchent, et les porteurs d’eau d’aujourd’hui livreront bientôt du rhum, des feuilles de tôle, et bien sûr, de l’euro- un peu, et en tout cas, pas grand chose pour les arroseurs, qui grâce à leurs mandats, espèrent quoi qu’ils en disent de colossaux retours sur investissement. Assez pour espérer faire « bien » voter la masse des arrosés, dont les dégâts du cyclone ont dramatiquement creusé les budgets déjà engloutis par les fêtes. Pour ceux-là, le mois de février sera plus chaud et interminable que jamais…

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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