Categories

7 au hasard 13 janvier 2014 : Océan Indien : un oeuf mis à prix à 35.000€ ! - 26 juin 2016 : Mayotte ou les mirages de la Départementalisation - 9 août 2014 : Le génie réunionnais : gout a nou ! (1) - 5 juillet 2015 : Grèce : ils sont vivants… et nous ? - 1er juin 2014 : Jardin des Pamplemousses : l’enfer du décor - 27 janvier 2015 : « Les islamistes sont hyper-minoritaires au Niger » - 7 octobre 2015 : Nouvelle route du Littoral : le graphique qui accuse - 22 octobre 2013 : Cancers : Monsanto mis en cause - 11 juin 2013 : Visages : restez cachés... - 26 août 2013 : Un vortex dans le golfe d’Aden ? -

Accueil > Lames de fond > Zistoir dedan / Zistoir déor > Pas besoin ou la peur Titâne, le vilain bébète... (2)

Zistoire dehors, vidéo

Pas besoin ou la peur Titâne, le vilain bébète... (2)

19 septembre 2015
Jean-Claude Legros
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Dans village Port-sur-Mer, navé in géant té i appelle Titâne. Titâne té i aime toute marmaille mais sak li té préfère té la tite Bougrenette. Au café de la Marine, bann jeunes-gens gaillard té i fait zot vaillant... Ala le zistoire le premier cassé-brisé, ralé-poussé de Titâne ! « Titâne ec Bougrenette », 2ème boute. In zistoire Jean-Pierre Chabrol la écrit. In zistoire Jean-Claude Legros la mèt en créole.

Bann jeunes-gens Port-sur-Mer té i fait le vaillant : grâce Titâne zot té sauve bann fille le roi ! Dès que navé inn princesse té i vient deboute au comptoir, navé toujours in Bayard, o-sinon in d’Artagnan, pou crié :
— Princesse, pas besoin ou la peur le vilain bébète, moin lé là pou protège aou !

Comme sa-même, ec in coup de pied, le chevalier-lavé-pas-peur-de-rien, le chevalier-té-i-fait-le-vaillant, té i envoye Titâne baladé. Titâne té i fait même pas in compte. Bann tourisse té impressionné : in géant ! Mais vitement zot té i comprend le géant té in bon bougue. Alors zot té profite, zot aussi.

Comme sa-même, ec in coup de pied, le chevalier-lavé-pas-peur-de-rien, le chevalier-té-i-fait-le-vaillant, té i envoye Titâne baladé.

Le café de la Marine

N’empêche, comme sa-même l’arrivé le deux cassé-brisé personne la pas oublié dans la ville Port-sur-Mer, et surtout pas le père Gorgeon, le patron le café de la Marine. Deux ralé-poussé la dégraine toute dans son bistrot. Deux fois le père Gorgeon té obligé de reconstruire et en plein dans la saison touristique.

Lé simpe, à Port-sur-Mer, à part M. Piquet le maîte d’école, toute bann zabitant té i connaît rien que trois date dans l’Histoire-de-France : 1515, bataille Marignan, et le 5 juillet ec le 20 août l’année passé, le deux « bading-badang-badadang ! » de Titâne.

Tout-de-suite là-même bann client la court dehors, in peu la cachette sous la tabe, d’ote derrière in poteau.

Le 5 juillet té le jour monsieur Murévert, in garagisse té i sorte Azincourt, dann Pas-de-Calais (où sak la fait la bataille rente zanglais ec français). Murévert té en vacances dann village Port-sur-Mer sanm madame Murévert ec zot deux zenfant, Philippe ec Brigitte. Zot garage dans la ville Azincourt, Pas-de-Calais, té in grand garage. Zot té de gros zozo ! Et zot té vantard : Philippe ec Brigitte té habillé comme in prince ec inn princesse. Bien sûr, zot navé point le droit allé joué su le bord de mer ec marmaille Port-sur-Mer.

Bien sûr, le deux zenfant navé qu’in seul l’envie : allé joué autour bann canote sanm zenfant de pêcheur. Et ce jour-là, dann gros soleil, madame Murévert lavé habille le deux marmaille ec linge neuve, blanc : chapeau blanc, sandale blanc, soquette blanc et su zot main, zot navé de gant blanc ! Non, mais zot i magine in peu, gant blanc dann gros soleil, pou marmaille. De moune Port-sur-Mer té i connaît même pas navé de gant pou marmaille !

Murévert té en vacances dann village Port-sur-Mer sanm madame Murévert ec zot deux zenfant, Philippe ec Brigitte.

Le garagisse t’après ravage Titâne ! Son mauvais fond té i fait oubliye ali son deux marmaille.

Le manman Murévert lavé dit :
— Marmaille, zot i peut allé joué pendant que mi prépare. Mais surtout, salit pas zot linge, nous lé invité à midi.

Elle lavé crié :
— Murévert ! Surveille ote zenfant !

Mais le garagisse té pas là ec sa ! Li t’après ravage Titâne ! Son mauvais fond té i fait oubliye ali son deux marmaille. Philippe ec Brigitte laparti su le port pou joué sanm Bougrenette ec son bann camarade. Bonna té i joué côté bann canote, té i sorte repeinn. Le jeu la pas dure longtemps : madame Murévert la récupère son deux zenfant et la ramène azot au café de la Marine.

Philippe ec Brigitte laparti su le port pou joué sanm Bougrenette ec son bann camarade.

Té fini zot gaillard linge blanc, zot gant blanc, zot soquette blanc ! Ou té artrouve su le costune Philippe et su la robe Brigitte toute qualité de couleur bann canote su le port !

Elle té criye ec son mari :
— Murévert ! Ou la vu dans quel état i lé ote marmaille ?

Dans quel état zot l’était ! Té fini zot gaillard linge blanc, zot gant blanc, zot soquette blanc ! Ou té artrouve su le costune Philippe et su la robe Brigitte toute qualité de couleur bann canote su le port ! Murévert té pas bon, son madame té i arrête pas de crié :
— Murévert, ou noré mieux fait de surveille ote zenfant, au lieu de fait l’intéressant devant le monn !

Alors le garagisse Azincourt, Pas-de-Calais, la prend son l’élan et paf ! li la envoye inn calotte dann figure son garçon. Tout-de-suite là-même bann client la court dehors, in peu la cachette sous la tabe, d’ote derrière in poteau. A-cause zot té i connaît. Bann tourisse té i demann kosa lavé arrivé, zot té i connaît pas. Pu personne té i cause.

La fait in grand silence dann café la Marine. Titâne lavé pas vu le premier tapin. Quand toute de monn l’arrête causé, Titâne la vire son tête pou oir kosa lavé arrivé. Comme sa-même li té jusse en face quand monsieur Murévert, le garagisse Azincourt, Pas-de-Calais, la envoye son deuxième calotte dann figure Brigitte !

Titâne la grandi, Titâne la grossi, son poitrine la gonflé, son zyeux la ni bel, bel-même. Son zyeux té i lance zéclair, sa pipe la chappé, la tonm à-terre.

Titâne la trape le garagisse par in pied, li la fait tourne le bougue en-l’air su son tête, comme si que té in torchon pou chasse le mouche !

Là-même, la-même-même, le premier bading-badang-badadang de Titâne la commencé. Titâne la grandi, Titâne la grossi, son poitrine la gonflé, son zyeux la ni bel, bel-même. Son zyeux té i lance zéclair, sa pipe la chappé, la tonm à-terre. Là, té i oit bien Titâne navé qualité le dent, mi dit pas ou ! Titâne té i gronn, té i rugit. Li té comme le lion i cachette sous la peau in bourrique, mais là le lion té gros comme in rhinocéros !

Titâne la trape le garagisse par in pied, li la fait tourne le bougue en-l’air su son tête, comme si que té in torchon pou chasse le mouche ! Le poteau dann milieu la passe à-genoux, la porte ec la fenête la pète en mille morceau. Monsieur Murévert té i tourne, té i tourne comme in l’hélice bateau, in l’hélice que serait en même temps inn matraque !

Titâne la lance dehors le papa tape-marmaille, seulement li la mal visé, le papa la fait in grand trou dann mur le café de la Marine, après-là li la fait in bel plouf ! en plein dann port. L’arfait in deuxième grand silence dann café la Marine.

Titâne la lance dehors le papa tape-marmaille, seulement li la mal visé, le papa la fait in grand trou dann mur le café de la Marine, après-là li la fait in bel plouf ! en plein dann port.

Bann tourisse la sauvé, zot la rente dans zot l’auto, zot la court la pharmacie, docteur, tisaneur, toute-sa-là ! Zot té fait de compresse, zot té mette teinture d’iode, zot té trempe zot poignet dann l’eau chaud. De moune Port-sur-Mer la profité pou sorte sous la tabe, pou tire la poussière su zot linge, pou rode inn bonne bouteille pas cassé.

Tant-qu’à Titâne, li té guette de moune autour de li, li té en-revient pas ! Li té comprend pas kosa lavé arrivé. Li té sar pas demann de monn, li té veut pas passe pou inn idiot ! Li té plaint pauve Gorgeon, le patron le café de la Marine :
— Tracasse pas ou Gorgeon, ma aide aou remonte ote café.

Titâne té plaint pauve Gorgeon, le patron le café de la Marine.

Le 20 août toute la commencé par in ralé-poussé rente Bougrenette ec le grand Norbert, dit Bébert-la-Villette.

Sa té le 5 juillet, mais té rien à côté sak la s’passé le 20 août ! Gorgeon té presque fini armette deboute son café de la Marine. Le 20 août toute la commencé par in ralé-poussé rente Bougrenette ec le grand Norbert, dit Bébert-la-Villette :
— Mon papa, ou la vu comme li lé grand ? la dit Bébert, ali-même plus costaud que toute !
— Pas aussi costaud que Titâne, la dit Bougrenette.
— Titâne ? Bébert la demandé, quel Titâne ? Sé ote papa ?
— Non va, Bougrenette la réponn, à-cause ?
— Lé simpe, la dit Bébert, kosa i veut dire in bougue lé plus costaud que toute, si li sé pas ote papa ?
— Quand-même-sa, Titâne même lé plus costaud que toute, la dit Bougrenette, que lavé point de papa.
— Ou connaît kosa mon papa i fait comme métier ? Bébert la demandé.
— Bin, non, mi connaît pas, Bougrenette la réponn.
— Li lé toucheur de boeuf ! la dit Bébert-la-Villette.

Quand-même-sa, Titâne même lé plus costaud que toute, la dit Bougrenette, que lavé point de papa. (Titâne par Gabriel Blanc, 10 ans)

Bougrenette la pète à rire :
— Tabouret ! Sa inn zaffaire, sa ! Quel qualité la force i faut pou touche in boeuf ! Si encore té in taureau, moin noré compris !
— Boeuf, taureau, toute-sa-là lé pareil, la dit Bébert.
— Kosa la fait ? Ote papa i tué taureau ? Dann zarêne ?
— Pas dann zarêne, grosse bourrique, dann l’abattoir !
— Bébert, la dit Bougrenette, ote papa i tué taureau ? Comme in matador ?
— In matador ! Bébert la réponn, combien de taureau ote matador i tué dans inn journée ?
— Bin, inn, la dit Bougrenette, na-des-fois deux !
— Mon papa i tué cent taureau dans inn journée, la dit Bébert.

Bougrenette té i comprend pas comment in monn té capabe ramasse menteur comme sa, sans tortillé, sans baisse la tête.
— Quand-même-sa, la dit Bougrenette, sé Titâne même lé le plus grand et le plus fort !
— Le plus grand, mi dit pas, mais le plus fort, non ! la dit Bébert, toute de moune i crase son pied, li dit pas rien !
— Si seulement li té veut, Bougrenette la réponn, mais elle la pas dit plus.
— Amoin, la dit Bébert, si mi voulait, moin noré conduit in gros camion, mais in camion rien qu’amoin !
— A-cause in camion ? Bougrenette la demandé.
— A-cause in camion ? Ala vraiment inn question de ti-fille ! Jamais ou va comprann, surtout pas kosa i lé la force in bougue !
— Et à-cause ou dit sa, Bébert ?
— A-cause ou na point de papa, « ma vieille » !

Inn larme la coulé su la joue de Bougrenette. Elle la renife in coup, elle la dit :
— Allons fait in pariage : Titâne i envoye ote papa en plein dann port !
— Toute sa qu’ou veut ! la dit Bébert.
— Même ote couteau ? Bougrenette la demandé.
— Mon couteau ? Ou veut rire ! Sa in couteau suisse, li na six lame !
— Ou dégonfe, Bébert !
— Lé bon, kosa mi rixe ? Et d’abord-inn, comment ou sar fait ? Ote Titâne i veut pas bataille ! Li lé mol !
— Rode pas, ou. Sa mon secret, sa, « mon vieux » !

Fin de 2ème boute. A suive...
A découvrir : « Titâne le géant ec Bougrenette inn ti-fille misère (1) », 1er boute.

Texte d’origine et illustrations : Jean Pierre Chabrol
Avec l’aimable autorisation d’Elsa Chabrol
Traduction en créole réunionnais (Zistoire en France) : Jean-Claude Legros

Cette version créole de « Titâne et Bougrenette » a été radiodiffusée sur « Radio Arc en Ciel » (radioarcenciel.re), dans l’émission : « Navé un foi »...

Jean-Pierre Chabrol, auteur de "Titâne et Bougrenette".

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter