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Militante

Paulette Adois-Lacpatia : un sourire combattant disparaît

15 juin 2018
7 Lames la Mer
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La première adjointe de la Ville du Port, Paulette Adois [épouse Lacpatia], est morte ce jeudi 14 juin 2018 à l’âge de 60 ans. Cette figure emblématique de l’histoire portoise et plus particulièrement de la Rivière-des-Galets, avait débuté son parcours de militante dès l’âge de 9 ans. Hommage à cette battante qui rêvait de devenir professeur d’anglais mais avait arrêté ses études : « dans ma famille, on était 9 enfants et il y avait encore 6 enfants derrière moi ; il a donc fallu que je travaille ».

Paulette Adois Lacpatia.

De tous les combats progressistes


Paulette incarnait la joie de vivre. Un sourire éclatant ; un rire contagieux. Ce petit bout de femme débordante d’énergie, toujours en mouvement, était capable de battre le terrain sans relâche pour une campagne électorale, pour une cause. De meetings en porte-à-porte, de réunions de cellules en défilés, de manifestations en prises de parole...

Elle aura été de tous les combats progressistes. Jamais froid aux yeux quelles que soient les circonstances, l’adversité et même les menaces voire les violences. Elle avait de qui tenir et du répondant. Un caractère forgé sur le terrain et au sein d’une famille profondément soudée en toutes circonstances : sa force !

Paulette, la militante, la femme engagée, lors d’une campagne électorale.

Une femme sensible et... phénoménale !


Paulette était une femme sensible, entourée, aimée des siens, pleine de générosité et d’humour, active... Phénoménale ! Attentive à la détresse d’une population peu épargnée, elle avait une conscience aigüe du terrain et n’hésitait pas à affronter les situations même les plus tendues, assumant le rôle de médiatrice.

Sa formation et son parcours professionnels étaient d’ailleurs de véritables atouts : elle débute comme assistante maternelle à l’école Eugène Dayot de la Rivière-des-Galets puis se tourne vers l’animation pour devenir finalement formatrice à l’Association pour le développement de l’animation portoise [ADAP]. Elle prend ensuite la succession d’une sociologue à l’association de prévention du Port, puis intègre pendant 5 ans l’ADEPS pour devenir en 1992 formatrice à l’Association réunionnaise interprofessionnelle pour la formation continue [ARIFOC]. Sa connaissance des problèmes sociaux, des programmes d’insertion et sa capacité à entreprendre ne se sont jamais émoussées.

Paulette Adois s’apprête à chanter. A la guitare, un de ses frères, François Adois. Derrière Paulette, Philippe Fanchin, militant culturel. En arrière fond, une affiche du personnage de Pipit, créé par le poète Patrice Treuthardt.

Sa chanson fétiche : « Malaika » de Miriam Makeba


Une mère [deux enfants], une sœur, une tante, une amie... Une femme hors norme, entière. Paulette avait le sens de la fête, aimait danser, chanter, partager. Et n’hésitait pas à s’emparer du micro pour interpréter sa chanson fétiche : « Malaika » de Miriam Makeba. Elle avait une très belle voix. D’ailleurs, la chanson et la musique étaient aussi une affaire de famille. Comme la politique !

Dès le début des années 1980, la « Troup’ Zordi » voit le jour, réunissant plusieurs membres de la fratrie Adois et des proches [voir la vidéo à la fin de l’article ; le son est un peu « abimé » par le temps mais le clip est émouvant]. La « Troup’ Zordi » marquera les esprits notamment pour son titre « Océan Indien zone de paix ». Dans les années 2000, une nouvelle formation réunit les Adois : « Fami Mélody ».

Le groupe Zordi, constitué en grande partie des membres de la famille Adois. Dans le cercle rouge, Paulette Adois et son mari, Patrice Lacpatia.
Photo : Philippe de Magnée.

Une lignée de militants communistes


Elevée dans une grande famille de la Rivière des Galets, une lignée de militants communistes depuis l’arrière-grand-mère, c’est à l’âge de 9 ans que Paulette fait ses premières armes.

« Dès ma naissance, j’ai baigné dans le milieu militant, racontait-elle en 1993. Il y avait régulièrement des réunions politiques chez mon arrière-grand-mère. Mes parents participaient à toutes les manifestations, quand ils ne les organisaient pas ! Mon père, qui était docker, a même été arrêté en 1962 pour activités politiques ».


Il en faut plus pour impressionner Paulette


« J’avais alors 4 ans et je me souviens qu’il y avait des gendarmes pour surveiller les bureaux de vote et ils ne se privaient pas de faire pression, poursuit-elle. Si bien qu’à 9 ans, j’ai commencé, moi aussi, à lutter pour le Parti communiste, notamment en vendant le journal Témoignages. En 1977, lorsque je faisais du porte-à-porte à la Rivière-des-Galets, j’ai reçu des menaces de mort et on a lancé des galets sur ma maison ».

Mais il en faut plus pour impressionner Paulette. Elle garde sa détermination intacte et multiplie les engagements. Elle milite au « Front de Jeunesse Autonomiste de La Réunion » [FJAR], au « Comité d’organisation pour le rassemblement de la jeunesse » [CORJ], part en voyage d’études à Madagascar en 1981, puis à Moscou en 1983. Elle s’implique également pour la cause des femmes en rejoignant l’« Union des femmes réunionnaises » [UFR].


Elue à 25 ans


C’est donc tout naturellement qu’elle devient conseillère municipale dès 1983, dans l’équipe menée par Paul Vergès. Elle a alors 25 ans et restera élue sans discontinuer pendant 35 ans, jusqu’à sa mort ce 14 juin 2018.

A l’occasion des dernières élections municipales de 2014, Paulette Adois-Lacpatia avait rejoint les rangs du mouvement « Pour La Réunion » [PLR] d’Huguette Bello et elle était devenue première adjointe dans l’équipe municipale du Port menée par le nouveau maire, Olivier Hoarau, et conseillère départementale en 2015.

Celle qui se qualifiait de « militante avant tout » restera gravée dans la mémoire portoise et son sourire phénoménale ne s’éteindra pas.

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Pour écouter la Troup’ Zordi, c’est sur Filoumoris, Patrimoine musical de l’océan Indien : Troup Zordi : Solidarité


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