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Élection départementales

Paul Vergès : « La droite peut toujours rêver »

30 mars 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Un PS renvoyé au Purgatoire pour ses péchés de 2010, une droite « prise d’ivresse », une Assemblée départementale ignorante des grands enjeux posés à une île toujours aux prises avec une série de crises et marquée par une histoire où « Colbert est l’égal d’Hitler » : Paul Vergès a délivré cet après-midi son analyse des résultats de l’élection départementale...

C’est dans le fameux local « Rogaton » occupé par l’Alliance et autour d’un café-coulé traditionnel que Paul Vergès a reçu cet après-midi les journalistes. Dans la ligne de mire du doyen de la Haute Assemblée : les résultats du scrutin départemental, qui ont consacré la victoire sans partage de la droite (UDI-UMP-Objectif Réunion).

Celle-ci devrait — sauf « coup » de dernière minute — reconduire la sortante Nassimah Dindar au poste de Présidente. Visiblement soucieux de prendre de la hauteur, Paul Vergès a tenu à présenter une analyse de fond, « évacuant les ladi-lafé et interprétations ».

Dans l’Hexagone, « la montée en influence du Front national est stoppée », note quelque peu hâtivement le sénateur, qui, passée cette considération, a voulu se concentrer sur « les conséquences du scrutin pour La Réunion », pointant au passage une « tendance maintenue à l’abstention » dans notre île.

Un refus de voter qui doit selon lui s’analyser comme « le vote contestataire de ceux qui peuvent se le permettre. » Comprendre : ceux qu’un contrat, une promesse ou un peu d’argent ne peuvent acheter… ou ceux qui ne subissent pas les pressions exercées sur les employés communaux.

Un clientélisme dont les effets, toujours perceptibles, tendent néanmoins à s’affaiblir sur le plan global, affirme le dirigeant communiste, qui identifie pourtant ça et là — et notamment à Sainte-Marie — « des scores où il est évident que l’on a plus voté pour la promesse que pour la personne ».

C’est dans les fiefs socialistes de Saint-Benoît et de Saint-Denis que le fondateur du PCR décèle une « baisse d’efficacité » des moyens de pression municipale.

« À Saint-Benoît, l’un des candidats patronnés par la municipalité a été battu. À Saint-Denis, sur 4 cantons, 3 ont été perdus par la municipalité. Sur l’un, le premier adjoint au maire était candidat. En outre, les deux députées de La Réunion (suppléantes, NDLR) ont été battues. Le candidat du maire, à Saint-Paul, a été battu. »

Abstention, reflux du poids des maires : Paul Vergès voit là autant de signes d’un « prolongement politique de la crise économique  ».

Une crise dont les paramètres complexes, déterminés par la mondialisation et le rythme propre de l’économie réunionnaise « échappent complètement aux élus de la nouvelle Assemblée départementale », préoccupés par le « partage des postes et des places ».

« Dans l’ivresse de la victoire », « la droite s’est fixé un parcours de 7 ans. La droite peut toujours rêver », ironise le sénateur communiste, qui, s’il se défend en souriant de tout « sadisme » évoque visiblement non sans déplaisir la superbe déchue du Parti socialiste, qui en 2012, avait raflé cinq des sept postes de députés.

« Il ne leur a fallu que quelques années pour décliner », assène Paul Vergès, qui, une fois de plus, a tenu à rappeler ce qu’il semble bien considérer comme le péché originel et ineffaçable de la fédération socialiste réunionnaise : la défection de cette dernière aux élections régionales de 2010, qui permit à l’UMP Didier Robert de prendre la Région Réunion.

Une stratégie dont l’ancien maître de la Pyramide inversée a une nouvelle fois égrené le chapelet des conséquences calamiteuses : abandon du projet dit « Perben » d’une route sécurisée au profit d’un gigantesque projet de route en mer ; abandon du Tram-Train, fin des grands chantiers... De quoi rappeler aux intéressés « le poids de leur décision ».

Laissant les socialistes réunionnais à leur Purgatoire, peu enclin par ailleurs à commenter l’amélioration du score communiste lors de ces élections, Paul Vergès a tenu à revenir sur les grands enjeux contemporains : quotas sucriers, Accords de partenariat économique (APE) qui vont instituer une zone de libre-échange entre les pays de la Corne de l’Afrique et ceux de la COI.

Des dossiers brûlants, selon l’élu qui note qu’« à trois mois de la coupe, les conventions relatives au prix du sucre ne sont pas signées : le Gouvernement ne s’engage pas à garantir le prix du sucre ».

Le ton est tout aussi alarmiste sur le dossier des APE : « que ferons-nous ici, avec une structure économique de pays européen ? » se demande le sénateur Vergès, qui rappelle les méfaits de la « politique d’intégration » menée depuis 1946 sur les bases d’une économie « devenue capitaliste sans passer par les phases d’accumulation primitive », directement bâtie sur l’esclavagisme agraire et industriel régi par le Code Noir — « un document signé par Colbert, l’égal d’Hitler » tonne le dirigeant communiste, renouant pour l’occasion avec le vocable marxiste et tiers-mondiste des « années de braise » réunionnaises.

Atteignant aux profondeurs de l’histoire à partir d’un événement politique immédiat, l’ancien Président de la Région Réunion n’en est pas moins retombé sur ses pattes, doutant fortement par avance de la capacité de l’Assemblée départementale à aborder les problèmes cruciaux évoqués ci-dessus.

Des problèmes auxquels le sénateur, qui, lorsqu’il évoque la nécessité de « nouveaux compromis » et de « tout mettre sur la table », admet implicitement ne pas avoir lui-même de solution claire.

Alors, comme disait l’autre, que faire ?

« Ne pas s’impatienter », répond Paul Vergès, qui invoque — une fois n’est pas coutume— le « privilège de l’âge ».

Visiblement peu convaincu par l’exemple grec de Syriza, le fondateur du PCR préfère rappeler l’attente de Lénine, « qui dans son exil suisse recevait des note du Parti ouvrier social-démocrate de Russie qui disaient : rien ne bouge. Et on connaît la suite ».

Chronique d’une crise annoncée mais jamais déclenchée ? Ou rappel de la constante mobilité des enjeux ?

Loin de la Grande histoire, les manœuvres qui se déroulent d’ores et déjà autour de la désignation de la Présidence de l’Assemblée départementale pourraient, au moins, nous rappeler que les partitions les mieux écrites ne sont pas toujours exemptes d’anicroches.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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