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Paul Vergès : deux photos rares retrouvées

6 septembre 2016
Geoffroy Géraud Legros
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Deux photos resurgissent du passé. Histoire de La Réunion. Histoire de Paul Vergès. Départs et retours. Procès et amnistie. C’était il y a presque 70 ans.

Photo N°1 : le samedi 5 avril 1947, précédé d’un policier sur la passerelle, Paul Vergès (22 ans alors) débarque à Marseille pour son procès, après une traversée depuis La Réunion sur le paquebot "André Lebon". Photo : "New York Times".

Un ami collectionneur nous a transmis copie de deux photos rares dont il vient de faire l’acquisition. Datant de presque 70 ans, ces précieuses photos font partie de l’histoire réunionnaise. Voici les circonstances dans lesquelles elles ont été prises.

Pendant la campagne des élections législatives de 1946, à La Réunion, le candidat MRP [1], Alexis de Villeneuve [2], adversaire de Raymond Vergès [3], est la cible de tirs par balles, au cours d’un meeting, à proximité de la cathédrale de Saint-Denis.

Dans la confusion qui s’ensuit, une arme appartenant à Raymond Vergès est récupérée sur les lieux. Alexis de Villeneuve décède ; le soir-même, le fils de Raymond Vergès, Paul Vergès (21 ans), est arrêté.

Au verso de la photo N°1, une feuille dactylographiée a été collée, résumant les faits liés au procès et précisant : "Ici Paul Vergès à son retour de La Réunion", c’est à dire : à son arrivée en France.

« Des coups de feu ont retenti », raconte Paul Vergès, dans un livre publié en l’an 2000 par Thierry Jean-Pierre [4]. « J’étais alors dans la mêlée, assez loin de de Villeneuve. Je me suis approché et j’ai désarmé un type qui tenait un revolver. J’ai fait passer l’arme à un camarade, Orre, en lui disant qu’ils tiraient sur nos femmes »...

Le procès de Paul Vergès se déroule à Lyon en 1947 et dure cinq jours. Sur la photo N°2 (voir ci-dessous), prise dans la Cour d’Assises du Rhône, à Lyon, on aperçoit le père et le frère de Paul Vergès : Raymond Vergès et Jacques Vergès.

Photo N°2, prise le 19 Juillet 1947 (AFP) au cours du procès de Paul Vergès. Au centre, debout, se tient Raymond Vergès. Quelques rangs derrière lui, son fils, Jacques (cercle rouge), le frère de Paul.

À l’issue de ce procès, Paul Vergès, qui a toujours nié les faits, est condamné à cinq ans de prison avec sursis pour avoir « volontairement porté des coups et fait des blessures à Alexis de Villeneuve […] sans intention de donner la mort ».

Il sera amnistié six ans plus tard, en 1953. Selon la Cour de Cassation, la condamnation de Paul Vergès par la Cour d’Assises de Lyon en 1947 ne peut être évoquée « que dans un cadre historique ».

Texte tapé à la machine sur une feuille collée au verso de la photo N°2.

Un demi siècle plus tard, Paul Vergès confie à Thierry Jean-Pierre : « ils m’ont collé cinq ans de prison avec sursis et nous ont tous libérés sans même nous infliger une peine équivalente à la détention que nous avions effectuée. Cette décision était absolument incohérente car enfin, de deux choses l’une : ou bien le jury considérait que j’avais voulu éliminer De Villeneuve et cela valait vingt ans de prison, ou bien il n’en avait pas la conviction et il devait m’acquitter ».

Revenons à cette photo N°1 : l’arrivée de Paul Vergès en France. Il porte une valise à la main gauche, une soubik (panier) à la main droite. Notons que le policier qui le précède porte lui-aussi une soubik. Face aux photographes, Paul Vergès, 22 ans, arbore ce sourire indéfinissable qui ne le quittera plus.

Geoffroy Géraud Legros

Paul Vergès, debout à gauche, et Roger Bourdageau à ses côtés à la barre, au procès de Lyon. Collection privée. Photo extraite du livre d’Eugène Rousse : "Qui a tué Alexis de Villeneuve ?", éditions "Les deux mondes", 2000.

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

Notes

[1MRP : Mouvement républicain populaire.

[2Alexis de Villeneuve était alors maire de Saint-Benoît.

[3Président du CRADS (Comité Républicain d’Action Démocratique et Sociale).

[4« Vergès et Vergès : de l’autre côté du miroir », Éditions Lattès.

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