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Vu au théâtre

Pas une larme pour Cendrillon-Sandra-cendrier

3 septembre 2015
Run dragster
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Il s’était planqué le Run Dragster, depuis sa dernière chronique. Mais le voilà qui ressort de son garage. Alertez les bébés... Il a fait un break par le théâtre de Champ-Fleuri et n’a pas versé une larme sur « Cendrillon ».

Le drag a du mal à démarrer, encalminé depuis juin. La faute à la crise. Cependant, il faut foncer — daredare — au théâtre de champ-Fleuri : Cendrillon, de Joël Pommerat. Un chouchou du ministère à ne manquer sous aucun prétexte. Que lis-je ? Bernard Faille, directeur adjoint, a pleuré en voyant le spectacle ? Diable ! Et ce fichu moteur ! Pchitt, un coup de bombe magique et le dragster rugit, bondit et file au Ponant.

Enveloppé dans ma combi et casqué de mon intégral, je fonce dans la nuit. J’accélère et réfléchis. « Cendrillon » ? Est-ce raisonnable ? Pourquoi pas « Peau d’âne » ou les « Trois petits cochons » ? Ça m’intrigue : la direction des Téat départementaux, dans l’ombre du Ministère, est-elle tombée en enfance ? Car il s’agit bien de Cendrillon, l’orpheline renommée Sandra ou Cendrier par l’auteur – rires.

Le décès de la maman, le remariage du père, la marâtre, les deux sœurs sipek, le prince. C’est bien le conte, modernisé, revisité. Oh pas tout à fait : par exemple il y a le Roi. Sur fond de techno et avec ses deux gardes du corps, il ressemble au prince de Monaco à l’entrée de son casino. Pommerat avait l’occasion de figurer un président – Mitterrand ? On serait resté en république et le récit y aurait gagné. Plus la vision de Mazarine enfant.

La scéno du spectacle est de qualité, avec des images vidéo, des effets spéciaux, du son pro et des lumières resserrées comme c’est désormais l’usage. C’est-à-dire qu’on ne voit plus grand-chose. C’est dommage car les visages dans l’ombre enlaidissent. Les acteurs, franco belges, sont excellents. Une mention à Déborah Rouach, la petite Cendrillon et à sa belle-mère Catherine Mestoussis. Les belles-mères, ça marche toujours. Je pense à Disney. La nôtre est très bien car stupide et méchante à souhait. Une cougar moderne qui se prend pour une jeune. Dans un quiproquo digne de la comedia dell’arte, elle se croit un instant aimée du jeune prince.

Le père est lâche et arrangeant, comme le roi, veuf également. La jeune Sandra est intelligemment dessinée. Elle s’auto-punit de la mort de la mère en acceptant de bonne grâce les corvées ménagères. Bon, pour les souliers, on inverse : c’est Sandra-Cendrier qui récupère ceux du petit prince. On rit beaucoup, on rit bien, beaucoup de finesse, rien de vulgaire.

Mais au bout d’un moment on se demande ce qu’on fait là. Car il s’agit d’un spectacle pro pour jeune public : j’imagine les enfants s’identifiant, participant, prenant parti, entrant dans le jeu. Et pour filles et garçons, la belle ficelle de l’œdipe. Bruno Bettelheim est passé par là. Damned, un coup d’œil dans le rétro — mon dragster est garé au premier rang – que des adultes ! Il est 20 h, qu’est-ce qu’on fiche là, nous-autres ?

J’entends déjà les protestations : « on a tous une âme d’enfant, laissons-nous emporter », etc. Oui, certes. Il m’arrive de regarder des dessins animés en misouk – « Les cent un dalmatiens » — et de lire des BD — « Boule et Bill » — qui ne sont plus de mon âge. Mais là ? Dois-je me contenter de la forme, impeccablement trendy ? Je ne vois pas ce que Pommerat apporte au schmilblick. Sur un plan psychologique, il n’y a rien de révolutionnaire. La résolution d’un processus de culpabilisation chez l’enfant ?

Politiquement, on voit des rois qui s’ennuient dans leurs palais au lieu de filer en scooter rue du cirque. On relève des facilités comme une scène de karaoké mal distanciée, un narrateur-mime trop présent qui dessine, quoi, pourquoi ? Bon, ne mégotons pas, on passe une bonne soirée, on ne s’ennuie pas, comme au cinéma.

Quel but poursuit Pommerat ? Dans le fond son spectacle est bien monté, inutile, indigent, léger dans le mauvais sens. Très curieusement — en guise d’aveu ?—écoutons les derniers mots du spectacle : « C’était une erreur, même les erreurs ont une fin, heureusement. Alors je me tais et je m’en vais ».

Tiens, ben, moi aussi je me tais et je m’en vais. Bye bye, je n’ai pas pleuré comme le directeur adjoint. Demain, ni moi ni dragster ne nous souviendrons de rien.

Run dragster

Run Dragster...

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