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Édito

Pauvre Émilie Albertini !

21 mars 2014
Geoffroy Géraud Legros
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La présentatrice de D8 est la cible d’une campagne sur Internet après avoir égréné sur le plateau d’une télé parisienne un chapelet de clichés visant les Réunionnais et leurs prétendues habitudes. Des propos qui, ici, seraient passés comme une lettre à la Poste…


Réactivité. Vigilance. Telles sont les qualités qui, dit-on, compose la posture citoyenne contemporaine — on parlait autrefois de solidarité et d’égalitarisme mais ça, comme dit une publicité, « c’était avant ». Vigilants — c’est-à-dire rivés à nos écrans de télévision et d’ordinateurs —, nous le sommes décidément ; ainsi, n’avons-nous pas laissé passer les quelques phrases proférées par une certaine Émilie Albertini.

« Expliquant » la crise requin chez Ariane Massenet, cette dernière citait les rejets massifs de carcasses d’animaux morts, vaches et moutons (inconscient islamophobe ?), dans l’océan.

Des os et de la bidoche qui, fatalement, attireraient les requins, ces derniers prenant les surfers affairés à « raler le tube » dans des flots que l’on imagine sanguinolents, pour des otaries — et il est bien connu que l’otarie, c’est le dessert du squale.

Réactifs que nous sommes, et comme nous n’avons sans doute rien de mieux à faire, nous avons « buzzé » les sottises de Mme Albertini. « Des excuses ! », exigent les masses prises de colère bleu-Facebook. La Réunion se mobilise, constate, unanime, la presse du jour, qui partage d’ailleurs la saine indignation publique. Nous autres citoyens déroulons donc de la réactivité et de la vigilance au kilomètre… mais au kilomètre inversé.

Car ce pays où l’on s’indigne des inepties d’une journaliste de France, est celui où un enseignants peut traiter, ivre mort, devant un tribunal, ses élèves de « nègres », de « putes », et s’en sortir ; où un directeur d’établissement peut qualifier de « merde » la langue créole, où l’on dénonce une statue commémorative au nom de la joie des coureurs du Grand Raid, statue qui, quelques jours plus tard, disparaissait du paysage ; où l’on vend des mètres carrés de T-shirts portraiturant l’indigène en obsédé, en alcoolique, en drogué — boyo dans le fond hamac, poto dans la bouche, jarre de Charrette pas trop loin.

Ce pays où, selon les propos du Directeur des affaires culturelles rapportés par notre plus grand journal, il demeure heureusement quelques « singes pensants ».

Tous propos accueillis avec tolérance — La Réunion, c’est bien connu, est tolérante — qui trouvent toujours de bonnes plumes et des esprits ouverts pour en dire la relativité, pour en rappeler le contexte, et pour marteler qu’ici, on est tous frères.

Pauvre, malheureuse Émilie Albertini ! Vous n’avez, péché finalement, qu’en proférant vos âneries à 12.000 kilomètres, c’est-à-dire dans ce lieu qui, seul, compte aux yeux et, si l’on ose dire, aux oreilles de nos contemporains.

Eussiez-vous été sous nos cieux, la moitié de « l’opinion » — ou de ce qui en tient lieu — aurait pris votre défense. Des porcs ces Créoles, adeptes de sacrifices d’animaux et de bords de mer — suivez mon regard...

Dans l’autre moitié, certains vous auraient, gentiment grondée : Albertini y va un peu fort, mais enfin, les autochtones, ne sont pas blancs (si l’on ose dire, bis) en matière de traitement de propreté. La preuve, il y a un site pour le(s) dénoncer — les band cochons voient tout, « zafèr kabri » comme « zafèr mouton ».

Et, enfin, tout de même, une frange réduite auraient été choquée par vos propos, mais qui s’en serait soucié !

À peine ces remugles d’arrière-boutiques tenues par les quelques rares ringards, qui ne croquent pas à belles dents les fruits du vivre-ensemble auraient-ils « digdigué » vos narines.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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