Categories

7 au hasard 14 août 2013 : La guerre de l’océan Indien aura-t-elle lieu ? - 13 décembre 2013 : Qui veut la peau de La Réunion ? - 14 avril : Point 62 : les Outremer au coeur de la révolution citoyenne - 4 mars 2013 : A propos des « spécialistes »… - 9 avril 2014 : Le présent de Saint-Paul : l’avenir de La Réunion ? - 8 mai 2014 : Régionales : le report qui pourrait changer la donne - 27 mai 2014 : Présence sur Internet : Université de La Réunion en pâle position ! - 3 novembre 2013 : Celle qui n’était pas une femme de l’ombre - 22 septembre 2013 : Patrimoine : « il ne faut pas se taire ! » - 3 août 2016 : Maracanã : les Indiens expulsés pour le sport et le show -

Accueil > Le monde > Patrimoine : « il ne faut pas se taire ! »

Aiglun, une case en moins

Patrimoine : « il ne faut pas se taire ! »

22 septembre 2013
Nathalie Valentine Legros
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

« Parce que les petits scandales locaux concernent tout le monde »... Lu parmi de nombreux commentaires sous la pétition « Halte à la destruction du patrimoine architectural de la commune d’Aiglun (06) ! ». Lancée par des habitants de ce village de l’arrière-pays niçois, cette pétition tentait de sauver l’« antique maison du Four, élément majeur du patrimoine d’Aiglun ». En vain. Histoire d’une résistance qui pourrait bien inspirer ici, à La Réunion, ceux qui pensent que « vivre avec son temps » ne signifie pas « vivre sans passé ». Et qui, eux aussi, devront entrer en résistance !


« Il ne faut pas se taire »... « 7 Lames la Mer » adhère totalement à ce commentaire trouvé sous la pétition pour sauver la « Maison du Four » d’Aiglun. Ne pas se taire même si l’on a parfois le sentiment de prêcher dans le désert. La destruction programmée, ici ou ailleurs, du patrimoine répond la plupart du temps à une logique économique, « probablement parce qu’il est plus rentable de détruire et reconstruire que de réhabiliter », souligne un des artisans de la pétition pour sauver la « Maison du Four » d’Aiglun...

Laissez-nous les originaux !

Ce qui est vrai là-bas l’est aussi ici, à La Réunion, où l’on « laisse dépérir » pour ainsi légitimer la destruction programmée : trop dégradée pour la réhabilitation ! On nous promet parfois une « reconstruction à l’identique » qui n’est rien d’autre que de la poudre aux yeux : place aux promoteurs et urbanistes qui effacent la mémoire en reformatant le paysage par une architecture amnésique pour cause de modernisme. « 7 Lames la Mer » l’a déjà écrit et enfonce le clou une nouvelle fois : nous revendiquons un urbanisme qui n’oppose pas patrimoine et modernité, en substituant — voire en subtilisant — le premier au profit du second. Nous ne sommes pas nostalgiques. Simplement, nous ne voulons pas de copies. Laissez-nous les originaux !

A La Réunion, les effets pervers de la défiscalisation entraînent la disparition sournoise des formes typiques et populaires de l’architecture créole. On passe le bulldozer pour faire place nette et bientôt une construction au béton arrogant et à l’aluminium clinique et sans âme s’élève.

Façade sud, vue du bas de la rue du Mont Saint-Martin, avec façade de l’église à droite, et terrasse de l’auberge communale à gauche.

A Aiglun, quelques jours avant les fameuses journées européennes du patrimoine, un bulldozer est donc entré en action dans ce village de l’arrière-pays niçois, avec ses 94 habitants, ses vieilles bâtisses en pierre et ses petites venelles. Le 4 août dernier, le conseil municipal d’Aiglun a délibéré concernant les 63.000 euros alloués par le conseil général au titre de la « dotation cantonale d’aménagement 2013 ». La proposition du maire d’utiliser une partie de cette dotation pour la « démolition maison du four, 5 rue Mont Saint-Martin », a été acceptée à l’unanimité.

Mystérieuse disparition...

Malgré la mobilisation qui s’est organisée autour de ce massacre annoncé (pétition en ligne, manifestation, distribution de tracts, etc.), cette antique maison située au coeur du village a été... écrasée il y a peu ! Selon l’un de nos contacts, « cette maison de maître figurait au cadastre de 1835 comme appartenant à la famille Bernard puis par succession au comte Alziari de Malaussène, maire d’Aiglun (1825-1839). Elle est située dans le voisinage de l’église paroissiale (XVIIIème siècle) et son architecture intérieure (entre autres, escalier imposant, four en très bon état dans très belle cave voûtée, immense salle sous combles) comme extérieure (entre autres, magnifique encadrement de porte) en font le digne contrepoint de cette dernière. Il faut ajouter que de mémoire des anciens, ce bâtiment servait encore il y a quelques décennies comme lieu communal de fêtes et de cérémonies ».

Il semblerait qu’avant destruction totale de l’édifice, le « magnifique encadrement de porte » ait mystérieusement disparu... à la faveur de la nuit. Il se murmure que cet élément architectural remarquable n’est pas perdu pour tout le monde... Le patrimoine, qu’il soit ici ou là-bas, à Aiglun ou à La Réunion, doit rester accessible à tous. Nout zansèt la fé sa : sa ta nou sa !

Nathalie Valentine Legros

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
Twitter, Google+.

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter