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Hommage

Pauline, résistante dans l’ombre des médias

21 septembre 2017
7 Lames la Mer
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Pauline a connu la misère. Son enfance a été marquée par l’image de sa mère, Élisa, déchirant les draps pour en faire des vêtements pour ses enfants. Elle ne se résignera jamais et disait : « je lutterai jusqu’au bout ». Histoire d’une femme discrète mais déterminée et qui n’a pas hésité, pendant les évènements du Léopard, contre-torpilleur des Forces françaises libres qui bombarde la ville du Port le 28 novembre 1942, à participer à la résistance en transmettant des messages...

Pauline Latchoumaya-Mangama.

De meetings en réunions de cellule, de manifestations en défilés


Pauline était habitée par le sentiment d’inégalité et d’injustice et par la nécessité de militer : elle n’acceptait l’idée d’abandonner la lutte que lorsque ses jambes et sa tête ne marcheraient plus. Elle avait 97 ans. Elle est morte le 18 septembre 2017 après avoir consacré sa vie à sa famille (elle a eu huit enfants) et à l’avenir de son pays.

Dans les années 1990, elle assistait aux conseils municipaux de la Ville du Port. Elle prenait place dans le public, discrète et assidue, dans cette salle où elle avait elle-même siégé en tant que conseillère municipale. Sa fille Francine siégeait maintenant autour de la grande table. Le flambeau était passé d’une génération à l’autre. Mais pour autant, Pauline Latchoumaya-Mangama continuait de militer. Encore et toujours, de meetings en réunions de cellule, de manifestations en défilés.

Les sœurs de Pauline lavaient le linge dans la rivière des Galets. Extrait d’une lithographie d’Antoine Roussin.

Elle refuse de se résigner face à la misère


Pauline Fradelin est née le 19 mai 1920. Une mère modiste, Élisa, un père docker, Ferdinand, en union libre ; ce qui pour l’époque était peu courant. « On me considérait comme un « zenfant batar », confiait-elle en 1996, et ça, que ce soit pour les garçons ou pour les filles, c’était un grand défaut ». Ses sœurs, plus âgées qu’elle, travaillent dès l’âge de 12 ans : elles lavent le linge dans le fond de la rivière des Galets. La petite Pauline prend conscience très tôt de la misère et de l’inégalité de la société dans laquelle est vit.

Dès lors, elle s’intéresse à la politique. Elle a 14 ans. Et refuse de se résigner face à la misère. À 16 ans, elle s’inscrit à l’UFF (Union des femmes françaises) qui deviendra UFR (Union des femmes réunionnaises) en septembre 1958. Mais ce qui marquera profondément son engagement, c’est la rencontre avec Léon de Lépervanche.

Léon de Lépervanche.

Léon de Lépervanche, toujours vêtu du même bleu de chauffe


En 1939, la guerre est déclarée. À 19 ans, Pauline travaille alors dans un commerce devant le marché couvert du Port. Non loin de là, Léon de Lépenvanche, 32 ans, occupe une petite maison et vend du manioc au marché. Toujours vêtu du même bleu de chauffe, il vend son manioc et en donne beaucoup à ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter. « À l’époque, si les femmes étaient très assidues aux différentes réunions et manifestations, c’était dû en grande partie à la personnalité de Léon de Lépervanche, racontait Pauline. Il était très aimé de la population ».

L’année 1942 est déterminante dans la vie de Pauline. À 22 ans, elle épouse Martial Latchoumaya, employé au CPR (Chemin de fer et port de La Réunion). La même année, elle est engagée comme aide-comptable dans un magasin de la rue de Saint-Paul. Et le 28 novembre 1942, elle participe activement aux évènements qui contribueront à la libération de la Ville du Port et de l’île.


« L’heure de la libération approche ! »


La veille, le Léopard, bateau contre-torpilleur des Forces Françaises Libres, est arrivé en rade de St-Denis, avec 200 hommes à bord. Pour libérer l’île du joug pétainiste, il faut d’abord déloger les troupes mises en place par le gouverneur et basées au port de la Pointe des Galets.

Le 28 novembre, avec les travailleurs et l’aide de la population, Léon de Lépervanche mène l’offensive au Port et organise la guérilla urbaine. Il obtient la démission du maire, Léon Coaquette, crée un comité de salut public du Port et proclame : « l’heure de la libération approche ! » A 17h06, le Léopard bombarde la batterie du port car le chef de poste résiste. Trois Portois sont tués au cours des évènements de cette journée. Mais au soir, La Réunion est libérée.

Le 28 novembre 1942, Léon de Lépervanche crée le comité de salut public.

« 22 cellules créées en un jour ! »


Pauline revivait cette journée avec émotion... « Quand j’ai appris ce qui se passait, j’ai quitté le magasin et j’ai filé à la rivière des Galets. À l’époque, j’habitais derrière la rue René Michel. J’ai participé aux différents rassemblements et ce jour-là j’ai même transmis quelques messages »...

Au chapitre des souvenirs liés à Léon de Lépervanche, Pauline ressassait aussi cette période où elle a assisté à la création, sous l’impulsion de Léon, des cellules du parti. « 22 cellules créées en un jour ! » Elle s’inscrit dans la « cellule Raymond Vergès »... Un engagement qui ne connaîtra aucune faiblesse. Même l’âge venant. En 1996, elle affirmait : « je suis là pour que l’on ne ferme pas les yeux du peuple ».


Pauline bousculait les préjugés


« C’était une femme réunionnaise bâtisseuse d’avenir pour sa ville du Port et pour son pays, dans l’ombre des médias, témoigne Jean-Yves Ananelivoua. (...) Lutte contre les discriminations, éducation, santé pour tous, droits des femmes… Elle s’impliquait dans les combats du PCR pour l’égalité et dans le mouvement social en posant des actes de résistance, en bousculant les préjugés, en faisant des choix courageux qui engageaient parfois sa vie. Créatrice, elle utilisait les mots justes et légitimes pour éveiller les consciences, dénoncer les dérives ou faire tomber les tabous. Elle refusait la résignation ».

Pauline a définitivement fermé les yeux. Gardons les nôtres ouverts.

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